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Enquête: paix armée entre Canal+ et BeIN Sports

Nicolas Sarkozy -ici avec le patron de BeIN Sports Nasser Al-Khelaifi- aurait joué les messagers avec le Qatar

Nicolas Sarkozy -ici avec le patron de BeIN Sports Nasser Al-Khelaifi- aurait joué les messagers avec le Qatar - -

Après plusieurs années d'affrontement, c'est la détente entre la chaîne cryptée et sa rivale qatarie, qui ont établi des canaux discrets pour communiquer.

Au début, c'était la guerre. Lorsque BeIN Sports s'est lancé en 2012, Canal Plus a lancé coup sur coup trois procès contre sa rivale. La filiale de Vivendi les a tous perdus. Ce mercredi 18 juin, le tribunal de commerce de Nanterre vient de rejeter la dernière plainte de Canal Plus contre BeIN Sports.

Mais la chaîne cryptée était consciente que ce conflit pourrait s'avérer mortel, notamment si son concurrente qatarie raflait un jour la majorité des droits de la Ligue 1 de football.

Voyage secret à Doha

Depuis au moins un an, elle tente donc de trouver discrètement un terrain d'entente avec la filiale d'Al Jazira.

D'abord, l'an dernier, le directeur général, Rodolphe Belmer, a effectué -dans le plus grand secret- un voyage à Doha, qui n'a apparemment pas donné grand chose (interrogé sur ce voyage, Canal Plus se refuse à tout commentaire).

Parallèlement, le président de Canal, Bertrand Meheut, a tenté de sensibiliser sur le sujet François Hollande et Laurent Fabius, en espérant qu'ils fassent passer des messages à l'émirat.

Plus récemment, un autre canal de communication a été établi: selon certaines sources, il passait par Vincent Bolloré (principal actionnaire de Vivendi) et... Nicolas Sarkozy, grand ami du Qatar. L'industriel breton et l'ancien président se seraient même vus fin mars ou début avril pour discuter du sujet, juste avant la remise des offres pour la Ligue 1 (interrogés, les porte-paroles de Bolloré et de Nicolas Sarkozy n'ont pas répondu).

Canal et BeIN ne s'agressent plus

Apparemment, tout ceci a abouti à une certaine détente entre les deux rivaux. Premier signe en ce sens: interrogé sur BeIN Sports au lendemain de l'appel d'offres de la Ligue 1, Bertrand Meheut a répondu: "c'est un acteur respectable". Une déclaration qui tranche avec les noms d'oiseaux échangés jusqu'à présent.

Surtout, les deux rivaux ont soigneusement évité l'affrontement mortel lors de cet appel d'offres. Comme l'explique un dirigeant de la Ligue de football professionnel (LFP), "Canal Plus et BeIN Sports ne se sont pas agressés mutuellement. Sur le lot 1 qui comprenait les deux meilleurs matchs, BeIN Sports était 40 millions d'euros derrière Canal Plus. Symétriquement, Canal Plus était bien derrière BeIN Sports sur le lot 3, qui comprenait 7 matches et des magazines. Surtout, par un étrange parallélisme, chacun a proposé 20% de plus qu'actuellement".

Dindon de la farce

La LFP a-t-elle été le dindon de la farce? "On espérait plus. C'est un demi-succès, on n'est pas très loin de ce que l'on voulait, mais pas tout à fait non plus", a déclaré le président du club de Saint-Etienne Bernard Caïazzo.

Un dirigeant de la LFP ajoute: "l'argent finalement proposé par BeIN Sports a été clairement décevant par rapport à ce que les Qataris nous avaient fait miroiter auparavant. Avant l'appel d'offres, BeIN Sports avait assuré à la LFP vouloir en découdre avec Canal Plus pour tout raffler, ce qui avait conduit la LFP à lancer l'appel d'offres en avance".

Toutefois, cette détente a ses limites. Ainsi, BeIN Sports n'a pas retiré sa plainte contre Canal Plus devant l'Autorité de la concurrence sur l'appel d'offres du rugby...

Jamal Henni