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Déconfinement: pourquoi les Français se tournent plutôt vers des voitures d’occasion

Image d'illustration - Depuis début janvier, le marché de l'occasion a reculé de 26%, une baisse deux fois moins importante que le marché du neuf.

Image d'illustration - Depuis début janvier, le marché de l'occasion a reculé de 26%, une baisse deux fois moins importante que le marché du neuf. - Eric Piermont - AFP

Le marché de l’occasion semble repartir plus vite que celui du neuf. Dans les showrooms, les véhicules y sont moins chers et sont surtout disponibles immédiatement.

Les Français sont de retour dans les concessions automobiles, et à la sortie, ils repartent souvent au volant d’une voiture d’occasion. S’il est encore difficile d’obtenir des chiffres précis sur les volumes de vente depuis le 11 mai, des chiffres qui évoluent fortement d’une semaine sur l’autre, le sentiment général est très positif.

"Dès que le confinement a été levé, nous avons enregistré une forte hausse du trafic sur nos sites, nous confie Vincent Hancart, directeur général d’AutoScout24 France. Sur la dernière semaine de mai, le marché est revenu à la normale. Pour juin, le rythme reste soutenu, il pourrait être encore meilleur que juin 2019".

"On a eu un redémarrage au-delà de nos espérances", confirme dans Les Echos David Rairolle, directeur de l'activité de VPN Autos, spécialisé dans l'occasion très récente.

La prime à la conversion attire en concession

Avant même le confinement, le marché de l’occasion se portait mieux que le marché du neuf. Sur les cinq premiers mois de l’année, quand le marché du neuf recule de 50,3% selon des chiffres du CCFA, celui de l’occasion n’a baissé que de 26%. Aidé par le bon début d’année, le marché de l’occasion bénéficie à plein de l’effet "prime à la conversion", relancée par le plan de soutien à l’automobile du gouvernement. Chez Aramis Auto, 20% des ventes se font grâce à la prime.

"Nous ne sommes pas surpris que ce mécanisme fonctionne bien, nous explique Guillaume Paoli, cofondateur et président d’Aramis Autos. Ce mécanisme reprend celui mis en place en 2018 par Nicolas Hulot, qui a très bien fonctionné. Si les critères sont un peu complexes, les gens connaissent ce dispositif qui a encore bien fonctionné l'année dernière".

Si elle a créé le buzz et attiré des clients en concession, la prime à la conversion n’explique pas seule le succès de l’occasion. Une partie des ventes repose sur des achats qui avaient été prévus avant le confinement et que les clients concrétisent ces dernières semaines.

Des occasions très récentes...

Et ce qu’ils trouvent en concession, disponible immédiatement, ce sont souvent des occasions très récentes, de moins d’un an. En fin d’année, les concessionnaires ont en effet beaucoup immatriculé de véhicules avant le changement de normes. "Les concessionnaires doivent vendre ce qu'ils ont", confirme Christophe Maurel, président de la branche concessionnaire du Comité national des professionnels de l’automobile. Une voiture d’occasion stationnée sur le parking d’un revendeur perd 1,5% de sa valeur chaque mois.

Selon AutoScout24, les ventes de ces "occasions zéro kilomètre" ont augmenté de 14% en mai, des voitures sur lesquelles les professionnels font des efforts pour les écouler. De quoi obtenir une voiture presque neuve à un tarif intéressant. "Avec des mesures comme celles sur le chômage partiel par exemple, le pouvoir d’achat des salariés a été préservé", ajoute Guillaume Paoli.

Des vieilles voitures qui ont le vent en poupe

Le marché semble se polariser actuellement autour de deux pôles, car si les véhicules très récents marchent bien, les très vieux également. Les voitures de plus de 16 ans voient leurs ventes grimper de 16%, alors qu’avec la politique de verdissement du parc, ces modèles ne se vendaient plus.

"Ces véhicules sont plus économiques, car ils sont plus âgés, explique Vincent Hancart. Pour des clients qui ont une certaine crainte de la crise économique, peur de perdre leur emploi, c’est une option pour changer de voiture mais faire attention à son budget".

Ces transactions se font plutôt entre particuliers. Aramis Auto par exemple ne vend pas de voitures de plus de 8 ans. Difficile aussi de mesurer l'impact de l'épidémie sur les achats de véhicules. Si des anecdotes circulent en concession, difficile d'établir des chiffres sur les achats de voitures afin d'éviter les transports en commun ou pour partir en vacances en France cet été. 

Combien de temps va durer ce dynamisme? Sur l’ensemble de l’année, AutoScout24 envisage un marché avec 5 millions de ventes, soit un marché soutenu vu les circonstances. Près de 5,8 millions de voitures avaient été vendues en 2019.

"Nous avons actuellement le vent dans le dos, nous glisse Guillaume Paoli. Nous ne rattraperons pas toutes les ventes perdues, mais on peut espérer une année 2020 avec une légère décroissance".
Pauline Ducamp