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 Bouchons: les solutions pour les éviter sont-elles vraiment efficaces?

Les solutions innovantes contre les bouchons comme les voitures volantes, autonomes ou dans des tunnels futuristes, ou les plus classiques, comme les transports en commun.

Les solutions innovantes contre les bouchons comme les voitures volantes, autonomes ou dans des tunnels futuristes, ou les plus classiques, comme les transports en commun. - DR

Des tunnels futuristes d’Elon Musk aux voitures volantes, en passant par l'autopartage, les solutions les plus prometteuses passent au banc d'essai pour réellement en finir avec les embouteillages.

Face aux embouteillages qui ne devraient pas diminuer au cours des prochaines années, de nombreuses solutions sont sur la table. Des plus extravagantes aux plus classiques, les différentes options passent au banc d'essai. Véritable potentiel de réduire le trafic ou "poudre de perlimpinpin" de la mobilité de demain? 

Solution n°1: les tunnels d'Elon Musk

Le patron de Tesla et fondateur de SpaceX, Elon Musk n'aime pas les bouchons. Jusqu'ici, rien d'exceptionnel. Sauf que contrairement à la plupart des automobilistes, qui vont "un peu" pester et prendre leur mal en patience (jusqu'à peut-être s'évaporer un jour), Elon, lui, décide de passer à l'action. 

D'une série de tweets rageurs postés en décembre dernier, où il indiquait qu'il allait se mettre à creuser des tunnels pour échapper aux embouteillages, le serial-entrepreneur a donc bel et bien créé dans la foulée une nouvelle entreprise, baptisée "The Boring Company" (jeu de mots entre deux significations de "Boring" en anglais: ennuyeux, mais qui désigne aussi l'activité du forage). 

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- © Twitter

Pour mener à bien ce projet, Elon Musk a récemment fait l'acquisition d'une foreuse. Il a également diffusé une vidéo présentant ses tunnels, où les voitures descendent via des ascenseurs pour circuler à 200 km/h sur des plateaux géants (plutôt pratique pour l'autonomie des véhicules électriques). 

Les tests ont même déjà démarré, avec un premier essai immortalisé en vidéo et posté sur Instagram le 14 mai.

Verdict de notre expert: beaucoup d'obstacles techniques

Plutôt séduit par ce concept, Romain de Laubier, directeur associé au BCG et qui a récemment coordonné une étude très complète sur la perception des infrastructures et de la mobilité en Europe, se montre toutefois un peu sceptique:

"Il est intéressant qu’Elon Musk mette en avant les défis de la construction sur une problématique de mobilité. Il a démontré par le passé qu’il était capable de mener à bien des projets ambitieux. Pour autant, nous pouvons nous interroger sur les nombreux obstacles techniques auxquels il peut se heurter, et sur notre capacité à construire et accueillir de nouvelles infrastructures de cette envergure"

Solution n°2: les voitures volantes

Si, pour échapper aux bouchons, on ne peut pas creuser de tunnels, pourquoi ne pas s'envoler au-dessus du trafic? Deux voitures avec "mode avion" sont déjà proposées en précommandes et les géants, de l'aéronautique, tel Airbus, ou du numérique, comme Google ou Uber, planchent aussi sur le sujet.

Verdict de notre expert : de la science-fiction

"Ce concept de voiture volante est assez intéressant mais, à ce stade, cela reste selon moi encore un peu de la science-fiction. Si on peut voir la diffusion des voitures autonomes à un horizon de 5-10 ans, la perspective des voitures volantes paraît plus lointaine, rappelle Romain de Laubier. Il y aura toutefois des répercussions à attendre sur les infrastructures, avec moins de besoin au sol."

Solution n°3: l'autopartage, l'usage de la voiture optimisé

Après avoir un peu plané en voiture volante, revenons sur terre avec des voitures un peu plus réalistes. Tellement, qu'elles existent déjà; comme les voitures en autopartage. 

Une étude française vient ainsi de montrer qu'en 2016, une voiture en autopartage peut remplacer jusqu'à 10 voitures particulières et libérer 9 places de stationnement. On comprend donc rapidement le potentiel pour fluidifier le trafic. 

Verdict de notre expert: la solution la plus efficace aujourd'hui

"Je pense qu’il y des éléments tangibles à ce niveau-là pour réduire les embouteillages. Avec les nombreuses applications de covoiturage ou de VTC qui ont émergé ces dernières années, le public est déjà entré dans une optique d’accès facilité à la mobilité partagé", explique Romain de Laubier. 

Solution n°4: la voiture autonome

Le véhicule autonome pourrait également permettre d'optimiser les flux de trafic en gérant plus intelligemment la circulation par exemple.

Verdict de notre expert: le public est prêt, pas encore les voitures

"On constate un appétit très fort du public pour le véhicule autonome avec environ 60% des habitants des pays développés qui se disent intéressés par cette évolution qui permettra de transformer du temps "perdu" en temps productif (répondre à des mails professionnels par exemple) ou consacré aux loisirs (regarder un film, jouer à un jeu vidéo…), constate Romain de Laubier. Les maires des grandes villes sont quant à eux 80% à se dire intéressés, en particulier avec l’espace actuellement occupé par des parkings. Espace qui pourrait être récupéré avec le véhicule autonome et partagé pour être reconverti en logement ou en espace vert. Il y a un bouleversement immense à venir sur la congestion du trafic, la pollution et l’occupation de l’espace urbain. C’est pour cela qu’une cité Etat comme Singapour, avec une surface constructible forcément limitée, est en pointe dans ce domaine."

En plus de ces différents avantages, la conduite autonome serait aussi potentiellement ouverte aux personnes sans permis de conduire. Pour certains, de quoi finalement attirer plus de monde sur les routes:

"De son côté, Elon Musk pense que cette révolution technologique va attirer davantage de monde vers le transport individuel et donc potentiellement augmenter le trafic, d’où le besoin de nouvelles infrastructures comme ses tunnels futuristes", ajoute Romain de Laubier.

Solution n°5: les transports en commun

Et si la solution définitive contre les bouchons restait finalement et assez simplement d'emprunter au maximum les transports en commun, et ce malgré les difficultés rencontrés par les usagers au quotidien?

"Les embouteillages pourraient être réduits par le renforcement de certains modes de transport public: rendre l’accès plus facile, le maillage plus dense. Dans notre étude sur la perception du public sur cette question des transports, cette problématique de l’accès aux transports publics ressortait particulièrement, explique Romain de Laubier. La voiture individuelle reste encore le moyen de transport ultime pour vous emmener d’un point A à un point B mais les Français montrent qu’ils sont prêts à changer leurs habitudes".

Verdict de notre expert: peut mieux faire

Attention toutefois à ne pas trop améliorer la fluidité des routes pour ne pas annihiler cette bonne volonté exprimée par les Français, prévient le directeur d'étude du cabinet BCG:

"Sur la question du choix du mode de transport, les usagers raisonnent avec un arbitrage en termes de temps et de coûts. Or, en améliorant la circulation, vous incitez le public à reprendre la voiture individuelle. Et si ce moyen est trop attractif, le trafic augmente. Si vous passez le périphérique parisien à 6 voies, l’amélioration du trafic ne durera qu’un temps et incitera des usagers à reprendre la voiture ce qui provoquera un statuquo en termes d’amélioration du trafic. Pour amener les gens à utiliser davantage les transports en commun, il y a deux solutions: rendre les transports plus attrayants (via l’amélioration de la régularité, du confort ou de la propreté par exemple) et augmenter la douleur à prendre la voiture, une option moins coûteuse que la première."

Une explication qui permet de comprendre, en partie, la logique qui sous-tend la fermeture à la circulation des voies sur berge à Paris

Parmi les points à améliorer à court terme, Romain de Laubier évoque l'intermodalité, la possibilité d'emprunter plusieurs modes de transport, individuel et collectif, pour réaliser un trajet. Des personnes n'ayant pas un accès facilité à une solution de transport en commun pourrait ainsi y accéder en effectuant une partie de leur trajet en voiture ou en vélo. 
Julien Bonnet