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Linky: à Niort, des résidents barricadent les vieux compteurs et menacent de s'y enchaîner

Des habitants de Niort, dans les Deux-Sèvres, ont décidé de barricader les vieux compteurs pour empêcher l'installation de Linky

Des habitants de Niort, dans les Deux-Sèvres, ont décidé de barricader les vieux compteurs pour empêcher l'installation de Linky - Montage BFMTV/AFP

A Niort, les habitants d'une résidence ont barricadé leurs anciens compteurs pour empêcher qu'ils soient remplacé par les modèles numériques. Un nouveau bras de fer s'engage avec Enedis.

A Niort, les habitants d'une résidence sont prêts à tout pour que leur compteur traditionnel ne soit pas remplacé par un Linky. Ils ont barricadé les vieux appareils avec des barres de fer vissées dans le mur pour empêcher qu'ils ne soient démontés. Ils sont même prêts à aller plus loin. "On est prêts à s’enchaîner aux compteurs pour pas qu’ils nous les enlèvent", a prévenu une habitante à France Bleu Poitou.

Les habitants de la résidence "Le Floréal" sont entrés en lutte contre le compteur numérique depuis plusieurs années. Dès 2017, ils ont organisé des tours de garde dans le hall de l'immeuble pour intercepter les techniciens chargés d'installer des Linky. Selon une habitante, le bras de fer avec Enedis est intense. "Ils continuent de nous harceler, par courrier, par téléphone, jusqu’à 22 heures on reçoit des coups de fil", affirme-t-elle.

Ces habitants accusent le compteur numérique de tous les maux. Certains craignent la diffusion d'ondes néfastes pour la santé. Et le dernier rapport de l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) qui affirme que l'exposition aux champs électromagnétiques émis par le compteur n'engendre pas d'effets sanitaires "à court ou long terme". "Je n'y crois pas", répond une habitante de l'immeuble. Elle craint pour la santé de sa mère qui a un pace-maker. "Je me bats aussi pour qu’on ne lui pose pas ce compteur contre son gré". 

D'autres suspectent Enedis de scruter leur vie privée grâce aux données personnelles recueillies. "On saura quand est-ce que vous avez allumé votre four, votre télévision, on saura tout chez vous", craint un autre habitant de la résidence. 

Une autre estime que le relevé à distance va mettre des salariés au chômage. "Ça supprime des postes pour ceux qui relèvent des compteurs [...] Je ne comprends pas pourquoi on dépense des fortunes à mettre des compteurs qui coûtent très cher", a déclaré une représentante du collectif Stop Linky, venue prêter main forte à la copropriété.

Une obligation légale

Sur son site, le mouvement anti Linky appelle ouvertement à barricader les anciens compteurs. Il publie des photos montrant comment les plus virulents protègent leur vieil appareil. Un propriétaire a coulé un mur de béton ne laissant apparaître que le tableau, d'autres ont installé des barreaux anti-effraction ou ont branché le compteur sur l'alarme de leur domicile. "Les milices d'Enedis n'ont absolument pas le droit de casser votre matériel (chaînes, cadenas, barres, briques, etc). Si ces voyous s'autorisent quand même à le faire, vous pourrez les attaquer en justice avec la certitude de gagner", assure Stop Linky. Rien n'est moins sûr. 

Sur son site, Enedis rappelle que les compteurs électriques n'appartiennent pas aux usagers, mais aux collectivités locales qui concèdent leur gestion (entretien, remplacement...) à Enedis (ex-ERDF). "Il n'est donc pas possible de refuser l'installation du compteur Linky, et les tentatives pour retarder ou entraver ces installations ne sont pas sans conséquence pour les récalcitrants", prévient l'opérateur en rappelant que le changement de compteur est "encadré par la loi".

Enedis signale qu'en "cas d'obstruction persistance à son changement", les récalcitrants seront soumis à un "relevé spécial" et devront payer des "frais d'intervention supplémentaires". En 2017, dans l'Ariège, un opposant qui avait barricadé plusieurs compteurs Linky a été condamné à verser une amende de 2300 euros à Enedis au titre du préjudice matériel qu'il a causé à l'entreprise. 

En attendant, les anti-Linky de Niort n'ont pas l'intention de céder. "Cela fait deux ans que nous disons que nous n’en voulons pas", ont déclaré les leaders du mouvement à La Nouvelle République. "Lors de changements de propriétaires, des compteurs sont installés sans qu’on le sache. [...] Leur compteur on n’en veut pas". 

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco