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Facebook: les cinq fake-news les plus populaires chez les gilets jaunes

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Sans modérateurs avertis, les fausses informations grouillent sur les dizaines de groupes et pages Facebook affiliés aux gilets jaunes. Voici les cinq intox qui font le plus de bruit.

La contestation s'organise sur Facebook. Sur des dizaines de pages et groupes, les gilets jaunes prévoient les mobilisations, échangent et débattent sur les dernières informations. Leurs membres ne cachent pas leur défiance envers les médias. Mais si tout le monde peut dire ce qu'il pense, il est donc aisé d'y raconter n'importe quoi. 

Des voitures sans plaque d’immatriculation

Des photos de véhicules retournés et dégradés le samedi 1er décembre circulent sur les réseaux sociaux. “Bizarre les voitures sans plaque dans les rues de Paris", écrit un internaute sur le groupe Blocage en marche 76 (23 000 membres). Son message est partagé près de 36 000 fois. 

Facebook
Facebook © Captures d'écran Facebook

Sur les groupes Facebook de gilets jaunes, des dizaines de publications font référence à l’absence de plaques d’immatriculation sur les voitures brûlées ou dégradées. Nos confrères de AFP Factuel, le service de fact-checking de l’AFP, se sont penchés sur la question. Ils ont retrouvé des photos permettant de déconstruire la thèse d’un complot. 

Concernant le Range Rover photographié dans le 16ème arrondissement, une vidéo et une photo montrent le véhicule en train d’être dégradé. A ce moment-là, on peut voir qu’il possède une plaque minéralogique à fond vert. Une plaque diplomatique provenant du Qatar (“CD” signifie “corps diplomatique” et “405” est le numéro de série).

Range Rover
Range Rover © Captures d'écran

Deuxième photo très partagée, celle de la berline BMW retournée. Sur une vidéo retrouvée par nos confrères de l’AFP, on voit que le véhicule possède bien une plaque d'immatriculation, également diplomatique. C'est un gilet jaune qui l'arrache.

A gauche, la BMW sans plaque. A droite, un gilet jaune qui arrache la plaque.
A gauche, la BMW sans plaque. A droite, un gilet jaune qui arrache la plaque. © Captures d'écran

Une Porsche blanche et une berline noire font l'objet des mêmes suspicions. Là encore, des vidéos montrent qu’elles possédaient bien des plaques d’immatriculation avant d’être dégradées.

Des policiers déguisés en casseurs

Sur les groupes et pages Facebook de gilets jaunes, une vidéo filmée le samedi 1er décembre a fait grand bruit. On y voit un homme, pantalon et bonnet gris, prendre des affaires à l’arrière d’un camion de police, avant de s’éloigner. “Quand on leur dit ‘il y a des flics en civil?’, ils nous disent qu’il n’y en a pas. Mais regardez! (...) C’est eux qui cassent, et après on dit que c’est les gilets jaunes”, commente une femme.

Publiée sur la page “Les Gilets Jaunes”, la vidéo a été partagée 16 000 fois. Elle a aussi été visionnée à 730 000 reprises sur la page “Les Gilets Jaunes Coordination Gironde”. S’ils n’étaient pas “déguisés en casseurs”, des policiers en civil étaient bien présents pendant la manifestation du 1er décembre. Pierre Bouvier, journaliste pour Le Monde, a filmé un policier en civil, vêtu d’un gilet jaune, lancer ce qui semble être une grenade.

CheckNews, un service de Libération, a recensé d’autres vidéos montrant des policiers en civil, mêlés aux manifestants. L’infiltration de policiers en civil pendant les manifestations est courante.

“Elle a toujours existé”, expliquait il y a quelques jours à BFMTV Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative police. “Ils sont là pour faire remonter des informations aux autorités afin qu’elles adaptent le dispositif du maintien de l’ordre", ajoutait le représentant syndical.

Emmanuel Macron va vendre la France à l'ONU

“Selon une source canadienne Macron fait traîner les négociations avec les gilets jaunes, parce qu’il attend le 10 décembre, date à laquelle il se prépare à céder la souveraineté de la France à l’ONU”, “Macron veut vendre la France”. Depuis plusieurs jours, le “pacte de Marrakech” ou "Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières" préoccupe certains gilets jaunes. Les rumeurs qui circulent font état d’une démission d’Emmanuel Macron une fois le Pacte signé et d'un "remplacement" des Français par des migrants et des réfugiés. 

Le 10 décembre, Emmanuel Macron se rendra effectivement à Marrakech, au Maroc, pour signer ce texte déjà adopté en juillet par l’ONU. Il prévoit de favoriser “la coopération internationale en matière de migrations entre tous les acteurs compétents”. Il est nécessaire de rappeler que ce Pacte est non contraignant.

Comme l’analyse les Décodeurs du journal Le Monde, plusieurs éléments de langage du Pacte font référence à l’aspect “bénéfique” des migrations sûres et ordonnées, ainsi qu'à la nécessité de “sauver” les migrants et les réfugiés. Le contenu du texte est décontextualisé, déformé et de là, naissent les rumeurs qui se propagent sur les réseaux sociaux.

La page "Macron Dégage" relaye une pétition contre ce Pacte dans une publication partagée 14 500 fois. Cette page, suivie par 716 400 personnes, existe depuis le 29 avril 2013. Elle s'appelait auparavant "Hollande Dégage" et "Hollande Démission". 

Pacte
Pacte © Capture d'écran

Des policiers enlèvent leur casque en signe de soutien aux gilets jaunes 

"Les CRS déposent les casques" se réjouit un internautes sur le groupe Gilets Jaunes Montpellier. Sa vidéo est partagée 177 527 fois. Selon France 3 Hérault, Jean-Luc Mélenchon l'a partagée sur Twitter, accompagnée du message "Un seuil est franchi. Voilà ce que provoque un pouvoir qui méprise tout le monde et même les forces qu'il utilise". Mais selon l'équipe de France 3 présente sur place, les policiers de la compagnie départementale d'intervention de l'Hérault - et non des CRS - ont déposé leur casque car ils avaient chaud.

Facebook
Facebook © Capture d'écran

La vidéo de Quentin Top, photographe freelance, censée montrer que les CRS envoyés à Pau se rallient à la cause des gilets jaunes, a été retweetée plus de 7000 fois et largement partagée sur Facebook. Sur la page “Anti-Macron”, elle cumule 480 000 vues et a été partagée à 18 000 reprises. Dans les commentaires, certains internautes font part de leurs doutes. “Ils retirent leurs casques quand ils sont en infériorité”, assure un homme. “C’est le mot d’ordre quand les gilets jaunes sont trop nombreux”, abonde un autre. Selon CheckNews, Quentin Top a confié à l'AFP que le retrait du casque résultait d'une négociation avec les gilets jaunes, afin de dissiper les manifestants.

Toujours sur Facebook, un utilisateur a filmé, à Bordeaux, des policiers regagnant leurs camions en enlevant leur casque, sous les applaudissements. La vidéo a été partagée 124 000 fois. L’AFP a interrogé un reporter de sa rédaction, présent sur les lieux. Il assure que ce “n’était pas une marque de soutien” et raconte avoir assisté à une scène similaire en Gironde.

“Après une heure environ d’échauffourées, il y a eu un retour au calme. Les gendarmes mobiles et les CRS sur place ont alors reçu l’ordre d’enlever leurs casques. Hourra des gilets jaunes qui ont cru à un signe de soutien et ont chanté ‘la police est avec nous’... Ce n’était clairement pas cela”, témoigne le reporter de l’AFP.

Manuel Valls a supprimé la Constitution

“Macron n’est pas président légitime car nous n’avons plus de Constitution depuis la loi du décret de Valls du 5 décembre 2016”, écrit un internaute sur le groupe Gilet Jaune. Ce message, depuis supprimé, a été partagé plus de 2000 fois. Il en existe des dizaines d'autres. 

La source de cette intox est Serge Petitdemange. Dans un discours, cet habitué des réseaux complotistes affirme que ce décret rend la Constitution caduque. A fortiori, certains pensent que les élections présidentielles n'auraient pas dû avoir lieu et donc, qu'Emmanuel Macron n'est pas un président légitime. 

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Facebook © Capture d'écran Facebook

Dans une vidéo partagée sur le groupe 💥Gilet Jaune💥, l'un des trois plus influents sur Facebook, et visionnée plus de 200 000 fois, une manifestante diffuse ce discours via son smartphone dans un mégaphone. Selon Les Décodeurs du Monde, plusieurs reporters de leur rédaction ont entendu les arguments de Serge Petitdemange pendant leurs reportages sur les gilets jaunes. 

Le décret de 2016 avait pour but la création d'une inspection générale de la justice. A l'époque, il avait recueilli de nombreuses critiques, y compris de la part de membres de la Cour de cassation, qui estimaient que le décret plaçait de fait la Cour de Cassation sous le contrôle direct du gouvernement. L'article 2 de ce décret, qui incluait la Cour de cassation dans le champ de la mission de l’Inspection générale de la justice, a finalement été supprimé. 

Dans nos institutions actuelles, aucun décret ne peut rendre caduque la Constitution Française, texte qui régit la Ve République. Si un texte de loi est contraire à la Constitution, il sera considéré comme "anticonstitutionnel" et abrogé.

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech