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Netflix: les chiffres hallucinants du roi du streaming

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- - Lionel BONAVENTURE / AFP

Près de 140 millions d'abonnés dans le monde, un chiffre d'affaires de 15.8 milliards de dollars en 2018: Netflix est de loin le leader de la vidéo en streaming.

Numéro 1 mondial du streaming. Une place que Netflix entend bien conserver au prix d'une coûteuse course aux productions originales, face à une concurrence toujours plus acharnée.

Le groupe américain a engrangé sur les trois derniers mois de l'année 2018 plus de 8,8 millions de nouveaux abonnés. C'est mieux que les objectifs fixés. Et le groupe ne souhaite pas en rester là: selon les chiffres publiés jeudi, il table sur plus de 148 millions d'abonnés à la fin du premier trimestre 2019.

Au total, sur l'année 2018, la plateforme a attiré près de 30 millions de nouveaux souscripteurs. Et c'est surtout grâce à l'international que Netflix progresse, avec 7,3 millions de nouveaux abonnés en dehors des Etats-Unis au dernier trimestre, le groupe récoltant les fruits d'investissements massifs dans des productions locales ces dernières années, comme «Marseille» en France ou «Dark» en Allemagne.

Il faut dire que Netflix met les moyens: selon certains analystes, le groupe aurait dépensé autour de 12 milliards de dollars en contenus en 2018, avec des séries mais aussi des films comme «Bird Box» avec Sandra Bullock, sorti toute fin 2018 et vu, selon le groupe, par 80 millions d'usagers en seulement... quatre semaines.

Une stratégie dépensière qui paie, en terme d'abonnés, mais aussi avec des récompenses aux Golden Globes dont le film du Mexicain Alfonso Cuaron, «Roma», dans les catégories meilleur film étranger et meilleur réalisateur. Les Golden Globes «ont renouvelé la confiance des investisseurs dans la stratégie centrée sur les contenus et cette (bonne) publicité devrait aider la croissance du nombre d'abonnés au premier trimestre» 2019, estimaient récemment les analystes de Canaccord.

Précurseur dans le streaming vidéo, Netflix a aujourd'hui de nombreux concurrents qui, même s'ils sont loin derrière, connaissent un succès grandissant, comme Hulu, Amazon ou HBO. Le groupe va aussi devoir affronter des nouveaux rivaux: WarnerMedia (AT&T) ou Disney, qui se lancent à leur tour dans le streaming vidéo, un marché en plein essor. Cette semaine, c'est NBCUniversal qui a annoncé une plateforme pour 2020.

Un bénéfice net en recul au 4ème trimestre 2018

D'où la nécessité pour Netflix de dépenser beaucoup pour conserver sa place de leader et attirer de nouveaux clients. Des dépenses qui pèsent sur sa rentabilité et qui ne sont pas toujours vues d'un bon oeil par les investisseurs. Pour preuve, le titre a dégringolé en Bourse, perdant près de 4% dans les échanges d'après séance, dans la foulée de la publication des résultats. Au quatrième trimestre, le bénéfice net a reculé à 133,9 millions de dollars, soit 30 cents par action, contre 185,5 millions un an plus tôt. Les analystes prévoyaient en moyenne un bénéfice par action de 24 cents.

Cette déception montre surtout que Netflix, avec son énorme succès depuis ses débuts, a «placé la barre très haut», juge Paul Verna, analyste chez eMarketer.

Sa marge opérationnelle, cet indicateur qui permet de mesurer sa viabilité, a baissé nettement en fin d'année, précisément «en raison du grand nombre de titres lancés pendant le trimestre», explique Netflix, tout en rappelant que sur l'année, cette marge est conforme à ce qu'il prévoyait. Le groupe se veut toutefois rassurant envers les investisseurs: il promet une hausse de cette marge en 2019 mais prévient toutefois qu'il continuera à étoffer son catalogue.

Pour compenser ses dépenses, Netflix a d'ailleurs annoncé cette semaine une nette hausse de tarifs aux Etats-Unis, faisant passer l'offre de base de 7,99 à 8,99 dollars et son offre la plus complète, qui permet de regarder quatre écrans à la fois en très haute définition, va croître de 2 dollars, à 15,99 dollars. En France, le forfait de base est toujours de 7.99 euros par mois, 13.99 pour le forfait Premium, mais une hausse des tarifs dans les prochains mois n'est pas exclue.

Sandrine Serais