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The Great Hack: Netflix dévoile les coulisses de l’affaire Cambridge Analytica

David Caroll, l'homme qui a porté plainte contre Cambridge Analytica et réclamé une copie des données qu'ils possédaient à son sujet

David Caroll, l'homme qui a porté plainte contre Cambridge Analytica et réclamé une copie des données qu'ils possédaient à son sujet - Netflix

Netflix retrace les moments-clés du scandale Cambridge Analytica, qui a conduit à l'exploitation abusive des données de 87 millions d'utilisateurs Facebook. Un documentaire passionnant et bien vulgarisé.

Un géant de la tech mis en cause pour avoir permis la collecte de données personnelles de ses utilisateurs qui se sont retrouvées de manière illégale dans les mains d'une entreprise tierce… Dès le départ, l’équation était complexe. Ce qui explique en partie pourquoi le scandale Cambridge Analytica n’a pas été compris de tous. Mais Netflix entend changer le statu quo avec son nouveau documentaire The Great Hack: L’affaire Cambridge Analytica, réalisé par Jehane Noujaim et Karim Amer. Il est disponible sur la plateforme ce mercredi 24 juillet. 

Pourquoi faut-il le voir ? 

Pour rappel, en mars 2018, le Guardian et le New-York Times révèlent que l’entreprise Cambridge Analytica, qui a travaillé sur la campagne de Ted Cruz aux primaires du parti républicain américain en 2016 puis sur celle de Donald Trump, a recueilli sans autorisation les données de 50 millions de profils Facebook. Selon les derniers chiffres, plus de 87 millions de comptes seraient finalement concernés.

Tout cela a été rendu possible grâce à un “questionnaire de personnalité” créé par l’entreprise Global Science Research et un professeur de l’université de Cambridge. En y répondant, chaque utilisateur Facebook transmettait ses données... mais aussi celles de ses amis.

La masse d’informations obtenues a ensuite été transmise à Cambridge Analytica et utilisée pour créer des campagnes de publicités ciblées sur les électeurs comme “indécis”. C'est là où bât blesse: il n'était pas interdit de collecter les données d'utilisateurs Facebook. Mais les transmettre à un tiers sans consentement l'était. 

Sur ce point, le documentaire réussit une prouesse: vulgariser l’épineuse question du ciblage publicitaire. Même si le ton employé est parfois dramatique, les explications sont claires: tout ce que vous faites et recherchez sur internet peut conduire les entreprises à déterminer votre “pouls émotionnel”. Vos intérêts, vos goûts, et même vos peurs. Et cela peut être utilisé contre vous. 

Alexander Nix avant de témoigner devant le parlement britannique le 6 juin 2018 - Londres
Alexander Nix avant de témoigner devant le parlement britannique le 6 juin 2018 - Londres © Tolga AKMEN / AFP

“Nous avons pu commencer à viser des gens avec des contenus vidéos très ciblés” qui faisaient passer Hillary Clinton pour une “menteuse psychopathe, négligente et dangereuse”, se vantait Alexander Nix, le directeur général de Cambridge Analytica, pendant une conférence tenue avant que le scandale n’éclate et que l'on peut voir dans le documentaire. Toutes les apparitions d'Alexander Nix sont tirées d’archives. Il n'a lui-même pas souhaité participer au documentaire. 

Qui est le David Caroll, le “personnage principal” ? 

David Caroll
David Caroll © Netflix

David Caroll fait figure de fil rouge du documentaire Netflix. Un choix pertinent car il s’agit d’un citoyen “lambda” auquel il est facile de s'identifier et qui essaye de comprendre les rouages d’une affaire on ne peut plus complexe. Après les révélations de la presse en 2018 sur la manipulation des données pour influer sur le vote des électeurs américains dont il fait partie, il engage un avocat britannique et porte plainte contre l’entreprise basée en Grande-Bretagne SCL, maison-mère de Cambridge Analytica. Il leur réclame une copie des données détenues à son sujet. Ce qu’il n’obtiendra jamais.

“Comment le rêve d’un monde connecté nous a-t-il déchiré?”, s’interroge-t-il. “Nous sommes devenus une marchandise. Mais nous aimions tant cette connectivité gratuite, que personne n’a pris la peine de lire les conditions générales”.

Qu’est-ce qu’on apprend ? 

Pas grand chose, diront les fins connaisseurs du sujet. Mais pour la plupart des abonnés Netflix qui découvrent le documentaire ce mercredi, il y a peu à parier qu’il aura pour eux l’effet d’une bombe.

Quoi qu’il en soit, il reste intéressant de le regarder car comme toujours, Netflix a eu accès à des sources précieuses. C'est le cas de Brittany Kaiser, ancienne cadre de Cambridge Analytica qui a quitté l’entreprise et dévoilé de précieux secrets. L’Américaine qui avait commencé sa carrière politique en travaillant sur la campagne d’Obama en 2008 confirme ainsi que contrairement à ce qu’affirme son ancien patron Alexander Nix, Cambridge Analytica a bien aidé le groupe politique Leave Eu à mener sa campagne pour le Brexit

Brittany Kaiser
Brittany Kaiser © Netflix

L'énigmatique Brittany Kaiser 

De son exil en Thaïlande à son témoignage en février dernier devant le procureur Robert Mueller - chargé d’enquêter sur une possible ingérence russe dans l’élection américaine, en passant par son audition au parlement européen, le documentaire Netflix suit Brittany Kaiser pendant les moments-clés.

Elle se confie sans crainte, même quand la journaliste du Guardian et de The Observer Carole Cadwalladr publie un article révélant que Brittany a rencontré Julian Assange en Russie et fait un don en bitcoins à Wikileaks. 

“Je n’ai pas fait fuiter les mails d’Hillary Clinton et je n’ai aucun rapport avec la Russie… Mais le fait est qu’on dirait que si. Si ce n’était pas moi je dirais que ça ressemble à quelqu’un de coupable. C’est pour ça que je m’inquiète, beaucoup de gens ne me croiront jamais ! Je vais mourir sans que tout le monde me croie”, se désole l'ancienne cadre de Cambridge Analytica. “Tout ce que j’ai fait me donne l’air d’être au milieu d’une grande conspiration. J’en suis consciente et je ne peux pas le nier”
La journaliste Carole Cadwalladr
La journaliste Carole Cadwalladr © Netflix

Quelles sont les conséquences de cette affaire ? 

Cambridge Analytica a mis la clé sous la porte après avoir entamé une procédure de faillite le 2 mai 2018, deux mois après les premières révélations. Devant le parlement britannique, Alexander Nix s'est posé en victime: 

“Que se passera-t-il si à la fin de ces enquêtes, les gens réalisent que nous étions simplement… perçus comme ceux qui ont aidé la campagne de Trump, ceux qui ont été accusés à tort d’être les architectes du Brexit? Et qu’en raison de la nature clivante de ces deux campagnes, les médias mondiaux de gauche nous ont placé en ligne de mire et lancé une attaque coordonnée sur notre entreprise pour détruire notre réputation et nos affaires?"

L’enquête du procureur Mueller s'est achevée en avril mais beaucoup de questions restent encore sans réponse. La conclusion de celle du Parlement britannique après 18 mois d’investigations est sans appel: “Nos lois électorales ne sont plus adaptées”. “Il est aujourd’hui impossible d’avoir une élection libre et juste dans ce pays et c’est à cause de Facebook”, affirme pour sa part la journaliste Carole Cadwalladr. Un documentaire à voir même s'il faudra tout de même s'accrocher car la temporalité des événements n'est pas toujours clairement indiquée. Ce qui rajoute de la confusion à une affaire déjà très complexe. 

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech