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Qu'est devenu le million de bornes de recharge promis par Ségolène Royal?

Ségolène Royal, en visite en tant que ministre de l'Environnement au Mondial de l'Auto 2016.

Ségolène Royal, en visite en tant que ministre de l'Environnement au Mondial de l'Auto 2016. - MIGUEL MEDINA / AFP

A la veille du Mondial de l’Automobile 2018, nous revenons cette semaine sur les grandes annonces de l’édition 2016, afin de mesurer les changements rencontrés par le secteur automobile depuis 2 ans. Aujourd’hui, retour sur ce million de bornes de recharge annoncé par Ségolène Royal, alors ministre de l’Ecologie. Sommes-nous désormais tous branchés?

Un million de bornes: le 1er octobre 2016, en ouverture du Mondial de l’auto, Ségolène Royal annonçait un objectif ambitieux pour encourager le développement d’un écosystème favorable aux véhicules électriques.

"Je lance un objectif de 1 million de bornes pour les véhicules électriques en 3 ans", écrivait alors sur Twitter la ministre de l’Environnement du gouvernement de Manuel Valls.

Deux ans plus tard, à la veille de l'ouverture du Mondial de l'automobile de Paris édition 2018, qu'en est-il?

Un peu plus de 100.000 bornes en 2016

Cette annonce d'un million de bornes est vue en 2016 comme une étape importante pour orienter la France vers un cap plus lointain de 7 millions de points de charge en 2030, prévu dans le cadre de la loi de 2015 sur la transition énergétique pour une croissance verte. Dans le détail, le ministère de l’Environnement prévoyait une répartition comprenant 900.000 points de charge chez les particuliers et 100.000 bornes accessibles au public, afin d'arriver à au million de bornes en 2020. 

Pour se replacer dans le contexte de cette annonce, on recensait à mi-2016 un total de 104.806 points de charge: 14.509 bornes publiques, 36.570 points de charge chez des particuliers et 53.547 au sein des entreprises, d’après les chiffres du Gireve (Groupement pour l'Itinérance des Recharges Électriques de Véhicules) et du spécialiste des données automobiles AAA Data, réunies par Enedis.

La fin d'Autolib' plombe les chiffres des bornes publiques

Quelle progression deux ans plus tard? A l’occasion de la semaine mobilité il y a quelques jours, le Gireve annonçait un total de 23.019 points de charge accessibles au public. Un chiffre qui prend en compte la "disparition" d’environ 6000 bornes Autolib’, hors service depuis l’arrêt du service d’autopartage parisien cet été. En deux ans, on note donc une hausse de 63% du nombre de ces points de charge.

Si on reprend le chiffre plus flatteur du dernier relevé d’Enedis sur la page Data.gouv, qui évoquait 26.500 bornes publiques au 1er trimestre 2018, la hausse est même de 83% par rapport à 2016. Mais elle retombe à une hausse bien plus modeste, de 43%, si on lui retranche les bornes Autolib’ "en sommeil" depuis la publication de ces données.

C’est en fait chez les particuliers que la progression a été la plus importante. Une preuve que les Français passent à l'électrique? De 35.570 en 2016, les points de charge à domiciles sont désormais 68.900 points, cela représente un bond de 88% en deux ans.

Si la hausse est moins importante sur cette période (+71%), le nombre de bornes proposées par les entreprises reste le principal parc de recharge disponible en France, on compte en effet 91.800 points de charge mis à disposition par les sociétés pour leurs salarié et les véhicules électrifiés de leurs flottes.

Un objectif "1 million de bornes" perdu d'avance?

Dans ces conditions, et sauf avec un effort très important en termes de développement des infrastructures, l’objectif du million de bornes en 2020 paraît difficile à atteindre.

Au cours des deux prochaines années, il faudrait en effet multiplier par plus de 3,7 le nombre de bornes accessibles au public pour atteindre le nombre souhaité de 100.000 unités. Chez les particuliers, qui représentaient 90% de l’objectif "1 million de bornes" de Ségolène Royal, il faudrait assister par une multiplication par 13 d’ici à 2020 de l’équipement en points de charge dans les foyers français. Un chiffre qui semble difficile à atteindre quand les observateurs les plus optimistes tablent sur des ventes de voitures électriques représentant d'ici 2 ans seulement 3% du marché.

Julien Bonnet