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Pourquoi les banques rechignent à accorder des prêts garantis par l'Etat

Sur BFM Business, Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, explique pourquoi certaines entreprises rencontrent des difficultés pour obtenir un prêt garanti par l'Etat.

Alinéa qui dépose le bilan, Naf Naf placé en redressement judiciaire, Conforama qui est au bord de la faillite... Les enseignes de commerce non alimentaire subissent de plein fouet les répercussions financières de la pandémie. Certaines d'entre elles, déjà en difficultés avant le confinement, se retrouvent aujourd'hui dans un gouffre financier inextricable et peinent, pour couronner le tout, à obtenir un prêt garanti par l'Etat (PGE). C'est le cas de Conforama.

L'enseigne de mobilier et de décoration tente actuellement de négocier un prêt de 322 millions d’euros, garanti par l’Etat à hauteur de 90%. Mais des banques à l'instar de BNP Paribas et de HSBC se montrent réticentes à l'idée de le lui accorder. Ce qui, pourtant, lui permettrait d'échapper au redressement judiciaire. Il faut dire que les négociations sont tendues depuis plusieurs semaines entre Conforama et les banques et toutes ne sont pas prêtes à prendre le risque financier des 10% restant (32 millions d’euros).

Sur BFM Business dans l'émission "12H – L'Heure H" ce lundi, Nicolas Dufourcq rappelle que les "gros PGE - pour les entreprises qui sont sur des chiffres d'affaires supérieur à 1,5 milliard - sont inscrits en direct par les services de Bercy et ne passent pas par Bpifrance".

La fragilité des modèles d'affaires en question

"Aujourd'hui on a, ce matin, 74 milliards d'euros de PGE accordés. Une demande qui va avoisiner les 100 milliards maintenant et un taux de refus qui, d'après la Fédération bancaire française, est compris entre 3 et 5%. Et pour une profession très particulière que sont les restaurants, (…) un taux de refus compris entre 5 et 7%. Donc il y a des refus. Et c'est sûr que 5 à 7% ou même 3 à 5% sur 434.000 entreprises ce matin, ça fait des milliers d'entreprises bien entendu (qui se voient refuser un PGE – NDLR). Mais le ratio est je pense relativement faible", estime le directeur général de Bpifrance.

Selon lui, les entreprises qui se révélaient déjà fragiles avant le confinement, peuvent aujourd'hui obtenir un PGE (au même titre que d'autres enseignes financièrement plus stables).

"On a fait très attention à ce que des entreprises qui ont des fonds propres négatifs ou qui ont eu une baisse de 50% de leurs fonds propres dans les 12 derniers mois puissent bénéficier du PGE. Au début ce n'était pas le cas. (…) Maintenant, vous avez des entreprises en effet qui sont sur des modèles d'affaires qui étaient déjà des modèles fragiles. (…) C’est-à-dire des modèles qui produisaient déjà des résultats opérationnels à un très faible pourcentage. Donc ces entreprises sont atteintes de plein fouet. Et quand elles ont, d'abord une très grande taille, et qu'elles ont plusieurs banques dans le cadre de ce que l'on appelle des 'pool', il faut que toutes les banques se mettent d'accord", concède Nicolas Dufourcq. D'où le fait que l'obtention d'un PGE puisse prendre du temps.

Problème de coordination bancaire

Le directeur général de Bpifrance l'admet par ailleurs. Dans des cas comme ceux de Naf Naf, d'Alinea, ou encore de Conforama, "il y a des sujets de coordination entre les banques incontestablement".

Et de préciser: "Le cadre général du PGE est très simple. Le PGE n'est pas destiné à permettre aux banques de gagner de la part de marché sur leurs voisines. Donc chacun s'occupe de ses clients. (…) Le sujet c'est, encore une fois, les coûts de coordination (…) entre plusieurs banques quand elles se partagent le risque sur une entreprise", souligne Nicolas Dufourcq. Lequel rappelle que c'est le Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri) à la direction générale du Trésor qui gère des cas comme celui de Conforama.

Julie Cohen-Heurton