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Affaire Tapie: la condamnation de Stéphane Richard, un dégât collatéral?

Le patron démissionnaire d'Orange dénonce une décision "injuste" et martèle être étranger à la fraude. Sur BFM Business, Jean Peyrelevade, l'ancien président du Crédit Lyonnais estime également que les responsabilités sont ailleurs.

Stéphane Richard a-t-il joué le rôle de fusible dans le dénouement de l'affaire de l'arbitrage de l'affaire Tapie/Adidas/Crédit Lyonnais qui a débouché sur sa condamnation en appel?

C'est l'analyse que le président démissionnaire d'Orange s'attache à démontrer. Sur France Inter ce jeudi, il déclare: "J’ai reçu cette décision avec beaucoup d’incompréhension".

"Il y a de l’incompréhension, de la colère, un sentiment d’injustice, dénonce-t-il. On est toujours étonné qu’une équipe de magistrats professionnels prenne une décision radicalement opposée à une autre équipe de magistrats professionnels qui a estimé que le dossier était vide il y a deux ans."

"Est-ce que je paye pour d’autre?"

"Est-ce que je paye pour d’autre? On me dit que c’est une décision technique et politique", ajoute celui qui était le directeur de cabinet de Christine Lagarde, ministre de l'Economie, à l'époque des faits.

A la sortie du tribunal ce mercredi, il répétait encore: "je n'ai fait qu'exécuter la décision ministérielle d'aller à l'arbitrage, qui a totalement été assumée par Christine Lagarde. Qui a d'ailleurs été condamnée pour une simple négligence. C'est à ne rien y comprendre et profondément injuste". "Si fraude il y a eu, j'y suis complètement étranger".

Rappelons que le dirigeant est reconnu coupable de complicité de détournement de fonds publics lors de la procédure d'arbitrage qui a permis à Bernard Tapie d'encaisser 403 millions d'euros en 2008 (il est néanmoins relaxé pour les faits de complicité d'escroquerie). En première instance, il avait été relaxé.

La position de Stéphane Richard est partagée chez Orange mais aussi par Jean Peyrelevade, l'ancien président du Crédit Lyonnais, invité de Good Morning Business ce jeudi.

"Stéphane Richard était au bout de la chaîne de décision"

Dénonçant d'abord "la stupidité" d'une procédure d'arbitrage "bidouillée" qui a débouché sur "la plus grande escroquerie jamais imaginée contre l'Etat", l'économiste estime que Stéphane Richard est "un dégât collatéral".

"Il est choquant que la seule personne publique fortement sanctionnée dans cette affaire soit Stéphane Richard. Il était au bout de la chaîne de décision. C'est ça qui est choquant. Ses actes sont faits au nom du ministre", résume Jean Peyrelevade.

"Que l'ensemble de l'Etat politique se soit déchargé sur Stéphane Richard de ses responsabilités, je trouve ça inquiétant", assène-t-il.

Et de pointer "l'énorme responsabilité de Nicolas Sarkozy (le président de la République à l'époque, NDLR), de son cabinet et de Christine Lagarde... aucun de tous ceux-là n'a souffert une seule seconde de la décision qu'ils avaient prise", poursuit l'économiste.

"Cela étant, il est normal qu'un dirigeant d'entreprise qui se retrouve condamné au pénal démissionne immédiatement même si c'est probablement regrettable pour l'entreprise", conclut Jean Peyrelevade.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business