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Plus d'impôt, plus de travail... Comment va-t-on payer l'addition du coronavirus?

La classe moyenne sera la grande gagnante de la politique fiscale de l'exécutif

La classe moyenne sera la grande gagnante de la politique fiscale de l'exécutif - AFP

Alors que la dette et le déficit devraient atteindre des records, le gouvernement ne veut pas évoquer des hausses d'impôts comme l'avaient fait ses prédécesseurs après la crise de 2009.

La récession qui vient sera la pire depuis 1945. Le ministre de l'Economie a prévenu ce lundi

"Le chiffre de croissance le plus mauvais qui ait été fait par la France depuis 1945, c'est en 2009 après la grande crise financière de 2008: -2,2%. Nous serons vraisemblablement très au-delà des -2,2%", assure Bruno Le Maire.

Et pour tenter de sauver l’économie, la France injecte actuellement des milliards d’euros chaque semaine. Ce n’est plus l’Etat providence, c’est l’Etat sapeur-pompier. Près de 2 milliards d’euros pour le fonds de solidarité aux entrepreneurs, 4 milliards d’euros d’achats de matériel notamment médical, 14 milliards d’euros sur trois mois pour le chômage partiel (qui concerne actuellement cinq millions de salariés) et c’est sans compter le report de charges fiscales et sociales sur le mois de mars. Ce dernier représente à lui seul un manque à gagner de 32 milliards d’euros dont on ignore la part qui ne sera jamais payée par les entreprises qui auront malgré tout mis la clé sous la porte! L’addition est déjà monumentale. Et si aujourd’hui c’est l’urgence qui prime, demain il faudra bien financer tout ça. 

Et difficile de ne pas penser aux hausses d'impôts. C’est ce qui s’était passé après la crise de 2009. Le déficit avait atteint 7,5% du budget en 2009 et les impôts avaient augmenté de 140 milliards d’euros dans les années suivantes.

Mais pour le moment, pas question de parler impôt assure Bruno Le Maire qui a annoncé ce lundi matin le maintien de la disparition totale de la taxe d’habitation. "Ce n'est pas une bonne idée de vouloir relancer la machine économique en augmentant les impôts", assure le ministre de l'Economie. Pour cette année du moins. Car Bruno Le Maire reconnait aussi qu’il faudra à nouveau débattre de la politique fiscale dès 2021.

Alors comment financer tout ça? Il va déjà peut-être falloir travailler plus. Pour répondre à l’urgence de la crise actuelle et du confinement, le gouvernement a déjà assoupli le code du travail par ordonnances en autorisant certains secteurs essentiels (énergie, télécom, agroalimentaire) à travailler 60 heures par semaine voire le dimanche. Ce sont des mesures limitées dans le temps mais certaines avancent déjà des propositions de plus long terme. Comme le numéro 2 des Républicains Guillaume Peltier qui propose que chaque Français abandonne cinq jours de RTT pour financer les budgets de la Santé et de l’agriculture.

En attendant que le gouvernement tranche, l’Etat va devoir s’endetter. Le pays emprunte actuellement des milliards (à des taux très bas) et va s’endetter à des niveaux jamais peut-être atteints dans l’Histoire. "Il n'existe pas de cagnotte, le pays va vivre à crédit. Le déficit 2020 ira peut-être jusqu'à 7%, 8%, 9%. Jusqu'à ce que l'épidémie s'arrête. La dette, elle, pourrait atteindre 150 % du PIB", estime Jean-Paul Betbeze, professeur d'économie et de finances à l'université Paris-II dans Le Parisien. Hausse d’impôts ou pas, il faudra bien rembourser tôt ou tard.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco