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Législatives: quel avenir pour la réforme des retraites d'Emmanuel Macron?

La majorité à l'Assemblée ne sera que relative pour Emmanuel Macron. Le président de la République peut encore obtenir un accord avec Les Républicains sur cette réforme épineuse, mais la montée des oppositions promet une véritable poudrière sociale.

Ce second quinquennat d'Emmanuel Macron sera-t-il celui de l'immobilisme? La crainte qui émergeait depuis le 1er tour des législatives s'est confirmée pour la majorité présidentielle. Avec 247 députés, elle n'obtient qu'une majorité relative ce qui l'oblige à trouver des accords pour faire passer ses réformes.

L'une d'entre elle s'annonce comme une véritable poudrière sociale, c'est celle sur les retraites. Paradoxalement, Emmanuel Macron a les moyens de la faire passer à l'Assemblée nationale. En prévoyant de faire passer l'âge de départ légal à 65 ans, la majorité présidentielle propose une idée finalement proche de la mesure brandie par Valérie Pécresse lors de la présidentielle. Or, les voix des Républicains sont indispensables pour le vote final.

Le président du Sénat LR Gérard Larcher l'a encore rappelé la semaine dernière: la droite pourrait voter avec la majorité "à chaque fois que ce sera utile au pays, comme nous le faisons au Sénat notamment depuis trois ans". Le même martèle depuis plusieurs mois la nécessité d'une réforme des retraites. Autant dire que l'accord est à portée de main.

"La réforme des retraites est enterrée"

Mais l'autre conséquence des législatives, c'est la nouvelle place prise par l'opposition qu'elle soit de gauche (147 sièges pour la Nupes) ou de droite (90 sièges pour le Rassemblement national). Et la question des retraites est explosive.

"La réforme des retraites est enterrée", a d'ores et déjà prévenue Marine Le Pen. De l'autre côté de l'échiquier politique, le député Insoumis Alexis Corbière estime que "la retraite à 65 ans a sombré". Les deux camps n'ont pas assez de députés pour s'opposer par le vote à cette réforme mais nul doute qu'ils en feront un sujet majeur pour contester Emmanuel Macron.

Le président de la République n'a d'ailleurs pas beaucoup de soutien. Tous les syndicats s'y opposent et la CFDT, pourtant le plus apte à réformer, a encore durci le ton cette semaine. Lors du 50ème congrès du syndicat, les militants se sont massivement opposés à l'idée d'une progression de la durée de cotisation.

Autant dire que la réforme a tout pour faire sortir les Français - largement opposés selon les sondages - dans la rue avec un vaste front politico-syndical en ligne de front. Une crise sociale que ne pourra pas se permettre Emmanuel Macron. Faute de majorité absolue, ce dernier n'est d'ailleurs pas à l'abri d'une motion de censure, pour peu que tous ses opposants se liguent contre lui.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business