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Ces start-up qui transforment vos meubles Ikea en pièces uniques

Autour d'Ikea, tout un tas de petites start-up se sont lancées pour customiser les canapés, lits, chaises, commodes et penderies de la marque suédoise. Un écosystème vis-à-vis duquel le géant du meuble se montre de plus en plus bienveillant.

On l'appelle le "Ikea Hacking". Cette tendance des acheteurs de meubles Ikea à les personnaliser, en les repeignant, en y fixant des poignées originales, en changeant les pieds, etc. La pratique existe depuis aussi longtemps que le géant suédois vend canapés, commodes, lits et penderies. Mais depuis quelques années, au-delà des particuliers, des entreprises se sont lancées sur ce marché de la customisation, pour rendre votre meuble Ikea unique et original. Avec à la clé, un très grand succès, et la bienveillance -acquise à force de patience- du leader mondial de l'ameublement.

Dans cette galaxie, on trouve PrettyPegs, qui confectionne des pieds de lits, tables et autres commodes ouvragés, dont les mécanismes d'assemblage sont exactement les mêmes que ceux d'Ikea. Superfront et Bocklip, elles, fabriquent des façades, portes et poignées qui s'adaptent parfaitement aux caissons et commodes des magasins jaunes et bleus. Ou LIKEAcolor, et ses adhésifs colorés aux dimensions exactes des tables, portes de placards et armoires Ikea.

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- © lIKEAcolor
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- © PrettyPegs

Et il y a la première du genre, celle dont la naissance en 2005 a acté celle de cet écosystème de start-up dont le business model repose entièrement sur l'hégémonie d'Ikea. Il s'agit de Bemz, société suédoise créée il y a plus de dix ans par une Canadienne mariée à un Suédois. Son créneau: confectionner des housses très haut de gamme, avec plus de 300 textiles de grands éditeurs comme Christian Lacroix Maison ou de jeunes créateurs, pile aux dimensions des canapés de la marque.

Ces textiles ultra-qualitatifs, du velours au lin lavé, "valent parfois plus cher que le canapé", reconnaît la fondatrice de Bemz, Lesley Pennington. Mais elles font d'un canapé basique un model design, pour un prix sans comparaison avec ceux affichés dans les show-rooms de grands noms de la déco. Ainsi, "ceux qui rêveraient d'un modèle très coté, comme le 'Ghost' de la marque italienne Gervasoni, vendu au bas mot 2.500 euros, peuvent s'offrir quelque chose de vraiment très ressemblant pour moins de 1.000 euros". Un canapé Söderhamn (469 euros sur le site d'Ikea, et même 340 sans la housse) recouvert d'une housse Bemz en lin Designers Guild, surpiqué à la main (599 euros) et l'illusion est parfaite !

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- © Le "Ghost" de Gervasoni
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- © La version Ikea + Bemz

Même principe avec Bocklip, créée début 2016 par les fondatrices du spécialiste de l'agencement haut de gamme Les Cousins Menuisiers. À l'époque, elles reçoivent des demandes récurrentes de clients d'Ikea qui veulent juste des façades à poser sur leurs caissons. Les Cousins refusent, puisqu'ils veulent assurer la confection de A à Z. Finalement, Diane Pollet et son associée lancent Bocklip, qui ne conçoit que des façades, adaptées aux meubles Ikea. Des portes et des chants en matières nobles, du marbre au laiton, en passant par le noyer et le chêne, commandées "chez les mêmes fournisseurs de matériaux que les grands cuisinistes", avec un coût de revient pour le client réduit de moitié. 

Et les dirigeants du géant du meuble, comment perçoivent-ils ces start-up qui surfent sur son business? "On les sent bienveillants", raconte Diane Pollet. "Des clients nous disent que les vendeurs Ikea les envoient vers nous, et de notre côté, nous leur envoyons plein de clients qui ne fréquentent d'ordinaire pas leurs magasins".

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- © Bocklip

Des clients prêts à mettre 1.000 euros dans un canapé, et près de 5.000 dans une cuisine représentent un vrai relais de croissance pour le géant suédois. D'ailleurs lorsqu'elle a fondé Bemz en 2005, Lesley Pennington a rencontré ses dirigeants pour leur soumettre son idée de business. Et c'est bien cet argument qu'elle a mis en avant: que ses housses allaient fidéliser les clients actuels de la marque, et attirer de nouveaux profils, à fort pouvoir d'achat. Le discours fait mouche: ses interlocuteurs "ont positivement perçu l'idée", raconte-t-elle.

Une décennie plus tard, Ikea prépare même une collection capsule avec Bemz, revèle la porte-parole du leader mondial du meuble. Des housses folles, dont une en longs poils noirs, pour un canapé conçu par le renommé Tom Dixon, présentée au salon du design de Milan, et qui sera commercialisée en 2018. Un adoubement pour cette PME de vingt salariés, qui revendique déjà 6,5 millions de chiffre d'affaires, et 15% de croissance par an sur les cinq dernières années.

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- © Bemz x Tom Dixon

Ce n'était pourtant pas gagné, le groupe fondé par Ingvar Kamprad ne s'étant pas toujours montré très conciliant vis-à-vis de ceux qui touchent à ses produits. En juin 2014, Ikea a réclamé la fermeture du site internet "Ikea Hackers", une plateforme créée huit ans auparavant, où des millions de fans d'Ikea à travers le monde partagent leurs idées de personnalisation et de détournement de meubles. Devant l'incompréhension des utilisateurs et le retentissement médiatique, le groupe fait marche arrière. Il noue un accord avec la créatrice du site web, et lui accorde le droit d'utiliser le nom Ikea, à condition qu'elle ne vende pas de pub sur son site.

En 2017, Ikea, qui propose des idées de customisation sur son propre site, ne loge toujours pas tous les "Ikea Hackers" à la même enseigne. LIKEAcolor, dont les adhésifs colorés coûtent 20 euros pour recouvrir un mètre carré, et 80 à 90 euros pour une cuisine entière, s'adresse à une clientèle déjà captive du géant suédois. Depuis sa naissance en 2012, la start-up tente d'entrer en contact avec le groupe. "Aucune de nos tentatives n'a été couronnée de succès, mais on ne désespère pas", explique son fondateur, Raphaël de Séguier. Une première pierre a quand même été posée en 2014, quand un prestataire de la filiale belge les contacte pour les associer à l'opération "Sauvez les meubles". Une petite collaboration qui les a rendus "fiers comme des papes".

Nina Godart
https://twitter.com/ninagodart Nina Godart Journaliste BFM Éco