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Pourquoi le système de retraite suédois n'est pas un modèle à suivre

En matière de retraite, la Suède est souvent citée en exemple. Mais l'homme qui dirigeait la Sécurité sociale lors de la transformation du système estime que si la France doit réformer, elle ne doit pas recopier le modèle suédois, qui n'a pas fait ses preuves.

La Suède, un exemple pour la France? En matière de réforme des retraites, le plus peuplé des Etats scandinaves, est souvent cité en exemple. Mais l'ex-directeur de la Sécurité sociale suédoise, qui a porté la réforme vingt an plus tôt, assure aujourd'hui que le nouveau système pose problème… et conseille de ne pas suivre le même chemin. "Nous avons une nouvelle formule pour calculer les pensions. Il faut que les gens travaillent plus longtemps, mais on ne leur explique pas et nous n'aidons pas ceux qui en ont besoin", a déclaré Karl Gustaf-Scherman au micro de BFMTV.

"Ce que je dirais à Emmanuel Macron, c'est que vous devez réformer [mais] ne recopiez pas le modèle suédois", a conseillé Karl Gustaf-Scherman.

À la suite d'une crise financière, la Suède a entièrement refondu son système de retraite au cours des années 1990. L'objectif était d'inciter les Suédois à partir plus tard à la retraite en modifiant notamment le calcul des pensions. Le pays abandonne alors son régime par répartition et le calcul par annuités, le même système qu'en France à l'heure actuelle, pour un régime mixte qui associe retraite par répartition (c'est-à-dire que les cotisations des actifs payent les pensions des salariés) et retraite par capitalisation (les actifs épargnent pour leur propre retraite).

Répartition et capitalisation

Le modèle suédois s'appuie sur une retraite de base universelle, gérée par l'État, qui représente autour des deux tiers du montant de la pension moyenne. C'est un régime par répartition à "compte notionnel": dans les grandes lignes, les cotisations prélevées au cours de la carrière financent les pensions des Suédois retraités mais s'accumulent aussi sur un "compte virtuel". Lorsqu'il prend sa retraite, le salarié dispose d'une somme virtuelle qui va être divisée par le nombre d'années lui restant, statistiquement à vivre. Plus le départ est tardif, plus élevée est la pension, car la même somme est alors divisée par un nombre moindre d'années.

À cette retraite de base s'ajoute un régime par capitalisation géré par les partenaires sociaux et attaché à chaque branche professionnelle. Ce régime complémentaire concerne 90% des employés et représente moins d'un tiers de la pension moyenne. Des cotisations patronales alimentent des fonds de pension spécialisés, qui ont remporté des appels d'offres passés par les branches professionnelles: la somme perçue à la retraite dépend ainsi des évolutions de la valorisation des fonds de pension où les cotisations ont été placées. Enfin, s'ajoute aussi un régime par capitalisation personnel, peu utilisé.

Un âge "pivot"...

Par ailleurs, la notion d'âge légal de départ en retraite est distincte de ce qui existe en France. S'il veut bénéficier de la pension minimum garantie ainsi que de certaines aides complémentaires au logement, un salarié doit attendre son 65e anniversaire. Cet âge "pivot" joue le même rôle que le nombre minimal de trimestres cotisés permettant en France de partir avec une pension à taux plein. L'assuré suédois peut ainsi partir plus tôt moyennant une baisse du niveau de sa pension, comme le Français le peut lorsqu'il a atteint l'âge légal sans disposer des trimestres nécessaires.

Cette réforme devait inciter les Suédois à travailler au moins jusqu'à 65 ans, mais dans les faits, l'âge moyen de départ reste inférieur (64,7 ans en 2021). Car beaucoup de Suédois préfèrent partir nettement plus tôt, notamment ceux qui exercent des métiers difficiles. Ils optent donc pour la formule leur octroyant une pension réduite.

Cette situation, conjuguée à la forte inflation et aux rendements médiocres de certains fonds de pension, contribue à la paupérisation d'une partie des retraités suédois, en particulier les femmes seules. Des contestations contre le système des retraites se font d'ailleurs entendre depuis plusieurs années.

...et un âge minimum

Le gouvernement peine donc à augmenter l'âge moyen de départ, ce qui pose problème pour l'équilibre du système –d'autant plus que l'espérance de vie a augmenté plus vite que prévu. Pour pousser les Suédois à travailler plus longtemps, le gouvernement a donc été contraint de modifier l'âge minimum initialement prévu pour ceux qui voulaient anticiper leur départ (plus ou moins l'équivalent de notre âge légal français). Fixé initialement à 61 ans, il a été progressivement relevé à 62 puis 63 ans, depuis cette année. Il atteindra à terme 64 ans.

Jérémy Bruno Journaliste BFMTV