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80km/h: ce que dit le rapport sur les expérimentations de l’Etat

Le gouvernement a publié cette semaine le rapport sur les tests de la baisse de la vitesse à 80km/h, réalisés pendant 2 ans.

Le gouvernement a publié cette semaine le rapport sur les tests de la baisse de la vitesse à 80km/h, réalisés pendant 2 ans. - AFP

Le gouvernement a enfin publié cette semaine le rapport sur les tests de la baisse de la vitesse à 80km/h, réalisés pendant 2 ans. Résultat: les automobilistes ont bien réduit leur vitesse.

Baisser la vitesse à 80km/h a "engendré une baisse moyenne des vitesses pratiquées pour tous les véhicules de 4,7 km/h", tous usagers confondus. C’est ce qui ressort du rapport gouvernemental sur l’expérimentation menée entre juillet 2015 et juin 2017 d’une baisse de la vitesse de 90 à 80km/h, sur 86 kilomètres de routes.

Alors que la mesure sera étendue à plus de 400.000 kilomètres de routes nationales et départementales bidirectionnelles à l’été, le gouvernement a finalement publié ce mercredi le rapport de cette expérimentation, sur le site du Cerema (Centre d’Etude et d’Expertise sur les Risques, l’Environnement, la Mobilité et l’Aménagement). Associations d’usagers comme parlementaires le demandaient depuis longtemps, afin de valider l’efficacité de la mesure très contestée.

Une baisse de la vitesse moyenne

En moyenne, sur 2 ans, les voitures et utilitaires ont roulé 5,1 km/h moins vite sur ces 3 tronçons. Même les camions, dont la vitesse est déjà limitée à 80km/h, ont ralenti de 2,7 km/h. Au total, la vitesse globale a donc chuté de 4,7 km/h. "La vitesse limite autorisée a une incidence significative sur les vitesses pratiquées. À une baisse de la vitesse limite autorisée correspond une baisse des vitesses pratiquées", conclut le rapport.

Le rapport pointe cependant une hausse du nombre de conducteurs qui dépassent la vitesse autorisée. Ainsi, 35% des véhicules légers dépassaient de moins de 10km/h les 80, contre 27% les 90. Autre enseignement de cette expérimentation: les automobilistes n’ont pas cherché à prendre d’autres itinéraires pour éviter les 80km/h.

Aucun élément sur l'accidentologie

En revanche, le rapport du Cerema ne livre aucun détail sur l’évolution du nombre de décès et de blessés sur ces 3 tronçons, ni sur les causes d’éventuels accidents pendant la période de l’expérimentation. Or, dans un courrier adressé aux sénateurs le 8 janvier, le Premier ministre Edouard Philippe expliquait que le nombre d’accidents et de victimes avait baissé. De 27 accidents et 6 morts lorsque la vitesse était limitée à 90 km/h sur les 86 kilomètres de route étudiés, on est passé à 20 accidents et 3 morts quand la vitesse a été abaissée à 80 km/h. "Cela montre, écrit le Premier ministre, que lorsque la vitesse baisse, le nombre de victimes aussi". Comme le rappelle Le Monde, le délégué interministériel à la sécurité routière Emmanuel Barbe avait expliqué que produire un rapport circonstancié sur l'accidentalité sur un laps de temps aussi court n'aurait pas été assez sérieux.

C'est lors de son audition au Sénat, que les parlementaires de la chambre haute ont annoncé l'ouverture d'une mission d'information sur cette mesure des 80 km/h.

la méthodologie du rapport du cerema

"Le Cerema a été sollicité par la Délégation à la Sécurité Routière pour réaliser des observations des vitesses pratiquées par les usagers sur les tronçons de l’expérimentation avant et après l’abaissement de la vitesse limite autorisée", écrit le rapporteur du Cerema.

L’expérimentation s’est déroulée sur 18 kilomètres de la RN7 dans la Drôme, 13 kilomètres de la RN57 dans la Haute-Saône et 55 kilomètres sur la RN51 dans l’Yonne et la Nièvre, soit au total 86 kilomètres. Le Cerema avait également sélectionné un tronçon témoin sur lequel la vitesse était restée à 90km/h.

Les ingénieurs ont alterné 6 campagnes de mesures de 4 semaines chacune entre juillet 2015 et juin 2017, avec au total plus de 6 millions de vitesse enregistrées. Ces chercheurs ont effectué ces mesures avec des capteurs discrets, afin de ne pas influer sur le comportement des automobilistes.

Pauline Ducamp