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Naufrage d'une embarcation de migrants au large de Calais: ce que l'on sait

Une embarcation qui transportait des migrants tentant de traverser la Manche pour rejoindre l'Angleterre a chaviré ce mercredi au large de Calais. 27 personnes sont mortes.

La Manche frappée par un nouveau drame migratoire. 27 migrants sont morts ce mercredi dans le naufrage de leur embarcation alors qu'ils tentaient de rejoindre l'Angleterre, et non 31, a indiqué le ministère de l'Intérieur en fin de soirée.

L'embarcation, "extrêmement frêle" selon le ministre de l'Intérieur, a chaviré au large de Calais. Le drame s'est déroulé sur un "long boat", un bateau gonflable fragile, dont le fond souple a tendance a se replier quand il prend l'eau et est surchargé, a appris l'AFP auprès des sauveteurs.

Des naufragés repérés par un bateau de pêche

Les secours ont été prévenus par un navire de pêche, qui les a informé que plusieurs naufragés se trouvent à la mer, dans le détroit du Pas-de-Calais, explique la préfecture maritime de la Manche et de la Mer du Nord, dans un communiqué.

Très rapidement, de nombreux moyens sont déployés pour leur porter secours. Deux hélicoptères, un canot de la société nationale de sauvetage en mer (SNSM), un patrouilleur de la Marine nationale et une vedette côtière de la gendarmerie maritime sont mobilisés.

Sur place, deux personnes inanimées sont d'abord hélitreuillées et ramenées à l'hôpital de Calais. Dans le même temps, deux autres naufragés, conscients mais affaiblis, sont récupérés, ainsi que 17 naufragés inanimés, à bord du patrouilleur de la marine nationale. Le canot de la SNSM récupère lui six naufragés inanimés.

Selon le récit des deux rescapés, près d'une trentaine de personnes se trouvaient à bord de l'embarcation qui a chaviré. Les recherches pour retrouver l'ensemble des naufragés se sont poursuivies jusqu'en début de soirée, avant d'être suspendue.

"La France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière"

Le décompte total est de 27 morts, a annoncé le ministère de l'Intérieur. Parmi les victimes se trouvent cinq femmes et une petite fille.

"La France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière", a réagi le président de la République Emmanuel Macron, après ce drame. "Tout sera mis en oeuvre pour retrouver et condamner les responsables" de ce drame, promet-il. Le chef de l'Etat, qui a demandé "le renforcement immédiat" de Frontex, souhaite une réunion européenne d'urgence.

De son côté, le Premier ministre Jean Castex a déploré une "tragédie". "Mes pensées vont aux nombreux disparus et blessés, victimes de passeurs criminels qui exploitent leur détresse et leur misère", a-t-il écrit sur Twitter.

Une réunion interministérielle est prévue jeudi matin autour du Premier ministre avec sept ministres. Seront présents à cette réunion les ministres de l'Intérieur, Gérald Darmanin, de la Justice, Eric Dupond-Moretti, des Armées, Florence Parly, de la Mer, Annick Girardin, des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et le secrétaire d'Etat à l'Europe, Clément Beaune, a-t-on précisé de même source.

Quatre suspects arrêtés

Venu sur place à l'hôpital de Calais, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a indiqué que quatre passeurs suspectés d'être "directement en lien" avec le naufrage ont été arrêtés. "Je veux ici dire que les premiers responsables de cette ignoble situation sont les passeurs", a ajouté le ministre à Calais. Il a également appelé à une "réponse internationale coordonnée très dure" devant ce drame "qui nous touche tous".

Le parquet de Dunkerque a annoncé à l'AFP l'ouverture d'une enquête pour "aide à l'entrée au séjour irrégulier en bande organisée" et "homicide involontaire aggravé".

Boris Johnson "choqué et révolté"

De l'autre côté de la Manche, le Premier ministre Boris Johnson s'est dit "choqué, révolté et profondément attristé". Il a également assuré vouloir "faire plus" avec la France pour décourager les traversées illégales.

"Nous avons eu des difficultés à persuader certains de nos partenaires, en particulier les Français, d'agir à la hauteur de la situation, mais je comprends les difficultés auxquelles tous les pays sont confrontés", a déclaré Boris Johnson sur Sky News. "Ce que nous voulons maintenant, c'est faire plus ensemble".

Trois morts et quatre disparus avant ce drame

Ce drame, redouté par les autorités et les associations depuis plusieurs mois, est de loin le plus meurtrier depuis l'envolée en 2018 des traversées migratoires de la Manche, face au verrouillage croissant du port de Calais et d'Eurotunnel, emprunté jusque-là par les migrants tentant de rallier l'Angleterre.

Avant ce naufrage, le bilan des décès depuis le début de l'année s'élevait à trois morts et quatre disparus. Six personnes avaient trouvé la mort et trois autres avaient été portées disparues en 2020.

Benjamin Rieth Journaliste BFM Régions