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Les Français se convertissent massivement au drive, malheur aux magasins qui n'en ont pas

Le ticket de caisse moyen augmente au drive

Le ticket de caisse moyen augmente au drive - BERTRAND LANGLOIS / AFP

Les ventes en ligne de commerce alimentaire explosent en France depuis le confinement. Quelles enseignes en profitent le plus? Et la tendance perdurera-t-elle après le confinement?

Les Français sont les plus gros acheteurs de produits alimentaires en ligne en Europe. Et le confinement a accentué cette tendance. L'achat de produits de grande consommation sur internet a représenté 10% des achats totaux selon Nielsen en avril, un niveau record pour ce circuit qui était encore à moins de 6% en 2019. 

Et c'est principalement grâce au drive dont la France est avec plus de 5000 unités, la championne du monde en la matière. Car si la livraison à domicile est en plein boom, avec des ventes qui ont doublé sur ces deux dernières semaines, plus de 80% de la croissance du e-commerce alimentaire généraliste reste réalisée par le drive.

"Avant le début du confinement, près de 750 drives accolés à des supermarchés ne dépassaient pas la dizaine de commandes par semaine: ils ont en moyenne triplé leur chiffre d’affaires, certains dépassant même les 30.000 euros hebdomadaires", note Daniel Ducrocq, le directeur du service distribution chez Nielsen.
Drive
Drive © Nielsen

Et les enseignes de magasins qui ne sont pas très fortes dans le drive ou qui n'en ont pas sont les premières pénalisées. Sur la période du 24 février au 22 mars (qui ne prend en compte que le début du confinement), Intermarché a ainsi largement progressé (+0,8 point de part de marché) quand Lidl qui ne propose pas de drive a stagné pour la première fois après des mois de progression sans discontinuer.

"La consommation va faire comme une élastique"

"Cette histoire était écrite et Lidl va le payer cash, estime Olivier Dauvers, consultant spécialisé dans la grande distribution. Pour la première fois depuis 20 période, Lidl n'a pas progressé et il est possible qu'il recule même sur le mois d'avril."

Mais le drive n'est pas la seule explication. Avec le confinement, les clients se sont aussi détournés des hypermarchés souvent situés en périphérie des villes et ont privilégié les supermarchés pour faire l'essentiel de leurs courses en une fois.

"C'est le second problème de Lidl: il n'a pas une offre assez large pour être le magasin référence, analyse Olivier Dauvers. Ils n'ont que 1600 références qui couvrent une large panel mais il n'y a pas de fantaisie dans l'offre. Si vous voulez acheter un pack de 1664 et que Lidl n'a que de la Heineken, vous n'allez pas chez Lidl."

Qu'en sera-t-il de l'après confinement? Les habitudes prises vont-elles perdurer? Probablement en partie, mais évidemment pas dans les mêmes proportions. "Il en va de la situation de crise comme d'une élastique, compare Olivier Dauvers. Lorsque vous la tirez et la lâchez, elle ne reste pas à la même place mais elle ne revient pas non plus à la place initiale." Autrement dit, la crise actuellement a contraint les Français à changer violemment leurs habitudes d'achats. Et après le confinement, cette situation extrême ne perdurera pas mais on ne reviendra probablement pas à la situation d'avant. Le drive va s'installer encore plus dans les habitudes, les Français risquent de bouder encore plus les hypermarchés. 

Vers une paupérisation de la consommation

Quels seront les commerçants gagnants de l'après-crise du coronavirus? "Je vois deux grands gagnants pour l'après: Intermarché et Système U, estime Olivier Dauvers. Les trois facteurs clé vont être le drive, la proximité et l'image-prix, car la crise sociale va être dure et on va aller vers une paupérisation de la consommation. Intermarché est bon sur les trois points. Système U moins bon sur l'image-prix mais bon sur les deux autres."

Dans ce paysage, Leclerc devrait stagner. Si l'enseigne est la meilleure en drive, elle est très dépendante de ses grands formats de magasins qui sont actuellement boudés. Les ventes dans les grands hypermarchés Leclerc sont très mauvaises actuellement.

La baisse du pouvoir d'achat des consommateurs devrait "profiter" à Lidl même si l'absence de drive devrait nuire à son développement futur. Enfin les perdants de demain devraient être les mêmes que ceux d'hier, mais la tendance devrait s'accentuer. Carrefour, Auchan et Cora avec leurs grands hypermarchés, leur image-prix moyenne risquent d'avoir des prochains mois difficiles.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco