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Big bang des retraites : l'exécutif au pied du mur

Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites

Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites - AFP

Après plus d'un an de discussion, la concertation avec les partenaires sociaux sur la réforme des retraites vient de s'achever sans répondre aux questions essentielles.

A l'issue de cette concertation, les partenaires sociaux restent sur leur faim. Seuls les grands principes ont été arrêtés. Les 42 régimes vont bien être fusionnés pour créer un seul et même régime à points. Les même règles, taux de cotisation et calculs des pensions, s'appliqueront désormais à tous les salariés quel que soit leur statut.

Ce qui signifie concrètement que les pensions seront désormais calculées sur l'ensemble de la carrière et non plus sur les 25 meilleures années pour les salariés du privé ou sur les 6 derniers mois pour les fonctionnaires. En contrepartie, les primes des fonctionnaires, qui jusqu'ici n'étaient pas prises en compte, seront désormais intégrées au calcul des pensions. Enfin, ces nouvelles règles concerneront uniquement ceux qui sont nés à partir de 1963.

Le flou reste entier sur l'âge de départ

Mis à part ces grands principes, plusieurs éléments pourtant essentiels sont toujours en suspens. D'abord, le débat sur l'âge de départ à la retraite reste entier. Emmanuel Macron a certes mis fin à la polémique lancée par plusieurs ministres, qui plaidaient pour un recul de l'âge de départ à la retraite. Il a définitivement écarté cette hypothèse lors de sa conférence de presse, le 25 avril dernier, en affirmant que l'âge légal serait bien maintenu à 62 ans. Pour autant, il a insisté sur la nécessité de travailler davantage en évoquant deux hypothèses : allonger la durée de cotisation ou encore instaurer un système de décote. L'idée jusqu'ici privilégiée par Jean-Paul Delevoye, le Haut-Commissaire à la réforme des retraites, qui consistait à accorder une surcote, c'est à dire un bonus à ceux qui décident de partir au-delà de 62 ans, semble donc bel et bien écartée au profit d'un système de décote, un malus donc. Les responsables syndicaux craignent que l'exécutif ne décide en plus d'allonger la durée de cotisations dès le prochain projet de loi finance de la sécurité sociale, à l'automne prochain.

De quoi faire monter encore un peu plus les tensions. « Une telle mesure viendrait brouiller les cartes et offrirait un boulevard aux opposants à cette réforme qui jusqu'ici ont du mal à trouver des angles d'attaque » prévient l'un de ceux qui est au coeur de la négociation. Philippe Martinez, le leader de la CGT a d'ailleurs fustigé l'hypocrisie du Chef de l'Etat : «vous avez le droit de partir à 62 ans, mais vous n'aurez pas de quoi vivre, donc vous serez obligés de rester jusqu'à 64 ans... ou plus ». Quant à Laurent Berger, le responsable de la CFDT, pourtant favorable à la réforme systémique, il prévient qu'il n'acceptera pas un tel "tour de passe-passe".

La valeur du point en suspens

Autre sujet explosif : à aucun moment le Haut-Commissaire n'est entré dans le détail sur la valeur du point. « C'est pourtant l'élément essentiel qui déterminera le futur montant des pensions » dénonce un responsable syndical. Or, aucune simulation concrète n'a encore pu être réalisée. Beaucoup d'incertitudes demeurent également sur les critères sur lesquels sera indexé ce point et sur le pilotage du système.

« L'idée de faire évoluer la valeur du point de manière totalement automatique, en fonction de la démographie » est à priori écarté nous dit un responsable syndical. Mais les partenaires sociaux attendent du coup de savoir qui sera chargé de fixer les règles et de s'assurer de l'évolution du système. « Si c'est Bercy qui fixe la valeur du point, on sera tous plumés un jour ou l'autre » résume Alain Griset, le président de l'U2P.

Un calendrier incertain

Enfin, le calendrier lui aussi suscite des inquiétudes. Le Haut-Commissaire à la réforme des retraites se tient prêt à faire ses recommandations dès le mois juin mais Edouard Philippe a évoqué le mois de juillet avant la présentation du projet de loi à la fin de l'été. « Il ne faut pas qu'on ait début juillet des grandes lignes qui restent très floues » prévient Frédéric Sève, le responsable de la négociation à la CFDT.

« Si le but du gouvernement est de fabriquer un projet de loi, en plein été, pendant que tout le monde est en vacances et de nous mettre devant le fait accompli en septembre, alors ça risque de mal tourner » prévient un autre responsable syndical. Jusqu'ici, la concertation s'est bien passée. Jean-Paul Delevoye a réussi à maintenir l'ensemble des partenaires sociaux autour de la table, excepté Force Ouvrière qui a claqué la porte, à quelques semaines de la fin des concertations à cause du débat sur l'âge de départ. Mais c'est maintenant que les choses risquent de se corser.

Le gouvernement va devoir faire des choix. Les partenaires sociaux eux attendent désormais de juger sur pièce mais l'un d'eux résume : « La concertation a prouvé que cette remise à plat n'était pas si apocalyptique que cela et qu'elle était possible ». Cette même source ajoute : Il ne faudrait pas que l'exécutif vienne tout gâcher en tentant d'aller chercher quelques milliards sur cette réforme au risque de tout compromettre.