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Vrai ou faux - La vraie part de la voiture dans le pic de pollution

La Défense vue de la Tour Eiffel en plein pic de pollution

La Défense vue de la Tour Eiffel en plein pic de pollution - Airparif

En cette période de pic de pollution de l'air, l'automobile est pointée du doigt, notamment par la mairie de Paris. Tour d'horizon des accusations et éléments de réponses.

La pollution atmosphérique provient principalement de l’automobile:
VRAI et FAUX

C'est difficile à dire car la pollution atmosphérique est due à différentes catégories de polluants, dont certains sont majoritairement émis en effet par le trafic routier. Il est toutefois exagéré de dire qu'à Paris, "l'essentiel de la pollution atmosphérique provient des véhicules", comme a déclaré Anne Hidalgo au moment de lancer ce jeudi une campagne de lutte contre la pollution automobile.

Logiquement, la maire de Paris a repris l'un des chiffres les plus élevés sur l'origine automobile de la pollution en précisant que "55% de la pollution, notamment aux particules, provient de la circulation automobile à Paris". Ainsi présenté, c'est même faux puisque ce chiffre de 55% est cité dans étude sur le trafic routier de 2010, publiée en 2012 par le Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (Citepa). Or, cette étude portait sur les émissions d'oxyde d'azote (NOx), un polluant dangereux pour la santé mais qui n'a rien à voir avec la pollution aux particules, et sur toute la France, donc pas seulement à Paris. 

L'association de surveillance de la qualité de l'air en Île-de-France, Airparif, évoque de son côté des chiffres proches de 55% pour l'année 2012: le trafic routier est ainsi jugé responsable de 56% des émissions de NOx dans la région. Pour le département de Paris uniquement, ce même taux monte à 62% et il est de 51% pour les PM10, les particules d'un diamètre inférieur à 10 micromètres, et de 54% pour les PM2,5 (diamètre inférieur à 2,5 micromètres dont la petite taille les rend encore plus dangereuses). 

Un rapport de 2013 du Citepa cité par Le Monde donne de son côté un chiffre beaucoup plus faible pour les PM10 d'origine automobile, et sur toute la France. Avec 15% des émissions, le trafic routier serait ainsi loin derrière la transformation d'énergie par l'industrie (31%), la combustion de bois de chauffage des particuliers (30%) et l'agriculture (20%). Sur cette responsabilité limitée de l'automobile, Airparif vient également de rappeler qu'une journée de chauffage au bois équivaut à 3.500 kilomètres parcourus par un véhicule particulier diesel ou 10.500 kilomètres parcourus par un véhicule particulier essence.

Conclusion: avec des chiffres oscillant de 15% à plus de 60% selon les polluants et le périmètre de l'étude, il n'est à l'heure actuelle pas juste de pointer du doigt uniquement les véhicules particuliers comme étant la cause principale de la pollution atmosphérique. 

La circulation alternée, ça fonctionne:
Plutôt FAUX

Du moins pour ce dernier épisode de pic de pollution. Mardi 6 décembre, premier jour de la mise en place de la circulation alternée, Airparif évoque dans son dernier billet une baisse de la pollution comprise entre 5% et 10%. C'est très peu comparé à la chute de 18% des émissions du trafic routier observée en mars 2014, souligne l'association. 

Plusieurs facteurs expliquent cet échec de la circulation alternée pour limiter ce pic de pollution. "Deux fois moins de véhicules ont respecté cette mesure par rapport à mars 2014", indique Airparif. Les jours suivants, les difficultés importantes dans les transports en commun ont également pu dissuader certains d'abandonner leur véhicule pour passer aux RER, métro, bus et tramway.

Mais le principal problème de cette circulation alternée, c'est qu'il s'agit d'une mesure non discriminante sur le niveau de pollution des véhicules. L'exemple le plus frappant, un foyer qui posséderait deux véhicules, une petite citadine essence et un gros 4x4 diesel avec des plaques respectivement paire et impaire aurait par exemple été poussé à utiliser le véhicule le plus polluant ce vendredi 9 décembre. 

La longue liste de dérogations et des règles floues, sur l'autopartage notamment (en cas de contrôle, comment prouver que vous étiez bien trois dans la voiture avant de déposer vos passagers?), limitent également la portée de cette circulation alternée. 

Conclusion: la circulation alternée a clairement montré ses limites lors de ce dernier épisode de pic de pollution. Heureusement, à partir du mois de janvier, Paris pourra utiliser le nouveau système de vignettes Crit'Air pour discriminer plus finement différentes catégories de véhicules, en empêchant par exemple les plus vieilles motorisations de circuler.

La pollution auto sort uniquement du pot d’échappement:
FAUX

Si l'image du pot d'échappement fumant reste la principale illustration des pics de pollution, ce ne serait finalement pas la première source d'émission de particules. 

La start-up française Tallano Technologie cible ainsi les particules émises pendant le freinage des véhicules, qu'ils soient équipés d'un moteur diesel, essence ou même électrique! Or, les chiffres de cette source de pollution peu connue sont alarmants, comme l'indique un article de L'Usine Nouvelle présentant le système de captation développé par cette entreprise. "Selon une étude menée en Allemagne par Bosch, les émissions de particules par les moteurs représentent 6,82 kilotonnes par an, l’équivalent des particules rejetées par les cigarettes (6,11 kilotonnes), alors que les particules liées à l’abrasion des freins et des pneus représentent 21,61 kilotonnes par an", peut-on lire. 

Conclusion: si les normes se concentrent principalement sur ce qui sort du pot d'échappement, il serait grand temps de prendre en compte ces émissions de particules provenant des pneus et des freins"

Les moteurs diesel sont les plus polluants:
Plutôt FAUX

A Paris, Anne Hidalgo compte par exemple interdire totalement la circulation des véhicules diesel à partir de 2025 et la mesure a déjà été prise par la ville de Tokyo. Mais, est-ce une cible légitime?

Tout dépend de quelle technologie de moteurs diesel on parle. Si les vieux moteurs diesel, qui équipent notamment la plupart des camions de livraison, sont bien sûr à bannir des centres-villes, cibler uniquement cette catégorie de moteurs peut être remise en cause vu les progrès réalisés ces dernières années, avec notamment l'ajout d'un filtre à particules obligatoire depuis 2011.

Le bonus-malus écologique a malheureusement concentré ses efforts sur les émissions de dioxyde de carbone (CO2), un gaz à effet de serre mais non toxique. Or, comme les voitures diesel émettent en général moins de CO2 (mais plus de particules), la France a mécaniquement favorisé l'achat des véhicules roulant au gazole.

Et ces émissions de particules ne sont plus limitées au diesel. Comme les moteurs essence récents sont souvent équipés de turbos ou de systèmes d'injection directe afin de réduire leur consommation tout en gardant une puissance suffisante, ils émettent de plus en plus de particules fines. Résultat: la Commission européenne réfléchit à imposer également les filtres à particules pour les véhicules essence. 

Conclusion: L'évolution du contrôle technique qui ciblera davantage les dépassements d'émission de polluants à partir de 2019, des moteurs essence comme diesel, apparaît déjà comme une bonne initiative pour faire baisser de manière importante les rejets du parc automobile. D'autant que les différents taux de tolérance pourront être ajustés dans le temps et selon la situation. En jouant avec les différents niveaux de vignettes Crit'Air, les agglomérations pourront également ajuster à leur guise les différentes motorisations privées de circulation en ville. 

Julien Bonnet