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Ces industriels qui veulent généraliser le vélo made in France

A Romilly sur Seine, dans l'Aube, Cycleurope produit chaque jour jusqu'à 1000 vélos.

A Romilly sur Seine, dans l'Aube, Cycleurope produit chaque jour jusqu'à 1000 vélos. - PS

Une filière industrielle des vélos "made in France" existera-t-elle un jour? Des élus visitent les grandes usines françaises pour détecter les freins au retour d'une production stratégique pour la mobilité douce.

En France, le vélo a le vent en poupe, on n'arrête pas de le dire et de le constater. Cette vague, qui a été lancée par le plan vélo d'Edouard Philippe en 2018, a été amplifiée par deux évènements survenus depuis fin 2019. D'abord la grève des transports à Paris, puis la crise sanitaire qui ont agi comme un levier sur les ventes et le développement des pistes cyclables qui a rassuré les cyclistes.

"2020 a été une année atypique pour l'industrie, on n'avait jamais vu cela. Il s'est vendu près de 2,7 millions de vélos en France dont 514.672 vélos électriques", rappelle Jérôme Valentin, président de Cycleurope et président de l'Union Sport et Cycle.

Mais malgré cette forte activité, les ventes semblent avoir surtout profité aux usines asiatiques qui produisent les éléments ensuite assemblés dans les usines françaises. Dès la fin du premier confinement, elles ont été assaillies de commandes après avoir fermé leurs portes de longs mois. Conséquence: les pièces arrivent au compte-goutte créant une pénurie de vélos en boutique au moment le plus fort de la demande.

Cette situation a pointé la dépendance de la France. Il s’agit désormais de tenter de lancer un plan de réindustrialisation de la filière cycle. Pour mobiliser les pouvoirs publics, le Club des villes et territoires cyclables a proposé au Club des élus nationaux pour le vélo, un mouvement composé de députés et sénateurs de toute la France et de toutes tendances politiques, de découvrir les grands sites de production.

Jusqu'à 20 milliards d'euros

La première visite a eu lieu chez Cycleurope, l’usine de Romilly-sur-Seine (Aube) où sont fabriquées les marques Peugeot et Gitane ainsi que les Véligo et les cycles des facteurs de La Poste. Ce groupe visitera cet été la Manufacture du Cycle à Machecoul (Loire Atlantique) ou encore Arcades Cycles à La Roche-sur-Yon. Pour Pierre Serne, Président du club des villes et territoires cyclables et conseiller régional d'Ile de France parti écologiste, l’enjeu est colossal.

"En France, le marché du vélo peut atteindre 8 milliards d'euros et aller jusqu'à 20 milliards avec les revenus indirects, il faut vraiment relancer cette filière qui est indispensable à la mobilité et capable de créer des milliers d'emplois", a déclaré à BFM Business, Pierre Serne.

Pour Guillaume Gouffier-Cha, vice-président du Club des élus nationaux pour le vélo et député LREM du Val-de-Marne, l'enjeu est économique, social et une question de souveraineté industrielle.

"Cette notion de souveraineté n'est pas réservée au numérique, aux laboratoires pharmaceutiques ou aux industries de la défense, elle doit s'appliquer aux secteurs de la mobilité dont le vélo est une composante de plus en plus importante", explique à BFM Business Guillaume Gouffier-Cha, qui a fait partie du cabinet Jean-Yves Le Drian lorsqu'il était ministre de la Défense, en qualité de conseiller technique.

Le retour de cette industrie est également garant d'une qualité et du respect des règles qui ne sont pas toujours correctement respectés par les fabricants asiatiques.

"De nombreux vélos d'entrée de gamme n'offrent pas la qualité qu'ils devraient et sont pourtant subventionnés par les aides de l'Etat ou des régions qui dépensent beaucoup dans ce domaine", estime Jacques Fernique, sénateur du Bas-Rhin EELV et membre de la commission aménagement du territoire et développement durable.

Une industrie de cadres

La création d'une industrie de vélos fabriqués en France repose sur un point stratégique: le cadre, la pièce maîtresse du secteur. Si la France compte des centaines d'ateliers qui assemblent des cadres pour des vélos haut de gamme, il n'en existe aucun de dimension industrielle.

"Dès lors que la fabrication du cadre reviendra en France, les équipementiers viendront. Il y a beaucoup d'initiatives en Europe, au Portugal et dans un certain nombre de pays de l'Est, qui vont favoriser le développement et la valeur ajoutée des composants en Europe et particulièrement en France", explique Jérôme Valentin.

Les choses se mettent en place doucement mais surement. Cet été, une nouvelle usine, celle des cycles Mercier, ouvrira dans les Ardennes avec pour objectif de recruter jusqu'à 250 personnes.

"Le retour en France de cette industrie qui a été un pilier de l'industrie française avant de disparaitre dans les années 70 ira plus vite qu’on ne le pense. Je pense qu'on verra arriver des initiatives à partir de l'an prochain", affirme Pierre Serne.

Une pénurie de techniciens

Cela va-t-il permettre de produire de façon sereine en France les vélos dont les Français ont besoin? Pas si sûr. D'abord, les vélos électriques et plus encore les vélos connectés, ont besoin de semi-conducteurs qui viennent tous d'Asie. La forte demande de ces composants a de lourdes conséquences sur des industries bien plus puissantes que celles du cycle.

Montage des roues chez Cycleurope
Montage des roues chez Cycleurope © PS

Mais une pénurie risque de pénaliser la production de vélos made in France, celle des techniciens, comme le souligne Jérôme Valentin.

"Vous avez aujourd'hui en France une pénurie de techniciens cycles. C'est une réalité du fait de l'augmentation de la demande avec le Coup de pouce vélo, l'opération lancée par la FUB. Il y a un besoin de formation. Chez Cycleurope, on forme nos propres techniciens", explique Jérôme Valentin avec la certitude que "le développement de l'usage du vélo va apporter des emplois nouveaux".

En mai 2020, le ministère de la Transition écologique a débloqué un budget de huit millions d'euros pour la période 2020-2022 pour créer une Académie des métiers du vélo visant à certifier chaque année 500 mécaniciens du vélo.

Pascal Samama
https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco