BFM Business

La numérisation des salles a coûté moins cher que prévu

La quasi-totalité des salles françaises est désormais équipée d'un projecteur numérique

La quasi-totalité des salles françaises est désormais équipée d'un projecteur numérique - Fred Dufour AFP

Le Centre national du cinéma, soucieux de préserver son opulente cagnotte, avait expliqué que cet argent serait utilisé pour numériser les projecteurs des salles de cinéma. Mais il avait gonflé d'un tiers le budget nécessaire...

"Les salles de cinéma se sont numérisées à 100% en trois ans. Ce n'est pas le cas des autres marchés européens". Vendredi 17 octobre, Frédérique Bredin, présidente du CNC (Centre national du cinéma), s'est accordé un satisfecit.

En effet, la quasi-totalité des salles françaises (précisément 98% à fin juin) est aujourd'hui équipée d'un projecteur numérique. Dans ces salles, le film projeté n'est plus tiré sur une copie argentique, mais est désormais transmis sur un fichier informatique. La France est en effet largement en avance sur les autres pays (cf. encadré). 

Subventions publiques massives

Toutefois, cette avance est due à des subventions publiques massives, accordées aux petites salles les moins rentables, essentiellement à la campagne.

En effet, 29% des projecteurs ont été achetés grâce à une aide du CNC. Précisément, le CNC indique dans son rapport d'activité avoir dépensé 81,6 millions d'euros pour aider à l'achat de 1.617 projecteurs. Les subventions pures n'ont représenté que 39,5% de ce budget, le reste étant constitué d'avances remboursables.

Finalement, le CNC a ratissé très large, car il envisageait en 2010 de subventionner seulement 1.000 projecteurs. Mais au fur et à mesure, le CNC a étendu son aide aux salles saisonnières, aux circuits itinérants dans les campagnes...

Sauver l'opulente cagnotte

Surtout, cette numérisation a coûté bien moins cher que prévu. En effet, le CNC avait budgété pour cela 120 millions d'euros environ, soit un tiers de plus que ce qui a été finalement été dépensé.

Une bonne nouvelle? Oui et non: une polémique avait eu lieu il y a deux ans sur ce point. A l'époque, le CNC était dans le collimateur en raison de son opulente cagnotte, qui s'élevait à 872 millions d'euros fin 2012. L'établissement public, pour sauver cette cagnotte, avait assuré qu'il avait besoin de tout cet argent, notamment pour numériser les salles. 

Mais cette affirmation avait été mise en doute par un rapport confidentiel de l'Inspection des finances. Ce rapport, se basant sur le coût des premiers projecteurs, concluait: "Il est possible que la somme mise en réserve par le CNC soit surcalibrée. A ceci s'ajoute le fait que 55% de l'aide est remboursable".

Lobbying du CNC auprès des élus locaux

Puis la Cour des comptes avait remis une couche: "Le CNC ne justifie pas économiquement la nécessité de suppléer au marché pour financer le passage au numérique d'établissements, dont certains auraient vraisemblablement été en mesure de financer seuls cette mutation".

Face à ces éléments, le sénateur Philippe Marini (UMP) s'était énervé: "un besoin de financement de 30 millions par an ne justifie pas une trésorerie de 800 millions d'euros! Bien entendu, tous les élus locaux que nous sommes tiennent à la numérisation de leur salles de cinéma, mais il ne faut pas les instrumentaliser." Une allusion au lobbying contre toute ponction dans la cagnotte du CNC effectué effectué auprès des élus locaux par l'établissement public. Un lobbying de mauvaise foi, selon Philippe Marini: "dès que l’on demande un petit effort supplémentaire, on nous rétorque toujours que c'est le plan de numérisation des salles qui en pâtira: 'les salles de vos petites et moyennes communes ne pourront pas être adaptées; ce sera tout à fait catastrophique...'"

Défense peu convaincante

A l'époque, le CNC répondait avec assurance: "Il est parfaitement inapproprié d'évoquer un quelconque surcalibrage". Mais deux ans après, force est de constater que le CNC avait bel et bien surévalué le budget nécessaire...

Aujourd'hui, le bras armé de l'Etat dans le 7ème art explique avoir surestimé le nombre de salles à numériser, en incluant des salles qui se sont équipées sans son aide, ou qui ont fermé depuis. Un argument qui ne convainc pas, car le nombre de salles finalement numérisées (1.617) est inférieur de seulement 10% au nombre de salles maximales prévu (1.797). Cela n'explique donc pas un écart d'un tiers...

Le puits sans fond de la numérisation des films

Le CNC, pour sauver sa cagnotte, avait aussi expliqué que cet argent était nécessaire pour numériser de vieux films (datant d'avant 2000). Mais là encore, les dépenses sont très inférieures au budget initial. Elle s'élèveront à environ 50 millions d'euros fin 2015, soit bien moins que ce qui était prévu: entre 115 et 322 millions d'euros à fin 2015.

Toutefois, un bilan reste difficile à établir, car ce chantier se poursuit toujours et est loin d'être achevé. Le CNC indique, dans son budget 2015, avoir déjà aidé à numériser 445 films, soit une petite fraction des 7.000 longs métrages prévus.

Il reste que le budget effectivement dépensé semble correspondre aux besoins des détenteurs de catalogue, car le CNC accorde son aide à presque tous ceux qui le demandent. Précisément, 84% des demandes déposées ont été acceptées, indique un premier bilan du CNC. Ce document précise que les subventions pures ne représentent que 60% du budget, le solde étant constitué d'avances remboursables.

Interrogé, le CNC répond: "Il n’est pas anormal que toute l’enveloppe ne soit pas consommée, car les aides sont attribuées par des commissions sélectives, qui ont pour principe de sélectionner des dossiers".

Jamal Henni