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Allemagne: la tâche compliquée de la nouvelle ministre du Travail

Andrea Nahles, future ministre du Travail, ici avec Sigmar Gabriel, qui hérite du ministère de l'Economie.

Andrea Nahles, future ministre du Travail, ici avec Sigmar Gabriel, qui hérite du ministère de l'Economie. - -

Andrea Nahles, secrétaire générale du SPD, prendra les rênes du ministère du Travail et des Affaires sociales dans le nouveau gouvernement Merkel. Un rôle qui s'annonce difficile, vu le coût économique des réformes promises.

Lors des discussions pour la grande coalition allemande, c’était elle la brune discrète à côté de la blonde Ursula von der Leyen. Andrea Nahles a finalement pris sa place. La secrétaire générale du SPD sera, dès mardi 17 décembre, la nouvelle ministre du Travail et des Affaires sociales du troisième gouvernement Merkel.

Tandis qu’Ursula von der Leyen prend la tête du ministère de la Défense, celui du Travail revient donc à une figure de l’opposition. Au total, le SPD récupère six ministères, dont l’Economie et les Affaires Etrangères.

Mais ce qui semble être une victoire pourrait vite se retourner contre les sociaux-démocrates. La tâche d’Andrea Nahles ne sera pas aisée: introduire le salaire minimum, augmenter la pension pour les mères de familles, et diminuer l’âge de la retraite de 67 à 63 ans.

Des réformes sociales pharaoniques

Ces réformes sont vivement décriées par l’industrie allemande pour leur coût élevé, estimé à plus de 25 milliards d’euros. Selon le quotidien allemand Die Welt, de ce 16 décembre, les décisions de la grande coalition en matière d’aides sociales devraient coûter jusqu’à 1.000 euros de plus sur le budget de chaque ménage allemand d’ici à 2017.

Concernant le salaire minimum, la CSU, le partenaire politique d’Angela Merkel, a déjà annoncé qu’elle demanderait des exceptions. Les élèves et étudiants en apprentissage, les retraités touchant un complément de revenus, et les travailleurs percevant des indemnités forfaitaires seraient exclus de l’accord.

Côté retraites, l'âge légal de départ doit être rabaissé de 67 à 63 ans pour certains salariés, et la pension minimale revalorisée. Une politique "en faveur d'une minorité qui va coûter chère à la majorité" des ménages, critique Die Welt.

Le calendrier joue également contre Andrea Nahles: la réforme des retraites doit être mise en vigueur dès juillet 2014, ce qui laisse à peine plus de six mois à la future ministre du Travail pour boucler le dossier. Une tâche compliquée pour celle qui n’a jamais exercé de fonction gouvernementale.

Jörg Asmussen à la rescousse

Pour l’aider, Andrea Nahles a donc fait appel à une personnalité de choix: Jörg Asmussen, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE). Le social-démocrate a accepté le poste de secrétaire d’Etat au Travail, un rôle qu’il avait déjà tenu de 2008 à 2011 aux Finances.

Reste à savoir si cela va suffire, et surtout comment l’économie allemande va régir à une hausse des dépenses sociales. Pour Angela Merkel, la manœuvre sera dans tous les cas un succès politique. Si Andrea Nahles réussit, la chancelière pourra se féliciter d’une politique en faveur des ménages.

Et si la ministre du Travail échoue, la chancelière pourra aisément rejeter le problème des hausses des dépenses publiques sur les sociaux-démocrates. Charge alors à Wolfgang Schaüble, qui est maintenu à son poste de ministre des Finances, de sauver la barque pour "Mutti Merkel" ("Maman Merkel").

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