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Essai - Ford Explorer, le SUV géant qui esquive les malus

Avec plus de 5 mètres de long et près de 2,5 tonnes, le nouveau SUV 7 places de Ford semblait une cible parfaite pour le malus écologique et surtout le nouveau malus au poids. Mais sa motorisation hybride rechargeable le préserve en fait de toute surtaxe.

Avec son nouvel Explorer, Ford propose aux Européens un véhicule qui se rapproche des standards américains du segment des SUV. Plus de 5 mètres de long pour proposer 7 "vraies places" et près de 2,5 tonnes sur la balance, de quoi faire bondir les pourfendeurs d'une certaine obésité automobile.

Plus de 5 mètres de long, près de 2,5 tonnes, ce SUV 7 places fait partie des plus grand sur le marché.
Plus de 5 mètres de long, près de 2,5 tonnes, ce SUV 7 places fait partie des plus grand sur le marché. © TG

Pourtant, en faisant le choix de le proposer uniquement en Europe en version hybride rechargeable, Ford a eu le nez fin. Grâce à cette motorisation, ce gros bébé esquive en effet en France le malus écologique, surtaxe fixée en fonction des émissions de CO2, mais également le futur malus au poids qui doit être introduit en 2022.

Avec un positionnement haut de gamme, cet Explorer s'impose désormais comme le fleuron d'une gamme Ford en pleine "électrification". En attendant l'arrivée imminente du surprenant Mustang Mach-E, la célèbre sportive de l'ovale bleue cuisinée à la sauce SUV et 100% électrique.

Le point fort: un V6 hybride rechargeable, ou le meilleur des deux mondes

On dit souvent que l'hybride rechargeable permet actuellement de profiter du meilleur des deux mondes, thermique et électrique. Nos champions tricolores, Peugeot et Renault, proposent par exemple cette motorisation sur deux de leurs best-sellers, le 3008 et le Captur.

Mais chez Ford, cette hybridation prend une saveur toute particulière. Pour la partie thermique, on retrouve non pas un "banal moteur 3 ou 4 cylindres", mais un appréciable V6, soient 6 cylindres positionnés en V. Un moteur noble affichant à lui seul une puissance de 350 chevaux. Le gros SUV se retrouve étonnament assez joueur (merci la transmission intégrale qui se tourne le plus souvent vers les roues arrière) en restant sécurisant. Le tout avec une sonorité qui fait sourire à chaque appui sur la pédale de droite. Ou totalement en sourdine en mode 100% électrique, qui affiche de son côté une puissance de 100 chevaux.

A l'intérieur du Ford Explorer
A l'intérieur du Ford Explorer © TG

Grâce à une architecture "hybride parallèle", on peut additionner ces deux puissances (ce n'est pas le cas pour d'autres technologies qui associent moteurs thermique et électrique). En mode hybride, l'Explorer affiche donc 450 chevaux... pas de trop pour un si gros vaisseau. Et de quoi se faire plaisir sur les routes de notre essai réalisé entre Paris et la Baie de Somme.

L'écran des compteurs dispose d'animations séduisantes et modernes.
L'écran des compteurs dispose d'animations séduisantes et modernes. © TG

Toujours sur cette partie hybride, Ford a le bon goût de proposer toutes les combinaisons possibles: on peut rouler seulement en thermique pour recharger la batterie ou simplement la préserver, rouler en 100% électrique avec une autonomie de près de 50 kilomètres (batterie de 13,6 kWh) ou encore utiliser les deux motorisations pour réduire sa consommation. Pas de miracle toutefois à attendre de ce côté-là: lors de notre essai, nous sommes rarement descendus sous les 10 litres aux 100 kilomètres, ce qui reste assez logique compte-tenu du gabarit du véhicule et du poids des batteries qui jouent en sa défaveur sur les longs trajets sur autoroute en particulier.

Au programme également: 7 modes de conduite, dont 3 dédiés à la conduite "offroad", glissant, trail et neige épaisse/sable. De quoi mettre en avant la polyvalence de ce SUV familial, qui est aussi capable de sortir des sentiers battus avec sa boite automatique 10 vitesses à transmission intégrale, mais aussi de remorquer jusqu'à 2,5 tonnes, soit un véhicule extrêmement polyvalent comme les aiment les clients outre-Atlantique.

Le point noir: deux concurrents de taille

Sans réel concurrent chez les marques dites généralistes (Peugeot ne propose pas son 5008 en version hybride rechargeable), l'Explorer vient finalement titiller les constructeurs premium. Dans ce gabarit de 5 mètres de long environ, deux modèles de SUV hybrides rechargeables se trouvent en ligne de mire: le BMW X5 xDrive 45e (mais qui ne propose que 5 places dans cette version hybride rechargeablle) et le Volvo XC90 T8 PHEV, affichant des tarifs sensiblement plus élevés que l'américain.

Reste à savoir si cette clientèle de niche acceptera de rouler en Ford. L'Explorer réunit tout de même tout ce que le constructeur fait de mieux actuellement niveau technologies d'aides à la conduite (conduite autonome de niveau 2) et de confort à bord (sièges massants chauffants et ventilés), de quoi en faire un vaisseau premium à part entière.

L'intégration laisse encore à désirer sur certaines applications comme Waze, qu'on ne peut pas afficher à la verticale comme sur un smartphone.
L'intégration laisse encore à désirer sur certaines applications comme Waze, qu'on ne peut pas afficher à la verticale comme sur un smartphone. © TG

Seule déception dans cette copie haut de gamme: la tablette 10,1 pouces positionnée à la verticale. Elle se montre certes agréable d'utilisation mais fait un peu tache en termes d'intégration. La tablette se retrouve comme posée au milieu de l'habitacle sans réel effort design pour apporter une harmonie à la planche de bord. Ce format vertical n'était en outre pas toujours des plus optimisés lors de l'utilisation de certaines fonctions sous Android Auto, comme Waze, qui n'occupe qu'une partie limitée de l'écran.

A quel prix? Le fleuron de la gamme Ford à prix premium

Cet Explorer démarre en France à 77.000 euros. Ford a choisi la carte de la simplicité avec deux finitions, ST-Line plus sportive, et Vignale plus luxueuse (2000 euros plus chère), mais les différences d'options proposées se limitent à des détails et le SUV géant reste dans les deux cas très bien équipés.

Reste la fiscalité avantageuse qui accompagne pour le moment les ventes d'hybrides rechargeables. Avec son homologation à 71 grammes de CO2 par kilomètre, il échappe au malus CO2 qui se déclenchera l'an prochain à partir de 131 grammes. Il devrait aussi être exonéré de malus au poids, comme tous les hybrides rechargeables (le texte est actuellement à l'examen au Parlement).

Si son tarif à plus de 60.000 euros ne lui donne tout de même pas droit à un bonus, la carte grise gratuite dans de nombreux départements et l'exonération de TVS (taxe sur les véhicules de société) sur 12 trimestres peuvent séduire une clientèle entre très importante sur ce marché des SUV premium.

Julien Bonnet, avec Théo Gabilloux