BFM Business

Arnaud Montebourg lance "La Mémère", des glaces bio censées mieux rémunérer les éleveurs laitiers

BFM Business

L’ex-ministre du Redressement productif lance les glaces "La Mémère", une société qui fournit aux éleveurs les outils de fabrication et des débouchés commerciaux. L’agriculteur, lui, a le contrôle sur la marque et le prix auquel il vend son lait.

Après le miel et les amandes "origine France garantie", Arnaud Montebourg se met aux glaces. L'ancien ministre de l'Économie vient de s'associer à des éleveurs laitiers pour fabriquer et vendre des glaces fermières bio. Une marque dont le business model doit aider les agriculteurs français à mieux vivre de leur travail.

"La Mémère", comme l'a baptisée Arnaud Montebourg, est "une marque de glace équitable 100% bio, qui se fabrique chez l'éleveur laitier, qui transforme son propre lait en glace, sous la direction technique d'un meilleur ouvrier de France, David Wesmaël", explique Arnaud Montebourg.

Un lait vendu 80 centimes le litre

"Le lait est issu de la ferme, la glace est transformée à la ferme, la vente se fait à la ferme et ailleurs, et nous, on assure le ‘ailleurs ‘", détaille l’ancien ministre. Selon lui, Monoprix a d'ores et déjà accepté de référencer ces glaces, et des discussions sont en cours avec d'autres enseignes de la grande distribution.

Particularité de cette initiative, Arnaud Montebourg n'a pas choisi de contractualiser auprès des éleveurs, qui seraient alors devenus de simples fournisseurs. Au contraire, l’ex-ministre a décidé de s’associer avec eux.

Ainsi, la Compagnie laitière des glaces paysannes, qu'il préside, monte avec l'exploitation agricole une société par actions simplifiée au capital de 10.000 euros, dont l'éleveur apporte 51%, soit 5.100 euros. La société de fabrication de glace achète 80 centimes le litre, sur un contrat garanti de cinq ans. Une somme à comparer avec les 40 à 50 centimes environ auxquels s’échange le litre de lait biologique en France.

L'agriculteur contractualise avec lui-même

De fait, l'agriculteur est donc le président de la société, et il contractualise avec lui-même. "Ce n'est pas nous qui achetons le lait, c'est lui qui se l'achète à lui-même", décrypte Arnaud Montebourg, qui ajoute: "il apporte son travail, nous apportons le capital".

Concrètement, la société finance notamment le container recyclé, équipé d'un stockage en surgélation et d'un laboratoire prêt à fonctionner, placé chez l'éleveur. Car les éleveurs "n'ont pas les moyens d'investir dans un outil de fabrication de glace. S'ils le font, ils seront surendettés et ne pourront pas vendre suffisamment en vente locale pour rentabiliser", indique Arnaud Montebourg.

Pour le moment, l’ex-ministre n’a qu’un seul associé: une ferme d'Ille-et-Vilaine. Avec elle, le politique retourné au civil prévoit de fabriquer dans un premier temps 100.000 pots d'un demi-litre à l'année. Arnaud Montebourg souligne par ailleurs être en pourparlers avec deux autres exploitations: "on prend une ferme après l'autre, nous voulons mailler toute la France de ces ateliers".

Redonner du souffle à l'agriculture française

Et si Arnaud Montebourg a décidé de se lancer sur ce créneau, c'est bien parce qu'il entend poursuivre son action visant à redonner du souffle à l'agriculture française.

Invité sur BFM Business ce mercredi, l'ancien ministre rappelle dans l'émission 12H L'Heure H que le fait de "partager la valeur et la richesse, c'est commencer par (…) s'associer avec le paysan et finalement rémunérer là où se trouve le travail. Ce qui est le contraire de ces contrats de l'industrie agroalimentaire qui payent ou ne payent pas selon les vicissitudes du marché et qui ont contribué à appauvrir l'agriculture française, la faire disparaître, la mener au désespoir".

Et de préciser: "Le modèle sur lequel on a construit la croissance de l'agriculture française, c'est une impasse aujourd'hui. Pourquoi? Parce que face à la mondialisation, le paysan français maintenant n'a plus la politique agricole commune pour le protéger. Il est face à des exploitations de plusieurs centaines de milliers d'hectares avec des niveaux technologiques très élevés qui n'existent pas dans la structure foncière que nous avons dans notre France bocagère, de tradition de polyculture familiale, à taille humaine. Et donc le niveau d'emplois agricoles n'a aucun rapport avec notre concurrence mondiale. Donc il va falloir faire muter l'agriculture et améliorer la part (…) intégrée dans le processus de production de la matière première agricole de transformation. Et c'est ce que nous faisons avec 'La Mémère'", conclut-il.

Nina Godart avec AFP