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Que peut faire la BCE face à la faiblesse de l'inflation?

Mario Draghi dispose d'un nombre assez variés d'atouts dans sa manche.

Mario Draghi dispose d'un nombre assez variés d'atouts dans sa manche. - -

La banque centrale européenne tient, jeudi 5 juin, sa conférence mensuelle. L'institution devrait annoncer un arsenal pour contrecarrer la faible inflation à laquelle la zone euro fait face. Des baisses de taux ainsi que des mesures pour dynamiser le crédit sont ainsi attendues.

La BCE va dégainer. La Banque centrale européenne va tenir, jeudi 5 juin, sa traditionnelle conférence mensuelle. Et, cette fois-ci personne ne se demande si l'institution européenne passera à l'action. Plusieurs de ses dirigeants, dont son président Mario Draghi, ont clairement laissé entendre qu'elle agirait ce mois-ci.

De plus, l'inflation continue de se situer à un niveau bien inférieur à celui voulu par la banque centrale, à 0,5% en mai, alors que la BCE cible 2%.

"Dans ce contexte, ce serait un véritable choc si la BCE n'agissait pas ce mois", estime Jennifer McKeown, économiste chez Capital Economics. La véritable de question est donc quelles munitions la banque centrale peut encore utiliser. Voici les options sur la table.

> Baisse du taux de refinancement

Le niveau de l'inflation ainsi que la volonté de la BCE de s'attaquer au taux de change plaident pour une baisse du taux de refinancement, le principal taux auquel la banque centrale prête aux banques commerciales. La quasi-totalité des économistes s'attendent ainsi à ce que l'institution européenne abaisse ce taux, actuellement à 0,25%, de 10 à 15 points de base. Il atteindrait ainsi 0,10% ou 0,15%.

Mais cette mesure seule ne sera pas suffisante. Comme le souligne dans une note Clemente de Lucia, économiste chez BNP Paribas, "plus les taux d’intérêt sont proches de zéro, moins leurs baisses sont efficaces". "Pour conserver un effet sur l’économie, de tels gestes doivent s’accompagner d’autres mesures", ajoute-t-il.

> Le taux de dépôt pourrait devenir négatif

Une autre option semble probable. La BCE ferait basculer dans le rouge le taux de dépôt, c'est-à-dire celui auquel elle rémunère les liquidités placées chez elles par les banques.

"Il s'agit de taxer la partie des dépôts qui excède les réserves obligatoires. L'impact théorique est d'obliger les banques à avoir un usage productif de leur cash", décrypte Gilles Moec, co-directeur des études économique chez Deutsche Bank.

"Les mesures conventionnelles ont eu pour conséquences de créer des réserves, mais sans avoir d'effet sur la transmission au crédit. Avec cette taxe il y a un coût d'opportunité et donc une incitation pour les banques à prêter davantage ou alors à acheter des obligations", poursuit-il.

Mais cette décision risque d'avoir une efficacité discutable. "Il y a de moins en moins de liquidités. Cette mesure aurait été beaucoup plus efficace il y a un an", remarque Gilles Moec. Frederik Ducrozet, économiste chez Crédit Agricole CIB juge, lui, qu'il n'y a "aucune garantie que des taux négatifs seuls doperaient le crédit bancaire".

> Un nouveau prêt de long terme

Pour Gilles Moec, "Le vrai enjeu aujourd'hui est de redynamiser le crédit du secteur privé. Pour cela, il faut maintenant passer par des choses plus directes". Selon lui, "les attentes se font surtout autour d'une aide ciblée, avec des injections de liquidités à taux fixes probablement conditionnées à des obligations de financement de l'économie par les banques".

Ainsi la BCE pourrait annoncer un nouveau LTRO (prêt de long terme) dont le montant où le taux dépendrait de l'engagement des banques sur le crédit. Le Financial Times (lien payant) cite deux sources proches du dossier indiquant que cette mesure doit être annoncée ce jeudi.

> L'assouplissement quantitatif

L'assouplissement quantitatif, c'est-à-dire des rachats massifs de titres financiers sur le marché, reste une option plausible. Mais beaucoup s'attendent à ce que la BCE garde cette munition en réserve.

"Mario Draghi devrait reparler de rachats d'actifs privés. Mais les achats d'obligations publiques sont une arme de dernier ressort", considère Gilles Moec. "Il semble peu probable que la BCE mette en place un plein programme d'assouplissement quantitatif à ce stade", abonde Jennifer McKeown.

> La communication

Dernière arme et non des moindres: la parole, l'un des éléments les plus importants de l'arsenal de la BCE. Pour Frederik Ducrozet, la communication va représenter "une partie importante" de l'offensive de la BCE de ce mois de juin.

"Nous nous attendons à ce que Mario Draghi laisser la porte ouverte à des mesures non conventionnelles dans le cas où l'inflation peine à se redresser d'ici à la fin de l'année", poursuit-il.

Julien Marion