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A suivre sur BFM Business: la BCE doit révéler son plan d'action anti-crise dans quelques heures

Les propos de Mario Draghi seront âprement guettés par les marchés ce jeudi

Les propos de Mario Draghi seront âprement guettés par les marchés ce jeudi - -

La conférence de presse de la Banque centrale européenne sera diffusée à 14h30 en live vidéo en exclusivité sur BFMbusiness.com et BFM Business: une couverture web, radio et télé, pour ce grand rendez-vous qui devrait donner les clés du plan d'action de la BCE contre la crise.

C’est sans conteste l’évènement le plus important de cette semaine. Ce Jeudi 6 septembre, la Banque centrale européenne (BCE) tiendra son comité de politique monétaire qui sera suivi de la traditionnelle conférence de presse de son président, Mario Draghi.

Et l’Italien se sait sous pression car il a préparé le terrain pour une future grande annonce destinée à enrayer la crise de l’euro. Ainsi, il a déclaré dans une tribune du journal allemand die Zeit, que la politique monétaire "nécessite parfois des mesures exceptionnelles", en restant toutefois dans les limites du mandat de la BCE. De plus il a également estimé, lors de son audition au Parlement européen,lundi 3 septembre, que "l'achat d'obligations par la BCE avec une échéance n'excédant pas trois ans ne reviendrait pas à un financement public", précisant un peu plus la nature de l'intervention de la BCE.

Mario Draghi a donc, une nouvelle fois, suscité une forte attente du côté des marchés. A tel point que pour plusieurs experts, le président de la BCE est condamné à faire une annonce très forte pour ne pas décevoir les marchés. Nous avons listé ici les différentes pistes que la BCE pourrait choisir pour lutter contre la crise de la dette.

> Piste 1: Rachats de dette à long terme sur le marché secondaire

Il s’agit de l’annonce qui est la plus surveillée par les investisseurs, ce depuis que Mario Draghi a annoncé fin juillet que la BCE "fera tout pour sauver l’euro". L’institution pourrait lancer un nouveau programme de rachats d’obligations à long terme des pays en difficulté de la zone euro (Italie, Espagne) sur le marché secondaire de la dette. Ce mécanisme permettrait de faire baisser les taux auxquels ces pays se financent pour emprunter, et leur donnerait ainsi une bouffée d’oxygène budgétaire.

Seulement, Mario Draghi doit faire face à l’hostilité de l’orthodoxie allemande concernant les rachats d'obligations. Le pays d’outre-Rhin navigue un peu entre deux eaux sur sa politique économique européenne (voir encadré). Surtout, le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, également membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a publiquement exprimé son opposition aux rachats d’obligations les assimilant à une "drogue" qui pourrait rendre les Etats "accros".

Toutefois comme le rappelle Jean-Luc Proutat, économiste responsable des pays de l'OCDE chez BNP Paribas, l’Allemand ne pourra s’opposer à cette mesure car "le conseil des gouverneurs de la BCE repose sur le principe d’un homme= une voix (...) La BCE devrait donc décider d’adopter cette mesure avec un vote majoritaire".

Reste une dernière question : la BCE annoncera-t-elle ce programme jeudi ? "C’est peu probable", estime Jean-Luc Proutat, "car la BCE n’interviendra que conjointement" avec les fonds de secours européens. "Et elle doit s’assurer que le MES (mécanisme européen de stabilité, un des deux fonds de secours européen, NDLR) fonctionne en temps et en heure", poursuit-il. Or, le MES fera face à un examen décisif, le 12 septembre. La Cour constitutionnelle de Karlsruhe choisira, en effet, d' approuver ou de rejeter ce dispositif. Dans le pire des cas, le MES serait alors privé de son principal contributeur: l’Allemagne. Ce qui le viderait de son sens. Mario Draghi pourrait choisir d’attendre que cette étape cruciale soit validée.

Mercredi 5 septembre, des sources cités par Reuters ont cependant fait savoir que si la BCE ne donnerait pas probablement pas les détails de son intervention, elle devrait annoncer l'abandon de son statut de créancier privilégié dans le cadre du programme de rachat de dette souveraine.

> Piste 2: Baisse du taux de refinancement

La BCE pourrait également choisir d’opérer une nouvelle baisse de son principal taux de refinancement, qui permet aux banques de disposer d’argent frais. Elle favoriserait ainsi l’approvisionnement en liquidités des établissements de la zone euro, pour doper les crédits alloués par les banques à l’économie européenne.

Le taux de refinancement se situe déjà à son niveau historiquement le plus bas : 0,75%. Mais les économistes de BNP Paribas pensent que Mario Draghi l’abaissera une nouvelle fois à 0,50%. Un avis partagé par leurs homologues de Natixis qui citent la dégradation continue de la confiance globale comme motif d’action de la part de la BCE. De plus, les experts de Natixis jugent que les prévisions d'inflation dans le même temps "ne devraient pas être relevées". Ce qui conforterait la marge de manœuvre de la BCE pour baisser ses taux.

Les stratégistes obligataires de la Deutsche Bank anticipent cet abaissement du taux de refinancement à 0,50% avec une probabilité de "deux-tiers".

Toutefois, une des deux sources de l'agence Reuters a indiqué mercredi 5 septembre que la BCE n'aurait vraisemblablement ''pas le temps" de discuter d'une baisse des taux directeurs.

> Les autres pistes

Autre option pour la BCE: jouer sur les "collatéraux",c’est-à-dire les titres que les banques déposent en garantie au sein de l’institution en échange d’argent frais. La Banque centrale européenne pourrait choisir d’être moins regardante sur la qualité de ces actifs, ou décider de diminuer la décote que subissent les titres lorsqu’ils lui sont confiés. Ces deux options ne sont ainsi pas exclues par les économistes.

En revanche un taux de dépôt négatif "ne fait pas partie de nos hypothèses", indique Jean-Luc Proutat de BNP Paribas. Actuellement, la BCE rémunère à 0% l’argent déposé par les banques en son sein. L’institution aurait encore pu choisir de rendre négatif ce taux, pour inciter les banques à prêter davantage. Mais cette dernière option semble peu probable.

Le titre de l'encadré ici

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Quelle ligne politique tient l’Allemagne face à la crise européenne ?

Pour Frank Baasner, directeur de l’institut franco-allemand, interviewé sur BFM Business, l’Allemagne ne tombera pas dans la tentation des solutions "extrêmes" prônées par certains.

 > Si des "personnalités importantes" ont fait savoir qu’elles préféreraient que "l’Allemagne fassent tout toute seule", Frank Baasner, lui, note que durant les deux dernières années, il y a eu des pas importants vers "une solidarité forte" de la part de l’Allemagne. Et que le pays a ainsi montré qu’il ne cherchait pas à faire cavalier seul.

 > Concernant l’autre tentation, à savoir la mise en place rapide des "Etats-Unis d’Europe", pour une Europe fédérale, le directeur de l’institut franco-allemand rappelle qu’ "on ne peut pas passer à côté des mécanismes démocratiques"nationaux "pour sauter dans une eau trouble".

 > Enfin, il est convaincu que l’Allemagne ne reviendra pas sur un point important : l’indépendance de la BCE. "Les Allemands ont toujours dit que la Banque centrale doit être libre, même en temps de crise", assure Frank Baasner. Pour les Allemands, ce ne seront ainsi "pas les politiques qui vont dicter à la BCE ce qu’elle doit faire".

Julien Marion