BFM Business

Le big-bang des retraites enfin dévoilé

Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites

Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites - AFP

Jean-Paul Delevoye, le Haut-Commissaire à la réforme des retraites rend ce jeudi ses préconisations, après plus d'un an de concertation avec les organisations syndicales. Le gouvernement a décidé de reculer sur le sujet le plus explosif : l'âge de départ.

Le gouvernement a décidé de faire marche arrière. Il a finalement renoncé à prendre, dès maintenant, des mesures pour reculer l'âge de départ à la retraite.
Plus question d'accélérer la réforme Touraine, pour porter plus vite que prévu la durée de cotisations à 43 ans. Plus question non plus d'instaurer, dans l’immédiat, un âge pivot, à 64 ans, assorti d'une forte décote qui viendrait diminuer les pensions de ceux qui décident de partir avant. Toutes ces mesures ne figureront pas dans le projet de loi de la sécurité sociale, pour une application dès 2020.
C'est à Jean-Paul Delevoye, dans le cadre de sa réforme des retraites, qu'il reviendra de trouver les solutions pour assurer l'équilibre financier du système. Tout se fera donc plus progressivement, d'ici 2025, et la mise en place du nouveau système universel à points et en concertation avec les syndicats. Le gouvernement renonce du coup à plus de 3 milliards d'euros d'économies d'ici 2025. "C'est une question de cohérence, on doit d'abord déterminer les nouvelles règles, on verra ensuite comment assurer l'équilibre du système" explique un député de la majorité.

Apaiser le climat avant la réforme systémique

Surtout, toutes ces mesures budgétaires, en marge de la réforme systémique, avaient mis le feu aux poudres et risquaient de compromettre toute la remise à plat du système. Jean-Paul Delevoye avait été le premier à s'en agacer. Il a même un temps menacé de démissionner, considérant que ces mesures allaient saper la relation de confiance établie avec les syndicats. Tout cela avait en effet suscité de vives réactions.
Force Ouvrière avait décidé dans la foulée de quitter la concertation et a déjà prévu de mobiliser contre la réforme des retraites, le 21 septembre prochain. Surtout, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, qui pourtant soutien cette réforme, avait menacé lui aussi de stopper toute discussion, voire de mobiliser si de telles mesures devaient être mises en place. Ce changement de cap de la part du gouvernement devrait donc permettre de faire retomber la pression.

D'autres sujets explosifs

Les syndicats attendent donc désormais de connaître tous les détails, qui seront dévoilés jeudi par Jean-Paul Delevoye. D'autres sujets pourraient très vite relancer la polémique tant il y a de mesures explosives dans cette réforme. Les 42 régimes doivent en effet être fusionnés en un seul système à points. Toutes les règles seront donc désormais les mêmes pour tous. C'est l'ensemble de la carrière qui sera désormais pris en compte dans le calcul des pensions et non plus les 25 meilleures années pour les salariés du privé et les 6 derniers mois pour les fonctionnaires. En contrepartie, les primes des fonctionnaires seront désormais intégrées au calcul des pensions. Mais il y aura forcément des gagnants et des perdants, comme les enseignants notamment, qui ont très peu de primes, et qui pourraient donc se retrouver lésés. Les syndicats espèrent enfin avoir jeudi des simulations sur des cas précis pour mesurer l'impact de cette réforme. Autre sujet sensible : quel sera le sort réservé aux futures pensions de réversion, c'est cette part de pension qui est reversée en cas de décès du conjoint. Le gouvernement a promis qu'elles ne seront pas supprimées mais il compte là aussi harmoniser l'ensemble des règles qui s'appliquent aux différents régimes. Jean-Paul Delevoye envisage de revoir leur mode de calcul. Surtout, ces pensions de réversion pourraient désormais être plafonnées. Après les annonces jeudi, une nouvelle phase de concertation s'ouvrira avec les partenaires sociaux afin de préparer le projet de loi, pour une réforme qui devrait être adoptée après les élections municipales l'an prochain. Le débat ne fait donc que commencer.