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Au bord du gouffre, les compagnies aériennes entament une vague de licenciements

Les pertes des compagnies aériennes sont estimées à 314 milliards de dollars

Les pertes des compagnies aériennes sont estimées à 314 milliards de dollars - Thomas Samson / AFP

En difficultés financières, les compagnies aériennes ont déjà annoncé des milliers de suppressions d'emplois alors qu'elles pourraient se retrouver en sureffectif lors de la reprise du trafic.

Assommées par la crise sanitaire du coronavirus et sans perspective de rebond à court terme, les compagnies aériennes commencent à tailler dans leurs effectifs. Il faut dire que la situation est critique: en mars, "la demande a été au niveau de celle de 2006, mais nous avons le double en flotte et en employés", a fait savoir Alexandre de Juniac, directeur général de l'Association internationale du transport aérien (IATA). 

Les compagnies devraient donc avoir plus de personnels qu'elles n'en auront besoin lors du redémarrage qui s'annonce particulièrement lent. Selon les analystes d'Oddo BHF cités par La Tribune, "la crise du Covid-19 et la faiblesse de la reprise devrait engendrer un sureffectif de 30% en moyenne au sein de toutes les compagnies aériennes". Cela représenterait 130.000 licenciements potentiels pour les seules compagnies européennes membres de l'association "Airlines for Europe" qui assurent 70% du trafic du Vieux Continent. 

Des milliers de suppressions d'emplois déjà annoncées

Face à un trou d'air qui pourrait durer -jusqu'à deux ou trois ans disent les experts, et certains grands patrons du secteur-, ce sont d'ores et déjà des milliers de suppressions d'emplois qui ont été officiellement annoncées. British Airways a notamment annoncé mardi supprimer 12.000 emplois. La même journée, la scandinave SAS et l'islandaise Icelandair ont annoncé le départ de 5000 employés pour la première et 2000 pour la seconde. 

En Norvège, la compagnie à bas coûts Norwegian Air Shuttle a annoncé le 20 avril la mise en faillite de quatre filiales en Suède et au Danemark, menaçant 4700 emplois. A cela s'ajoute le licenciement de 1000 salariés chez Wizzair et la faillite de Flybe il y a quelques semaines qui a laissé 2000 employés sur le carreau. Sans oublier le géant australien, Virgin Australia (10.000 emplois), qui s'est volontairement mis en cessation de paiements il y a plus d'une semaine, devenant la première grande compagnie aérienne à s'écrouler. Du côté d'Air France, un plan de départs volontaires est envisagé. 

"La situation n'est pas réglée du tout"

Les professionnels du secteur, habitués à encaisser les chocs et à rebondir rapidement - comme après le 11 septembre 2001 ou la crise financière de 2008 - redoutent cette fois le double effet d'une récession mondiale et de la prudence de voyageurs tétanisés par la propagation rapide et mondiale du coronavirus.

"De nombreuses compagnies se sont retrouvées en défaut de paiement (...) les gouvernements apportent un soutien substantiel mais la situation reste extrêmement fragile", a commenté mardi Brian Pearce, le responsable financier de l'Association internationale du transport aérien (Iata). 

"La situation n'est pas réglée du tout. En début d'année les compagnies disposaient en moyenne de deux mois de réserves de trésorerie qu'elles ont déjà épuisées", a-t-il ajouté. L'organisation a chiffré à 314 milliards de dollars la baisse du chiffre d'affaires des compagnies aériennes en 2020, soit une chute de 55% par rapport aux revenus de 2019. Selon elle, 25 millions d'emplois dans le secteur de l'aviation et les activités associées sont menacés dans le monde. 

Aides d'Etats

Etranglées par d'importants coûts fixes, les compagnies ont appelé au secours les Etats. Les gouvernements français et néerlandais ont annoncé vendredi des aides pour les deux branches du groupe Air France-KLM sous formes de prêts directs ou garantis, pour un montant total de 9 à 11 milliards d'euros. 

Le groupe Lufthansa va de son côté se voir garantir un prêt de 1,2 milliard d'euros par l'Etat suisse pour ses filiales Swiss et Edelweiss. Dans les autres pays où il est actif (Allemagne, Autriche et Belgique), les discussions se poursuivent "pour assurer sa solvabilité". 

Mais sans résultat pour l'heure: l'Allemagne envisage de monter temporairement à hauteur d'environ 9 milliards d'euros dans le capital de la compagnie historique, selon les fuites dans la presse, mais l'Etat allemand réclame d'avoir son mot à dire dans la conduite des affaires, ce dont Lufthansa ne veut pas.

Dans ce contexte de négociations tendues, la compagnie dit examiner aussi une sorte de "procédure de sauvegarde", lui permettant de reprendre son souffle sans être contrôlée par un administrateur judiciaire ou avoir à déposer le bilan. Condor, filiale du voyagiste en faillite Thomas Cook, va pour sa part recevoir 550 millions d'euros de prêts garantis par les pouvoirs publics allemands.

Les constructeurs touchés 

Derrière les compagnies, c'est tout un secteur souffre. L'industrie aéroportuaire mondiale devrait perdre 76 milliards de chiffre d'affaire en 2020, selon sa fédération, l'ACI.

Le constructeur Airbus voit arriver des demandes de report de commandes d'avions. L'avionneur européen, qui a publié mercredi une perte nette de 481 millions d'euros pour les trois premiers mois de l'année, a déjà ralenti sa production et a pris des mesures de chômage partiel. 

Son concurrent américain Boeing a confirmé ce mercredi qu'il allait réduire ses effectifs globaux d'environ 10% pour faire des économies. Il a déjà demandé une aide gouvernementale d'au moins 60 milliards de dollars pour lui et ses 17.000 sous-traitants, mais refuse toute entrée de l'Etat fédéral à son capital.

Paul Louis avec AFP