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Google accusé d’avoir favorisé Clinton: pourquoi la "preuve" de Trump ne tient pas

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- - Donald Trump à Ashburn, en Virginie, le 2 août 2016. - Molly Riley - AFP

Le rapport "qui vient de sortir" évoqué par Trump lundi soir sur Twitter est en réalité paru en 2017. Et sa méthodologie est très contestée depuis plus de deux ans.

Donald Trump n’est décidément pas de ces hommes qui ne se trompent jamais. Lundi soir, le 45ème président des Etats-Unis a publié un message énigmatique sur son compte Twitter :

"Wow, le rapport vient de sortir! Google a manipulé de 2,6 millions à 16 millions de votes en faveur d’Hillary Clinton aux élections de 2016 ! Ça a été trouvé par un partisan de Clinton, pas de Trump! Google devrait être poursuivi en justice. Ma victoire a donc été encore plus grande que prévu !"

Pour rappel, Donald Trump a reçu près de 3 millions de voix de moins que la candidate démocrate. Mais à cause du mode de scrutin américain, à savoir indirect, c’est bien l’ex-star de télé-réalité et magnat de l’immobilier qui s’est imposé.

Des affirmations erronées mais récurrentes 

Ce n’est pas la première fois que Donald Trump formule de telles accusations. Début août, il avait déjà affirmé que les géants de la tech, et surtout Google, favorisaient les Démocrates par rapport aux Républicains. Il se basait à l’époque sur les propos tenus par Kevin Cernekee, un ancien ingénieur de Google, qui avait assuré que l'entreprise ferait tout pour que Trump ne remporte pas l’élection de 2020. Le président des Etats-Unis est en effet officiellement candidat à sa propre succession.

Un rapport publié en 2017 

Donald Trump évoque cette fois "un rapport" qui viendrait juste de sortir. Comme le raconte Business Insider, le message publié par le Président a provoqué l’agitation générale lundi soir. Quel est ce fameux document? Selon le média américain, le président a choisi de faire du neuf avec du vieux. Le rapport en question aurait été publié non pas ces dernières heures mais en 2017. Il émane d'un psychologue de San Diego, Robert Epstein. Son étude est très controversée à cause de sa méthodologie douteuse: elle se fonde sur les recherches Google d'uniquement 95 personnes venues de 24 états différents, sur une période de 25 jours seulement.

L’un des chiffres cités par Trump, à savoir 2,6 millions de votes détournés, a été avancé plusieurs fois par l'auteur du rapport, Robert Epstein, notamment devant la commission judiciaire du Sénat en juillet. Il extrapole un présupposé selon lequel Google aurait manipulé les résultats de recherche, ce qui aurait permis de convaincre entre 2,6 millions et 10,4 millions de personnes de voter pour Clinton plutôt que pour Trump. Mais rien ne le prouve.

Interrogé par CNN peu après la mise en ligne du tweet de Donald Trump, Robert Epstein a déclaré que le Président avait déformé les conclusions de son rapport et qu'il ne permettait pas de prouver que Google avait effectivement manipulé des votes.

Google nie en bloc 

Le géant a rapidement réagi et déclaré à Business Insider que les affirmations d’Epstein étaient "inexactes". 

"Comme nous l'avons dit à l'époque, nous n'avons jamais reclassé ou modifié les résultats de recherche pour manipuler le sentiment politique. Notre objectif est de toujours fournir aux gens l'accès à des informations pertinentes et de haute qualité pour leurs requêtes, sans égard au point de vue politique", a déclaré un porte-parole.

S’il est effectivement peu probable que les résultats de recherche internet aient une influence sur le vote, il est certain que les entreprises de la tech en ont le pouvoir. L'entreprise Cambridge Analytica a par exemple utilisé les données de plus de 87 millions d'utilisateurs Facebook pour cibler les indécis avec des publicités anti Hillary Clinton.

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech