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Retraite à 60 ans : le gouvernement minore le coût réel de sa réforme

Les partenaires sociaux décideront ou non d'étendre la réforme des retraites aux complémentaires (Photo : DR)

Les partenaires sociaux décideront ou non d'étendre la réforme des retraites aux complémentaires (Photo : DR) - -

Le projet de décret sur le retour partiel à la retraite à 60 ans doit être présenté demain en Conseil des ministres. Le gouvernement affirme que la réforme coûtera finalement moins chère que prévu, mais c'est sans prendre en compte les régimes complémentaires...

Le retour à la retraite à 60 ans pour les salariés ayant commencé à travailler tôt serait donc moins coûteux que prévu. A voir...

Moins de 100 000 personnes par an seraient, en effet, concernées contre 150 000 escomptées par l'équipe Hollande durant la campagne. La note en année pleine avoisinerait "seulement" les deux milliards d'euros contre cinq annoncés.

Du coup, le gouvernement devrait élargir la cible des bénéficiaires, en intégrant les congés maternité et certaines périodes de chômage. Le projet de décret sera présenté mercredi 6 juin au Conseil des ministres avant de faire l'objet d'une concertation et d'être publié au début du mois de juillet.

La hausse annuelle de 0,1% pendant cinq ans des cotisations retraites annoncée par François Hollande pour financer la mesure pourrait également être allégée.

La retraite complémentaire d'un cadre représente 57% de sa retraite totale

Or, ce scénario favorable ne concerne que la retraite de base. Il passe toujours sous silence la question de l'impact de la réforme Hollande sur les régimes de retraite complémentaire obligatoire. Pour un salarié, la retraite complémentaire représente un peu moins de 40% du total de sa pension. Mais ce pourcentage grimpe à 57% pour un cadre.

Les partenaires sociaux gérant les régimes complémentaires à travers l'Agirc pour les cadres et l'Arrco pour les autres salariés, le gouvernement ne peut leur imposer d'appliquer ce retour partiel au départ à 60 ans. C'est à eux de décider s'ils s'alignent ou non sur les nouvelles règles pour la retraite de base.

Mais on voit mal cependant les syndicats refuser l'élargissement des conditions de départ à 60 ans. Il faudra donc qu'ils trouvent le moyen de financer ce surcoût, l'augmentation des cotisations annoncée par le gouvernement ne concernant que la retraite de base dite retraite sécurité sociale.

Deux solutions s'offrent à l'Agirc et l'Arrco : augmenter à leur tour les cotisations, ou baisser la valeur du point servant de calcul au montant des pensions. Des hypothèses que le gouvernement n'a pas jugé bon d'évoquer...

Réserves divisées par deux

Selon Danièle Karniewicz, ancienne présidente CFE-CGC de la Caisse nationale d'assurance-vieillesse (Cnav), le coût de la réforme pour les régimes complémentaires serait presque équivalent à celui pour le régime général.

De son côté, Laurence Parisot, la présidente du Medef, alerte les pouvoirs publics sur la situation actuelle du régime complémentaire des cadres : ses réserves financières (8,2 milliards d'euros) vont être divisées par deux d'ici à la fin 2013 indépendamment de la réforme en cours. Ce n'est pas le moment pour elle de charger la barque.

Patrick Coquidé