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Cycles Mercier: pourquoi l'Etat a tout stoppé?

Mercier va être relocalisée à Revin (Ardennes) avec un investissement de 2,4 millions d’euros et de l’embauche de 140 salariés cette année et 270 dans 5 ans

Mercier va être relocalisée à Revin (Ardennes) avec un investissement de 2,4 millions d’euros et de l’embauche de 140 salariés cette année et 270 dans 5 ans - Cycle Mercier

Le projet de relocalisation de la production prévoyait la création de 270 emplois d'ici cinq ans. Mais l'Etat a mis à jour "des faits graves" et stoppé le soutien en fonds publics.

L'histoire avait pourtant tout du projet industriel stratégique. En février dernier, la marque mythique de cycles Mercier annonçait sa volonté de relocaliser sa production à Revin, dans les Ardennes, pour produire dès la fin de l'année des vélos made in France.

A la clé, un investissement de 2,4 millions d'euros par Starship Investments, le fonds d'investissement luxembourgeois de Jean-Marc Seghezzi, également PDG de Mercier. De quoi créer 270 emplois d'ici 5 ans dans une région particulièrement touchée par les délocalisations et la désindustrialisation lors des dernières décennies.

Le projet très ambitieux (mais dans l'air du temps) est salué par le gouvernement et accompagné par Ardennes Développement, avec le soutien de l'Union Européenne, de l’État à hauteur de 5 millions d'euros, de la Région et de la communauté de communes.

Entorses à la réglementation, importations frauduleuses

Mais quelques mois plus tard, c'est la désillusion. Il y a quelques jours, on apprend en effet que l'Etat retire son soutien, ayant constaté après enquête "des faits suffisamment graves pour considérer en responsabilité qu'il n'est pas possible d'engager de l'argent public". De quoi remettre en cause la pérénité du projet.

Quels sont ces "faits graves"? L'Etat ne l'a pas précisé, mais selon Le Monde, "l’enquête a mis en évidence les participations du porteur de projet dans des sociétés offshore, ainsi qu’une entorse, il y a plusieurs années, à une réglementation européenne concernant l’importation de vélos: l’entrepreneur (Jean-Marc Seghezzi, NDLR) aurait contourné des droits de douane antidumping concernant les vélos venant de Chine, en faisant croire que les vélos venaient du Sri Lanka, par l’intermédiaire de sociétés créées dans ce pays".

Toujours selon le quotidien du soir, Bercy estime que "sur l’opportunité d’un projet de relocalisation de vélos par quelqu’un dont il a été démontré qu’il s’était pendant de longues années livré à des importations frauduleuses de vélos chinois, cela peut paraître à contre-emploi".

Jean-Marc Seghezzi nie ces accusations qu'il estime "erronées et diffamatoires", dénonce l'absence de preuves et un lobbying de ses concurrents. Interrogé par nos soins, il livre sa vision des faits.

En attendant, une centaine de personnes, pour la plupart élus locaux, se sont rassemblés mardi à Révin pour réclamer des explications.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business