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Conforama au bord de la faillite, But tente une offensive

L’enseigne de meubles But souhaite profiter des difficultés de son concurrent pour reprendre une partie de ses magasins. Conforama peine à décrocher un prêt garanti par l’Etat. Les banques traînent des pieds.

But lance une offensive sur son rival Conforama. L’enseigne d’ameublement a envoyé il y a une dizaine de jours une proposition d’alliance industrielle à son concurrent, selon plusieurs sources proches de Conforama. "Le projet industriel a été présenté au conseil d’administration et à sa présidente, Helen Lee Bouygues, représentant de l’actionnaire sud-africain Steinhoff et ses créanciers" explique une source. Il consiste en un rachat d’une cinquantaine de magasins Conforama dans des zones périurbaines où But n’est pas présent. Contactée, les directions des deux groupes n’ont pas souhaité faire de commentaires.

L’offre de But concernerait environ 2.000 des 7.600 salariés du groupe en France. Conforama doit d’ailleurs lancer un plan de sauvegarde de l’emploi qui vise à supprimer 1.900 postes. "But est en embuscade pour profiter de la fragilité de Conforama pour le racheter" explique un concurrent du secteur. Le groupe souffre d’un manque à gagner de 360 millions d’euros de chiffre d’affaires depuis le début du confinement. Les 50 millions d’euros de cash sont insuffisants pour payer les 150 millions d’euros de factures à ses fournisseurs. Ce manque cruel de trésorerie ne lui a permis d’ouvrir que 19 magasins sur 165 la semaine passée.

"Sans ce prêt, c’est le dépôt de bilan"

Pour surmonter la crise, Conforama négocie actuellement un prêt de 322 millions d’euros, garanti par l’Etat à hauteur de 90%. Bercy a déjà fait un effort puisque sa garantie est généralement de 70% pour les entreprises de la taille de Conforama. Mais au même titre qu’Air France, Conforama est un "cas d’urgence" qui compte 8.600 salariés en France. Sauf que les négociations sont tendues depuis plusieurs semaines avec les banques. LCL, Crédit du Nord, BNP Paribas et HSBC doivent prendre le risque financier des 10% restant, soit 32 millions d’euros. "Les deux premières semblent prêtes à signer mais les deux dernières rechignent", selon une source interne. La direction s’inquiète de ne pas réussir à décrocher son prêt garanti par l’Etat qui lui assurera son "trou de trésorerie". "Sans ce prêt, c’est le dépôt de bilan assuré" ajoute cette source.

Une réunion s’est tenue par visioconférence vendredi entre la direction de Conforama et les banques, chapeautée par les équipes du ministère de l’Economie. Le prêt garanti par l’Etat devait être bouclé mais l’absence de BNP Paribas à la réunion a fait échouer la signature. Un coup de théâtre qui a provoqué la bronca des syndicats maison dans le week-end, CGT et Force Ouvrière en tête. En milieu de semaine, déjà, l’intersyndicale de l’enseigne avait mis la pression en envoyant un courrier à Bruno Le Maire. Lundi dernier, une réunion avait déjà été tendue entre Conforama et BNP Paribas.

BNP Paribas pointée du doigt

Dans un communiqué, Force Ouvrière s’interroge : "A qui profite le crime ? Sans ce prêt, Conforama risque d’être livré à un repreneur rapace". En interne planent des suspicions sur les liens entre BNP Paribas et le groupe autrichien Lutz, actionnaire de But. La banque française ayant participé au rachat de But par Lutz en 2016. "On se demande si elle ne freine pas le prêt de Conforama pour favoriser son rachat par But" explique un représentant de salarié.

La banque ne cache pas privilégier une troisième voie. "Si un nouveau projet industriel de long terme, mobilisant les actionnaires actuels ou de nouveaux actionnaires, devait se dessiner, BNP Paribas l’examinerait" explique le groupe. Alors que Steinhoff ne veut pas injecter d’argent dans Conforama, la voie d’une alliance avec But est sur la table.

Lundi, c'est le syndicat CFE-CGC des cadres de Conforama qui a demandé l'intervention de l'Etat dans ce dossier, accusant BNP Paribas d'"attitude irresponsable".

Bercy peut intervenir en cas de force majeure

Ce mariage est un serpent de mer depuis plusieurs années. Il y a un an, But avait déjà proposé un rapprochement avec Conforama. Mais Steinhoff avait refusé, préférant réaliser lui-même la restructuration de l’enseigne pour mieux la revendre ensuite. D’autant que cette alliance se heurterait à de lourds problèmes de concurrence. Les deux enseignes disposent chacune d’environ 90 magasins en concurrence frontale. D’où l’offre partielle de But de ne reprendre qu’une partie des magasins de Conforama. "But espère décrocher une autorisation exceptionnelle de Bercy", explique un bon connaisseur du dossier.

En cas de force majeure, le ministère de l’économie peut passer outre les concessions de l’autorité de la concurrence pour maintenir l’emploi lorsque l’enjeu est important. Cette clause dite "clause William Saurin" a été précisément appliquée par Bruno Le Maire en 2018 pour faciliter la reprise du groupe William Saurin, englué dans des affaires de fraudes comptables suite au décès de sa propriétaire, Monique Piffaut. Le ministre de l’Economie avait obtenu du repreneur qu’il s’engage à maintenir l’emploi en contreparties de l’abandon des cessions d’actifs.