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"Le danger est là": à Fos-sur-Mer, la multiplication d'incidents dans la zone industrielle pose question

Mardi, une épaisse fumée blanche s'est dégagée d'un bac de pétrole brut de la SPSE, entraînant le déclenchement des sirènes. Depuis plusieurs années, ces épisodes ne sont pas rares dans la commune.

Il était environ 9h30, mardi, quand les sirènes se sont mises à hurler. Une épaisse fumée blanche venait de s'échapper d'un bac de pétrole brut, au sein de la Société du Pipeline Sud Européen de Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône.

Un Plan d'opération interne (POI) a été immédiatement déclenché sur le site et la situation a été "stabilisée" peu avant midi, selon la mairie de la commune. "Pas de risque", ajoute-t-elle.

Pour autant, la multiplication des incidents dans cette zone industrielle parmi les plus polluées d'Europe interroge, aussi bien sur les questions de sécurité et d'environnement que de santé.

Libération de gaz

En 2018, des habitants de la zone industrielle de Fos-sur-Mer ont porté plainte contre ArcelorMittal pour "mise en danger de la vie d'autrui" et "trouble du voisinage" en raison de la pollution qu'ils subissent. Une enquête du New York Times datant de 2020 révèle que les risques de développer un cancer y sont deux fois plus élevés que la moyenne nationale.

En 2021, l'aciérie avait été condamnée à verser 30.000 euros de dommages et intérêts à France Nature Environnement pour avoir enfreint la loi sur les émissions de polluants.

Cette année-là, au moins cinq dysfonctionnements majeurs ont provoqué une importante libération de gaz dans l'air à l'usine ArcelorMittal, au mois de septembre notamment. Si bien que la préfecture des Bouches-du-Rhône s'est décidée à ouvrir une enquête et à imposer à l'entreprise de "mettre à jour le plan d’amélioration des installations électriques" et lui a imposé de "mettre en place un dispositif d'allumage des chandelles pour les batteries des fours 1 et 2 de la cokerie avant le 31 décembre 2022".

En mai dernier, l'aciérie a de nouveau fait parler d'elle en déversant dans la mer des oxydes de fer et des résidus de décapage, autant de produits pouvant être toxiques pour la santé des habitants.

"On n'a jamais eu autant d'incidents"

"On n'a jamais eu autant d'incidents graves que depuis l'année dernière", avait déploré Jacky Chevalier, président du Comité de surveillance de l'activité industrielle à Fos-sur-Mer, au micro de BFM Marseille Provence, peu après l'incident.

"On est quand même au 7e-8e accident grave: pollution de l'air mais aussi, maintenant, pollution de l'eau. Ça posera des problèmes dans le temps. Un oxyde fer ça ne peut pas rester comme ça", avait-il poursuivi.

L'entreprise avait immédiatement cherché à désamorcer la situation. "Pendant tout l'incident, les PH sont restés normaux, avait assuré Bruno Ribo, directeur général d'ArcelorMittal Méditerranée, à notre micro. Finalement, c'est un incident qui est relativement limité. On a eu de la chance. Mais malgré tout, on le traite comme un incident."

Pour autant, en juillet, un épisode de pollution aux hydrocarbures a été révélé par la préfecture maritime, entraînant l'instauration de mesures interdisant la pêche dans une partie du golfe de Fos-sur-Mer. Elle avait été réautorisée près d'une semaine plus tard.

400.000 personnes concernées

"On a appris" à vivre avec ces incidents, reconnaît Daniel Moutet, président de l'Association de défense et de protection du littoral du golfe de Fos.

Il cherche à relativiser: "Tant que ça s'arrête, comme là, à des petits incidents, déclarés, qu'il y a tout dans les règles, ça ne bouge pas, la population n'est pas apeurée par ça. Aujourd'hui, c'est vrai qu'on oublie. Du moment qu'on oublie, on vit sans risque ou presque".

Pour autant, Daniel Moutet se dit conscient que "le danger est là, présent". "Il faut vivre avec et espérons que ça continue sans problème pendant encore fort longtemps", dit-il, d'un air quelque peu résigné.

Comme lui, environ 400.000 personnes vivent dans les 30 communes avoisinant la zone industrielle de Fos-sur-Mer.

Cindy Chevaux avec Florian Bouhot