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En voie de disparition avant le Covid, les discothèques sont aujourd'hui menacées d'extinction

Alors que tous les secteurs d'activité commerciales disposent d'un calendrier de réouverture, les discothèques ne savent toujours pas si elles pourront rouvrir. Et si le gouvernement multiplie les aides, les professionnels du secteur craignent qu'un quart des boîtes de nuit disparaissent.

Elles sont fermées depuis 423 jours sans discontinuer et elles ne savent pas si elles pourront rouvrir cette année. Alors que les restaurants, les bars, les commerces, les cinémas et même les clubs libertins disposent d’un calendrier de réouverture, les boîtes de nuit elles sont dans le noir.

Les représentants du secteur ont rencontré le ministre des PME Alan Griset la semaine dernière qui leur a donné la date du 15 juin, pas pour une réouverture mais pour un éventuel calendrier. Qu’est-ce qui bloque avec ce secteur ?

Des lieux clos et un protocole jugé inapplicable par les professionnels

D’abord c’est un monde qui n’a pas une très bonne image. Les discothèques sont associées à l’addiction, aux accidents de la route ou encore à l’argent sale. Ensuite, ce sont des lieux clos, très fréquentés avec une grande promiscuité et des gestes barrières impossible à faire respecter. Les pires lieux en pleine pandémie dont le virus se transmet en aérosol.

Enfin le protocole proposé par le gouvernement en décembre est jugé inapplicable par le secteur.

"Nous avons réussi à comprendre qu'ils souhaitaient une neutralisation de la piste de danse et une distanciation physique de deux mètres entre chaque client, explique Christian Jouny, le délégué général du Syndicat national des discothèques et lieux de losirs (SNDLL). Ca nous contraindrait à diviser par cinq notre capacité d'accueil, ce n'est pas viable pour nous."

Les représentants du syndicat national des discothèques préfèrent rester fermés plutôt que d’ouvrir dans ces conditions.

Le gouvernement, qui planche sur un grand plan de relance des discothèques pour l'après-crise, va renforcer les aides au secteur. Après avoir réhaussé le plafond de solidarité qui était jusqu'en décembre de 15.000 euros par mois au maximum, le ministre a annoncé que les discothèques seraient désormais éligibles au dispositif renforcé de prise en charge des coûts fixes.

Des aides qui arrivent trop tard selon les représentants du secteur.

"Jusqu'en juillet dernier, nous n'avons eu aucun contact avec le précédent gouvernement, les aides ont ensuite été insuffisantes et la trésorerie de certains établissements s'est effondrée, déplore Christian Jouny. Et si l'Etat a pris en charge la rémunération des salariés, les gérants eux n'ont rien touché en 14 mois et doivent vivre sur leurs économies."

Certains ont préféré déposer le bilan. Selon les calculs du SNDLL, ce sont 131 établissements qui ont été liquidés en un an et un 243 qui sont en redressement judiciaire. Ce sont donc entre un quart et un tiers des 1600 discothèques que comptait le secteur à fin 2019 qui pourraient disparaître.

60% des discothèques ont disparu

Car le secteur n’était déjà pas au mieux avant la crise. Les discothèques étaient déjà en voie de disparition, principalement dans les zones rurales. Selon une étude de la Sacem de 2014, la France comptait 4000 discothèques dans les années 80 et encore 2000 au début des années 2010. Aujourd'hui le SNDLL en dénombre moins de 1500, soit une chute de plus de 60% en quelques décennies.

Plusieurs causes expliquent ce déclin. La démographie avec la baisse du nombre de jeunes dans les zones rurales, l'alcool trop cher, la concurrence des applications pour faire des rencontres, l'interdiction de la cigarette, la règlementation sur les nuisances ou encore la fermeté des pouvoir publics envers les addictions et les accidents de la route… Avec la multiplication des contraintes et le développement des bistrots et des bars dansants dans les grandes villes, les discothèques sont progressivement passées de mode.

"C'est un secteur qui a besoin de se remettre en question, reconnaît Christian Jouny. Nous avons eu des périodes où les discothèques de province fermaient les unes après les autres. Mais nous avons fait le ménage depuis 20 ans notamment sur l'argent sale et maintenant, nous craignons que nos établissements retombent entre de mauvaises mains."

Le secteur attend maintenant ce grand plan discothèque promis par le gouvernement et espère nouer de meilleurs relations avec les pouvoir publics une fois que les établissements auront rouverts.

Le monde de la nuit comptait à fin 2019 25.000 salariés (41.000 personnes en comptant les emplois indirects) et réalisait 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires selon le SNDLL.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco