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Pourquoi la gendarmerie a choisi l'Alpine A110

La nouvelle Alpine A110 dans son édition de lancement

La nouvelle Alpine A110 dans son édition de lancement - HDO

Le ministère de l'Intérieur a confirmé cette semaine l'acquisition de 26 Alpine A110 pour équiper la gendarmerie nationale. Le lieutenant-colonel Beretti revient sur ce que les forces de l'ordre attendent du coupé sportif français.

C'est une décision qui a suscité de nombreuses réactions cette semaine: la gendarmerie nationale va (de nouveau) rouler en Alpine. La "nouvelle A110", lancée en 2018, a en effet été choisie par le ministère de l'Intérieur pour intégrer les équipes rapides d'intervention.

Une petite consécration pour la marque française fondée par Jean Rédélé en 1955 et sur laquelle compte aujourd'hui le groupe Renault pour proposer des modèles sportifs, modèles bientôt convertis à l'électrique. Après l'A110, qui passera à une version zéro émission, la marque basée à Dieppe (Seine-Maritime) devrait ensuite proposer un SUV et une version survitaminée de la future R5, deux véhicules 100% électriques.

Un véhicule complémentaire à la Seat Leon Cupra

L'achat d'un modèle offrant uniquement deux places a pu étonner certains. Pourtant, c'est bien un véhicule de ce type que recherchait la gendarmerie.

"Cet appel d'offres portait spécifiquement sur un coupé 2 portes, un véhicule complémentaire aux Seat Leon Cupra, 4 portes, dont nous avons déjà pris livraison de 17 exemplaires dans le cadre du remplacement des Renault Mégane RS", résume le lieutenant-colonel Beretti, de la section des flux routier et ferroviaire de la direction générale de la gendarmerie nationale.
La Seat Leon Cupra de la gendarmerie
La Seat Leon Cupra de la gendarmerie © Seat

Le remplacement d'un modèle de marque française, la Mégane RS, par sa concurrente hispano-allemande (Seat, appartenant au groupe Volkswagen), avait en effet provoqué une certaine polémique en septembre 2020. Polémique évacuée assez vite par le lieutenant-colonel Beretti:

"Il n'y pas eu de déception avec la Leon Cupra: l'acquisition de modèles Alpine vise à offrir une alternative au niveau des équipes d'intervention."

Dans le détail, le cahier des charges fixé par la gendarmerie pour cet appel d'offres reposait sur trois axes: la capacité de réaliser certaines missions, les performances et les contraintes environnementales.

Concernant les missions, le communiqué du ministère de l'Intérieur évoquait les "interventions sur autoroute, impliquant des voitures en infraction à haute vitesse, dans le cadre de missions de sécurité routière ou de police judiciaire (trafic de stupéfiants par exemple)".

Pourquoi pas une électrique?

Autre point à souligner, celui des contraintes environnementales. Lalgré des incitations de plus en plus fortes pour convertir les Français au 100% électrique, cette motorisation restait visiblement encore peu envisageable pour les équipes rapides d'intervention, afin de maintenir une "bonne capacité opérationnelle". Et il n'existe pas pour le moment de coupé sportif zéro émission sur le marché.

"Dans ce contexte, on a cherché le véhicule de cette catégorie avec l'impact environnemental le plus faible possible pour la catégorie", explique le lieutenant-colonel Berreti.

Avec un poids à vide à 1,1 tonne, l'Alpine A110 est en effet souvent saluée pour sa légèreté, à l'image de son ancêtre des années 60 qui avait déjà à l'époque intégrée les pelotons de gendarmerie.

Un poids plume lui permettant de limiter ses émissions de CO2, 144 g/km pour la version Pure choisie par la gendarmerie, soit un malus de 280 euros cette année, 450 euros l'an prochain. A titre de comparaison, la Seat Leon Cupra, qui n'est plus commercialisée car la marque Cupra est désormais séparée de Seat, émet 154 g/km (898 euros de malus 2021) et l'actuelle Renault Mégane RS 184 g/km (7086 euros de malus 2021).

Autre critique concernant ce choix: un modèle qui ne serait pas taillé pour affronter les plus grands délinquants de la route au volant de bolides surpuissants.

L'A110 Pure dispose d'un moteur de 252 chevaux en position centrale arrière, affichant sur le papier 250 km/h de vitesse de pointe et un 0 à 100 km/h en 4,5 secondes. Sans savoir si l'Alpine adaptée pour la gendarmerie pourra aller au-delà de ces performances annoncées, le représentant de la gendarmerie souligne le choix d'un "véhicule agile", mettant en avant son "très bon rapport poids-puissance". De quoi en faire un véhicule adapté aux missions qui lui seront confiées:

"Sur la plupart des véhicules les plus puissants, même pour des modèles allemands, la vitesse maximale est souvent bridée à 250 km/h, ou il faut payer une option pour déverrouiller cette bride. Nous recherchions justement un véhicule agile, adapté aux missions que nous avons à remplir. Pour les grands excès de vitesse, les pilotes sont spécialement formés, l'Alpine reste un bon outil pour jalonner, c'est à dire garder le contact visuel avec le véhicule en fuite pour repérer une éventuelle sortie d'autoroute, nous explique le lieutenant-colonel Berreti. L'idée n'est plus alors de l'intercepter directement, mais de le suivre, afin d'organiser son interpellation sur la suite de son trajet par exemple".

Alors qu'il devient relativement urgent de remplacer les Mégane RS vieillissantes, on ne connaît pas encore le délai de livraison et la date envisagée pour les premières remises des clés Alpine aux gendarmes. Le contexte de pénurie de semi-conducteurs et la préparation du véhicule par l'entreprise Durisotti compliquent aussi cette estimation du temps de production.

Si plusieurs visuels non-officiels circulent sur les réseaux sociaux, on ne connaît pas non plus pour la moment la sérigraphie spécifique qu'adopteront ces véhicules. Logiquement, il devrait se rapprocher de l'habillage des Peugeot 5008 qui équipent depuis peu la gendarmerie, ainsi que la police nationale.

Parmi les équipements qu'on retrouvera à bord, le ministère de l'Intérieur a évoqué une radio de communication, un duo gyrophare/sirène 2 tons, des feux de pénétration (des feux spécifiques situés au niveau de l'avant du véhicule) ou encore un panneau à messages variables à l'arrière.

Qui va les conduire?

On compte en France 51 équipes d'intervention rapides, réparties sur tout le territoire, avec des missions au niveau des grands axes routiers et autoroutiers.

"C'est une formation assez sélective, avec environ 150 pilotes dans nos rangs", indique le lieutenant-colonel Beretti.

Nous avions déjà évoqué ce processus de sélection en 2019, avec la première femme à intégrer cette brigade prestigieuse: parmi les conditions, il faut avoir moins de 35 ans, compter 3 ans de service, passer des tests de sélection et une formation.

https://twitter.com/Ju_Bonnet Julien Bonnet Journaliste BFM Auto