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Le CNC ne veut pas quitter les beaux quartiers de Paris

La nouvelle présidente du CNC Frédérique Bredin va devoir s'attaquer à la question du déménagement

La nouvelle présidente du CNC Frédérique Bredin va devoir s'attaquer à la question du déménagement - Daniel Mihailescu AFP

Le CNC est installé depuis les années 50 dans le quartier le plus cher de Paris. L'Etat lui demande de déménager, mais en vain.

Depuis de nombreuses années, l'Etat presse le CNC (Centre national du cinéma) de déménager. Mais l'établissement public fait de la résistance, et trouve moult prétextes pour rester où il est.

Toutefois, le sujet a semblé enfin se débloquer récemment. Fin décembre 2012, le CNC a lancé un "appel à propositions immobilières" pour trouver un nouveau site.

Las! Le CNC a fait visiblement la fine bouche. "L’analyse des offres reçues n’a pas permis à ce stade d’identifier un bien répondant aux critères retenus", indique son récent rapport annuel de performances.

Un des quartiers les plus chers

On comprend que le bras armé de l'Etat pour le cinéma n'ait aucune envie de déménager. En effet, il est installé dans un quartier très cossu, "dans quatre immeubles peu fonctionnels du 16e arrondissement de Paris, dans l'un des quartiers les plus chers de la capitale dit QCA (quartier central des affaires)", pointait il y a trois ans et demi le Conseil immobilier de l'Etat, qui concluait: "Le maintien à terme dans le quartier central des affaires, qui ne résulte pas d’une nécessité fonctionnelle impérative, n'est pas conforme à la politique immobilière de l’État. La recherche d’une localisation moins onéreuse doit être poursuivie en vue de sa concrétisation à moyen terme".

Loyers trop élevés

En outre, le CNC semble à son aise. "Les ratios actuels d'occupation des immeubles sont au-dessus des normes cibles fixées par la politique immobilière de l'Etat", déplorait le Conseil immobilier de l'Etat. "Les normes immobilières en vigueur en sont pas respectées", abondait la Cour des comptes il y a deux ans.

Evidemment, dans un quartier pareil, le loyer est cher. Ainsi, le CNC loue un immeuble au 3 rue de Boissière pour "540 euros du mètre carré, soit au-dessus du plafond pour les prises à bail dans la région Ile-de-France, fixé [par le gouvernement] à 400 euros du mètre carré", déplore la Cour des comptes. Le Conseil immobilier de l'Etat comme France Domaine avaient demandé à ce que le CNC quitte l'immeuble à la fin du bail, qui expirait fin 2012. Mais le bail a bien été renouvelé, et le CNC est toujours là...

Refus de puiser dans la cagnotte

Le même problème se posait pour l'immeuble loué au 11 rue Galilée, dont le loyer était 20% supérieur à celui du marché, selon la Cour des comptes. Le CNC, déjà propriétaire de deux immeubles, a donc décidé d'acheter aussi celui-ci, mais "sans consultation préalable du ministère", pointent les limiers de la rue Cambon.

Mais alors s'est posé un autre problème: cet achat, qui se montait à 22 millions d'euros, a été financé par un emprunt sur 20 ans, ce qui coûtera 8,8 millions d'euros d'intérêts en plus. Cette solution a été préférée à l'idée de puiser dans la trésorerie du centre, qui s'élevait pourtant à l'époque à 579 millions d'euros! Un choix "discutable et difficilement justifiable", dénonce la Cour des comptes.

Mauvaise volonté

Surtout, le CNC semble tout faire pour ne pas déménager, alors qu'il s'agit d'une demande ancienne. "Le souhait de regrouper le CNC sur un seul site a été formulé de longue date. On en trouve déjà trace en 1950...", rappelle la Cour des comptes. Entre 2006 et 2012, "plus de trente hypothèses d'implantation ont été étudiées", mais en vain. Le CNC a notamment refusé de s'installer au Musée des arts et traditions populaires, ou à la Cité du cinéma de Luc Besson à Saint-Denis, jugée pas assez bien desservie par les transports, alors qu'elle est à 500 mètres d'une station de métro.

A la suite de ces refus, la pression s'est accrue. En novembre 2012, le ministre du Budget Jérôme Cahuzac déclarait: "nous demandons au CNC d’abandonner des pratiques non conformes au droit commun, que l’exception culturelle ne saurait justifier. Le ratio de mètres carrés par agent est aujourd’hui assez largement dérogatoire aux règles que l’État a pu édicter. Nous tentons de convaincre le CNC qu’il faut revenir à une pratique plus normale en la matière, de la même manière qu’il faut revenir à un coût du mètre carré plus conforme aux directives de l’État – d’où le projet de relocalisation."

Mais un bras de fer a alors eu lieu sur les points de chute possibles. Le CNC a longtemps refusé de sortir de Paris, "refusant toute concession à ce sujet", déplore la Cour des comptes, qui fustige "le manque de souplesse du CNC".

Finalement, le CNC a perdu, et l'appel à propositions a bien porté sur "Paris et les communes limitrophes". Toutefois, les exigences du CNC étaient telles (cf. ci-dessous) qu'il n'est guère surprenant que la perle rare recherchée n'ait pas été trouvée...

Interrogé à de multiples reprises depuis deux mois, le CNC n'a jamais répondu.

Mise à jour: le CNC indique que le projet de déménagement n'est pas abandonné, et qu'une piste est en cours d'examen

Les exigences du CNC

- une construction neuve ou récemment rénovée
- trois salles de projection de 120, 40 et 40 places
- une salle de réunion pour 50 personnes
- au minimum de deux dessertes par métro ou RER à proximité
- possibilités de restauration au moins équivalentes aux possibilités actuelles
- environ 40 places de parking sous l’immeuble ou à toute proximité
- immeuble disponible et utilisable avant la fin 2013

Source: appel à propositions immobilières

Jamal Henni