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Reportage sur l'ultradroite à Lille: de 3 à 8 mois de sursis pour les trois prévenus

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tribunal - DAMIEN MEYER

Les trois Lillois ont été condamnés pour des faits et propos filmés en caméra cachée en 2018 par un journaliste d'Al Jazeera, qui s'était infiltré dans la mouvance d'ultradroite Génération identitaire et le bar privé La Citadelle, son siège.

Trois hommes ont été condamnés mardi à des peines de trois à huit mois de prison avec sursis, notamment pour l'agression à caractère raciste d'une adolescente désignée comme maghrébine, après la diffusion d'un reportage d'Al Jazeera sur l'ultradroite à Lille en 2018.

Les trois hommes ont été reconnus coupables de violences liées à une "appartenance raciale ou ethnique, réelle ou supposée".

Les trois prévenus avaient comparu le 17 novembre devant le tribunal judiciaire de Lille, à la suite de la diffusion, fin 2018, d'un documentaire de la chaîne qatarie intitulé "Generation hate", filmé en caméra cachée par un journaliste infiltré dans la mouvance d'ultradroite Génération identitaire (GI) et le bar privé La Citadelle, son siège.

Provocation à la haine et à la violence

Rémi F., 32 ans, le plus lourdement condamné - huit mois de prison avec sursis probatoire contre cinq requis par la procureure - a également été reconnu coupable de "provocation" à un acte de violence terroriste. Il avait été filmé évoquant une attaque à la voiture bélier sur une "mosquée" ou contre le marché du quartier populaire de Wazemmes.

Les images montraient les prévenus à la sortie d'un bar en janvier 2018 s'en prendre à une adolescente de 14 ans désignée comme maghrébine. Dans un autre extrait, Rémi F. se vantait d'avoir frappé cette "arabe".

Etienne V., 26 ans, condamné à cinq mois de prison avec sursis probatoire, a également été reconnu coupable de "provocation publique à la haine ou à la violence", pour avoir notamment effectué un salut nazi et trinqué au IIIe Reich.

Le dernier membre du trio, Guillaume D., au passé militaire et ex-membre de GI, videur dans un bar voisin, avait utilisé sa "gazeuse" sur l'adolescente.

"J'étais complètement ivre"

Les propos tenus par Rémi F. "dessinaient sans aucun doute possible" un projet terroriste. Proférés devant des individus "avec qui il partage une idéologie" xénophobe, ils véhiculaient "un état d'esprit susceptible de provoquer le crime", a justifié mardi le président du tribunal Ludovic Duprey.

Les gestes et propos d'Etienne V. étaient eux "une évidente (...) banalisation et glorification" du régime hitlérien, a-t-il ajouté.

"J'étais complètement ivre. J'ai voulu me faire mousser", avait affirmé Rémi F. à l'audience, soutenant ne pas se retrouver dans les idées promues par GI, mais avoir développé un "début de haine" après une agression par "trois Nord-Africains".

Etienne V. avait pour sa part affirmé avoir "honte" de paroles tenues "sous l'emprise d'alcool", "des conneries".

SOS Racisme demande la dissolution de Génération Identitaire

Avocat de SOS racisme, Me Nicolas Nef Naf a aussi salué une décision "s'inscrivant pleinement dans la volonté de lutter contre toute forme de discrimination dans le débat public". SOS racisme a également réitéré sa demande de dissolution de Génération identitaire.

"A l'heure où le gouvernement, non sans arrière-pensées électoralistes, prétend se montrer particulièrement intraitable à l'égard de certaines associations (...), il n'apparaît que plus intolérable que de tels groupes, haineux, violents et connus de tous, continuent de pouvoir se réunir, s'organiser et passer à l'acte en toute impunité", pointe l'association dans un communiqué.

Interrogés par l'AFP, les avocats de Rémi F. et Etienne V. n'ont pas souhaité réagir. L'avocat de Guillaume D. n'était pas joignable dans l'immédiat.

Juliette Mitoyen avec AFP Journaliste BFM Régions