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Coronavirus: la Corée du Sud recourt aux données des opérateurs pour retrouver les clients de boîtes de nuit 

Le quartier d'Itaewon, à Séoul, est connu pour sa vie nocturne.

Le quartier d'Itaewon, à Séoul, est connu pour sa vie nocturne. - Jung Yeon-je / AFP

Une dizaine de milliers de personnes ayant visité un quartier de Séoul connu pour ses boîtes de nuit ont reçu un SMS du gouvernement coréen. Tous ont été invités à se faire dépister le plus rapidement possible, dans la crainte d'une contamination au SRAS-CoV-2.

Pour endiguer l'épidémie de coronavirus, la Corée du Sud cible les oiseaux de nuit. Le gouvernement coréen a fait appel aux trois principaux opérateurs télécom du pays pour retrouver les personnes s'étant rendues dans le quartier d'Itaewon, à Séoul, entre le 30 avril et le 5 mai, relève le quotidien indonésien The Jakarta Post.

Ce quartier, connu pour sa vie nocturne, est suspecté de constituer un "cluster", à savoir une zone de forte propagation du coronavirus. Tous les bars et boîtes de nuit du périmètre - dont l'ouverture était légale durant les premiers jours de mai - ont été fermés ces derniers jours. Leurs visiteurs ont, eux, reçu un SMS les incitant à aller passer un test de dépistage, avec ou sans symptômes caractéristiques du Covid-19. 

7.000 tests déjà effectués

Ce 12 mai, 101 cas de contamination au coronavirus ont été associés au cluster d'Itaewon, a fait savoir le maire de Séoul, Park Won-soon. En tout, la ville a obtenu une liste de 10.905 personnes ayant visité le quartier sur la période étudiée, note un journaliste basé en Corée. Plus de 7.000 personnes ont déjà pu être testées.

Si le dépistage est gratuit, une amende de 2 millions de won, soit près de 1.500 euros, est prévue pour ceux qui ne se plieraient pas à la requête des autorités. Et pour ceux qui n'auraient pu être identifiés grâce à leurs données de localisation, les autorités coréennes ont déployé une brigade de 8.500 policiers, afin de remonter jusqu'à eux et d'élargir encore un peu plus le dépistage.

Cette traque des potentiels contaminés par le biais des données télécom est légale en Corée, mais ne le serait pas en France. Elle s'avère néanmoins sensible. Itaewon regorge en effet de clubs gay, alors même que la Corée du Sud ne reconnaît pas officiellement les droits des personnes LGBT sur le territoire national. Les autorités assurent ainsi anonymiser les tests, pour éviter tout "outing", à savoir le fait de révéler l'homosexualité d'un individu sans son consentement.

Cette politique de dépistage forcené dans le cluster d'Itaewon a d'ores et déjà eu de premières retombées médiatiques. Park Gyu-ri, une chanteuse renommée dans le pays et testée négative, a dû présenter des excuses pour s'être rendue dans l'une des boîtes de nuit de ce quartier, souligne le Korea Times.

En Suisse, les autorités ont elles aussi recours aux données télécom pour suivre toute tentative anormale de rassemblement. Le principal opérateur téléphonique du pays, Swisscom, a été mis à contribution pour signaler aux autorités tout rassemblement de plus de vingt personnes, dans un espace de 100 mètres sur 100, relevait Le Temps fin mars. Les données étaient en l'occurence anonymisées, pour qu'aucun nom ne puisse filtrer.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech