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Départs en vacances: comment TomTom prévoit le trafic routier

A partir des signaux transmis par ses terminaux en circulation ainsi que des informations transmis par les gestionnaires d'autoroutes, TomTom dispose d'une information trafic complète.

A partir des signaux transmis par ses terminaux en circulation ainsi que des informations transmis par les gestionnaires d'autoroutes, TomTom dispose d'une information trafic complète. - JB

A l'occasion des premiers départs sur la route des vacances d'été, le spécialiste des navigateurs GPS et de la prévision de trafic TomTom nous a ouvert les portes de son siège aux Pays-Bas. L'occasion de comprendre comment il parvient à indiquer les itinéraires les plus recommandés... et résiste encore à l'ogre Google.

C'est un nom qui peut résonner comme une "ancienne" star des années 2000: TomTom. Pourtant, l'entreprise hollandaise spécialiste des solutions GPS n'a pas disparu. Loin de là. Certes, le boîtier dédié à la navigation ne règne plus vraiment en maître absolu sur le pare-brise, où il est souvent remplacé par un smartphone. Mais il ne faut pas jeter trop vite cet équipement aux oubliettes du numérique.

Le boîtier GPS n'est pas mort

Si on est loin désormais du pic des ventes annuelles enregistrées en France il y a 10 ans, avec près de 2 millions de PND [pour personal navigation device, le nom savant du fameux "boîtier GPS"] toutes marques confondues, les 350.000 unités écoulées désormais en font tout de même un secteur non négligeable du marché de l’électronique grand public. De son côté, TomTom continue à vendre 5000 GPS par jour dans le monde.

"Une forte saisonnalité continue à être observée aux mois de mai, juin et juillet, période des départs en vacances où le GPS reste le choix privilégié par de nombreux voyageurs en raison de son confort d’utilisation et des possibilités de planification d’itinéraires", explique Vincent Martinier, directeur marketing de TomTom en France.
L'entrée du siège de TomTom, à Amsterdam.
L'entrée du siège de TomTom, à Amsterdam. © JB

Si TomTom s'est aussi converti au smartphone, via ses propres applications, il y a en effet toujours un public pour ses terminaux. Parmi les principaux exemples, on peut citer ceux restés fidèles aux téléphones portables "classiques", les naufragés de Windows Phone (sur lesquels les applications sont moins nombreuses et plus rarement mises à jour que sur les smatphones d'Apple ou tournant sous Android), ou encore ceux qui préfèrent conserver un appareil dédié à la navigation, par habitude ou pour ne pas trop fatiguer leur téléphone. Pour les utilisateurs de deux-roues, il y a également encore un intérêt à utiliser un terminal dédié aux motos et scooters, plus résistant qu'un smartphone en cas de malheur.

Une clientèle relativement nombreuse, comme TomTom a d'ailleurs pu le constater récemment avec le "bug" du 6 avril 2019 qui a entraîné un bond des ventes. Même si une mise à jour gratuite était proposée, un grand nombre de propriétaires de boîtiers GPS a profité de cette occasion pour racheter un modèle de dernière génération, connecté au service d’info-trafic et équipé des dernières cartes et fonctionnalités.

La cartographie, premier coeur de métier de TomTom

TomTom a également pu résister à la vague du smartphone et ses applications de navigation en nouant des liens étroits avec l'industrie automobile. Dans les voitures récentes de nombreuses marques, on retrouve ainsi ses solutions de navigation, mais pas uniquement.

Une des grandes forces de TomTom est en effet de maîtriser l'ensemble des compétences nécessaires. En premier lieu, ce qui constitue le support principal de tout système de navigation: la cartographie, avec en particulier le tracé précis des routes. Dans ce domaine, le groupe hollandais compte deux concurrents principaux: Google et Here (qui appartenait à Nokia avant d'être racheté en 2015 par un consortium de constructeurs automobiles allemands).

Pour mettre à jour ses cartes, les traces numériques laissés par les utilisateurs lors de leur passage sont d'une grande utilité. Ils permettent par exemple de repérer très rapidement l'apparition d'un rond-point en remplacement d'une intersection classique. C'est ensuite une intense gymnastique technologique qui se met en place, avec un recours à l'intelligence artificielle pour prendre en compte ces différents changements et une validation humaine, à distance ou directement sur le terrain. Au total, ce sont plus d'un milliard de modifications qui sont enregistrées en moyenne chaque mois, pour être mis à disposition des utilisateur dans les mises à jour trimestrielles, avec à la clé une impressionnante quantité de données stockées par l'entreprise:

"Nos serveurs contiennent environ 400 téraoctets de données, qui augmentent de 10 To par mois. C’est dix fois le volume de données collectées par le télescope Hubble au cours de ses 20 premières années d’observations spatiales", souligne Andy Marchant, directeur marketing produit de la cartographie chez TomTom.

Les entreprises peuvent ainsi piocher dans les différentes briques technologiques proposées pour construire ou améliorer leur service embarqué proposé directement sur l'écran du véhicule. En dehors des constructeurs automobiles, deux grands noms reviennent également parmi les clients prestigieux de TomTom: Apple, pour son application "Plans", Uber, pour planifier les itinéraires des chauffeurs. 

Face au duo Maps-Waze du géant américain Google, qui peuvent compter sur des millions d'utilisateurs et aux données des smartphones tournant sous Android (même sans appli de navigation en cours d'utilisation), pour évaluer l'état du trafic, TomTom parvient à résister en ayant acquis depuis longtemps une solide expérience dans ce domaine.

Un aperçu de ce que "voient" les ordinateurs de TomTom avant d'envoyer l'information aux utilisateurs.
Un aperçu de ce que "voient" les ordinateurs de TomTom avant d'envoyer l'information aux utilisateurs. © JB

Prévoir le trafic grâce aux boîtiers et applications des utilisateurs

"Depuis 2006, nous proposons un service d'info-trafic qui est aujourd'hui disponible dans 77 pays à travers le monde", indique Nick Cohn, responsable Marketing Info-trafic au siège de TomTom à Amsterdam.

A l'origine, l'entreprise utilisait les signaux anonymisés remontés par les opérateurs téléphoniques en plus des ses propres terminaux en circulation pour fournir cette information.

"En 2007, même avec seulement 2% des véhicules en circulation équipés, nous arrivions à fournir un service fiable mais aujourd'hui cette part atteint 10% en moyenne et peut grimper à 20% voire 25% dans certaines grandes villes", détaille Nick Cohn.

En prenant en compte l’ensemble des solutions (les boîtiers GPS, les systèmes embarqués et les applications mobiles que propose aussi l'entreprise), TomTom dispose ainsi de plus de 600 millions de sources à travers le monde. Des chiffres qui donnent encore une fois le tournis: chaque jour, les utilisateurs de ces solutions parcourent au cumul 2,1 milliards de kilomètres, soit l’équivalent d’un tour de la Terre toutes les 1,6 seconde. 

Pour affiner ses prévisions de trafic, TomTom utilise également les données statistiques des précédentes années, à la manière d'un Bison Futé, qui peut chaque année prédire à l'avance les journées les plus noires attendues sur les routes des vacances. Enfin, une plate-forme numérique est mise à la disposition des gestionnaires de réseaux routiers afin de signaler travaux, fermetures ou accidents pour informer instantanément les automobilistes et les rerouter en conséquence.

Les différents terminaux proposés par TomTom, qui dispose aussi d'applications mobiles.
Les différents terminaux proposés par TomTom, qui dispose aussi d'applications mobiles. © JB
Julien Bonnet, à Amsterdam