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Police, douane, justice: 8.500 postes créés pour lutter contre Daesh

François Hollande s'exprimait devant la Parlement réuni en congrès à Versailles.

François Hollande s'exprimait devant la Parlement réuni en congrès à Versailles. - Michel Euler - AFP

Pour répondre aux terroristes, le chef de l'État a annoncé que les effectifs de toutes les forces de sécurité et de justice allaient être sérieusement renforcés. Les engagements de réduction du déficit passent à la trappe. Et François Hollande invoque un article méconnu du traité européen pour faire taire les critiques.

Trois jours après les attentats de Paris, François Hollande a fait primer, ce lundi au congrès de Versailles, le maintien de la sécurité sur les engagements de réduction de la dépense publique. La France "assume" le surcroît de dépense car, a-t-il déclaré "le pacte de sécurité l'emporte sur le pacte de stabilité".

Devant le Parlement réuni à Versailles, le président français a notamment annoncé que les effectifs dans la justice, la défense, les forces de l'ordre, allaient être étoffés.

> Dans la justice: 2.500 emplois supplémentaires vont être créés qui s'ajouteront aux quelque 79.000 salariés des divers tribunaux français. 

> Dans la police et la gendarmerie: 5.000 postes, soit 2% d'effectif supplémentaires.

> Dans les douanes: 1.000 nouveaux fonctionnaires aideront les 17.000 agents en poste aujourd'hui à mieux contrôler les frontières françaises qui ont été rétablies vendredi 13 novembre.

> Les réductions d'effectifs qui devaient affecter les forces armées d'ici à 2019 sont, elles, à ranger aux oubliettes: "Il n'y aura par ailleurs plus aucune réduction d'effectifs dans la défense jusqu'en 2019", a indiqué François Hollande. 16.000 postes étaient concernés.

Au total, le chef de l'État a donc prévu de renforcer de 25.000 postes les moyens alloués d'ici à 2019 pour assurer la sécurité du pays.

"Un surcroît de dépenses que j'assume"

"Ces créations bénéficieront aux services de lutte contre le terrorisme, à la police aux frontières et à la sécurisation générale du pays. Elles s'accompagneront des moyens d'équipement et d'investissement nécessaires à l'accomplissement des missions de ces forces", a-t-il dit.

Le chef de l'État entend aller vite. "Ces décisions budgétaires seront prises dans le cadre de la loi de finances pour 2016. Elles se traduiront par un surcroît de dépenses que j'assume. Car dans ces circonstances, je considère que le pacte de sécurité l'emporte sur le pacte de stabilité", a-t-il insisté devant l'ensemble des parlementaires.

Le "pacte de stabilité" est le nom donné au programme budgétaire courant de 2014 à 2017, qui vise à réduire la dépense publique. La France comptait ainsi ramener son déficit sous la barre des 3%, un seuil imposé par Bruxelles. Dans ce cadre, le gouvernement prévoyait de réaliser 50 milliards d'euros d'économies.

Un rappel opportun du traité européen

Cette remise en cause des engagements budgétaires vis-à-vis de l'Europe s'est accompagnée d'un rappel fort opportun à un autre volet du traité européen. "Chacun est désormais face à ses responsabilités, les pays voisins, les puissances, mais aussi l'Europe" a insisté François Hollande qui a donc "demandé au ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, de saisir dès mardi ses homologues européens au titre de l'article 42.7 du traité de l'Union qui prévoit que lorsqu'un État est agressé, tous les États membres doivent lui apporter solidarité face à cette agression. Car l'ennemi n'est pas un ennemi de la France, c'est un ennemi de l'Europe." 

L'article 47.2 du traité de l'UE est rédigé ainsi: "Au cas où un État membre serait l'objet d'une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l'article 51 de la charte des Nations unies. Cela n'affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains États membres."

En clair, non seulement les 27 autres États de l'UE ne peuvent plus taper sur les doigts de la France pour ses coups de canif dans ses engagements budgétaires, mais il apparaîtrait même logique qu'ils lui apportent, directement ou indirectement, les moyens d'assumer la guerre qu'il va lui falloir mener. François Hollande leur rappelle clairement: "L'Europe (...) ne peut pas vivre dans l'idée que les crises qui l'entourent n'ont pas d'effet sur elle."

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N.G.