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Gilets jaunes: la CGT contre-attaque

Les gilets jaunes souhaitent la baisse des taxe sur les carburants.

Les gilets jaunes souhaitent la baisse des taxe sur les carburants. - Georges Gobet - AFP

La confédération syndicale appelle "tous les citoyens" à manifester ce samedi partout en France. Une manière de récupérer le mouvement des gilets jaunes, débarrassé de l’extrême droite.

Le rejet, l’attentisme, puis la contre-offensive. Alors que la forme inédite revêtue par le mouvement des gilets jaunes semble avoir pris les syndicats de court, ces derniers sont désormais à la manœuvre.

Si Force ouvrière se remet seulement en ordre de marche avec l’élection d’un nouveau secrétaire général, et que la CFDT se contente de réclamer une grande réunion avec l’exécutif, la CGT entend bien reprendre la main dans un contexte de grogne sociale.

Par un communiqué, la confédération a ainsi appelé l’ensemble des citoyens à manifester le 1er décembre. "Des salariés actifs et retraités, des citoyens, expriment une colère légitime pour avoir les moyens de vivre dignement, pour plus de justice sociale", rappelle en préambule le texte...sans jamais citer les gilets jaunes.

"Une forme de délégitimisation" des gilets jaunes

"Quand un mouvement social naît en dehors des syndicats, leur première réaction est souvent le rejet, le déni, avec une forme de délégitimisation", observe Dominique Andofalto, professeur de sciences politiques à l’université de Bourgogne et auteur de l’ouvrage Chemins de fer et cheminots en tension (EUD). "Désormais, la stratégie de la CGT est en quelque sorte de récupérer le mouvement. Cela passe par une manifestation classique, un peu sélective".

Hors de question, en effet, pour le syndicat de se greffer à un mouvement soutenu par le Rassemblement national, et dont certains membres appartiennent à la mouvance d’ultra droite. "Ce n’est pas une manifestation concurrente", nuance Fabrice Angei, secrétaire confédéral, en évoquant la mobilisation du 1er décembre. "Tout le monde est convié, mais sur les bases des revendications de la CGT". En d’autres termes: "Hors de question de défiler avec l’extrême droite", mais aussi une partie du patronat, notamment du transport routier.

La revanche des corps intermédiaires?

Sur le fond, "le diagnostic est partagé" avec les gilets jaunes, reconnait ce haut cadre syndical. En revanche, les solutions diffèrent: quand le mouvement - qui s’est officiellement doté d’une délégation et d’une liste de doléances - concentre ses revendications sur la baisse des taxes dites écologiques, la CGT réclame plutôt une augmentation des salaires, en particulier du Smic. La revalorisation des pensions, l’application d’un taux réduit de TVA pour les produits de première nécessité comme le gaz ou l’électricité, en font également partie.

Mais la CGT veut aussi faire de cette contre-offensive une revanche vis-à-vis du pouvoir, et de son "mépris des corps intermédiaires". Selon Fabrice Angei, le retour de bâton commence d'ailleurs à se faire sentir: "Dans beaucoup d’entreprises, on note un regain d’appétence pour l’engagement syndical".

Reste à savoir si cela se traduira par une forte mobilisation ce samedi.

Yann Duvert