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Vulnérables ou à l'abri: la France confinée compte cinq grandes catégories de travailleurs

France Stratégie a classé les métiers en cinq catégories

France Stratégie a classé les métiers en cinq catégories - Ina FASSBENDER / AFP

Perte de revenus, conditions de travail durcies, difficulté à concilier vie privée et professionnelle... Une note de France Stratégie distingue cinq catégories de professions en fonction de leur vulnérabilité face à la crise sanitaire du coronavirus.

La crise sanitaire du coronavirus et tout particulièrement le confinement met en lumière de nouvelles lignes de fracture entre les actifs. Selon les métiers qu'ils exercent, tous ne se retrouvent pas dans la même situation. Certains ont été placés au chômage partiel ou en télétravail quand d’autres ont au contraire été davantage sollicités sur le terrain pour répondre à une forte demande. Des expériences aussi diverses que les difficultés qu’elles occasionnent, ou occasionneront, dans le quotidien des salariés concernés. 

"Au-delà de sa dimension économique, cette crise affecte aussi les conditions de vie et les conditions de travail, renforçant des vulnérabilités existantes et en générant de nouvelles", souligne France Stratégie dans une note relayée par Le Parisien. Pour illustrer ces situations de vulnérabilité, le laboratoire d’idées a établi une typologie inédite des métiers à l’ère du coronavirus en distinguant cinq catégories. 

> Les "vulnérables de toujours"

Déjà éprouvée par la crise économique de 2008 qui a "entraîné d’importantes réductions d’effectifs", cette première catégorie regroupe les ouvriers de l’industrie et du bâtiment, les marins, pêcheurs et aquaculteurs, les employés administratifs d'entreprise et le personnel affecté au ménage. Soit 4,2 millions de personnes. 

Ces travailleurs ont pour point commun d’être confrontées à une vulnérabilité économique qui ne date pas de la crise sanitaire. Et pour cause, leurs statuts sont plus précaires que la moyenne avec près d’un emploi sur cinq exercé en CDD ou en intérim. Le salaire médian dans cette catégorie est aussi inférieur à la moyenne. Sans oublier que les conditions de travail et de vie y sont plus difficiles: 53% de ces travailleurs font face à des risques physiques (29% en moyenne) et 40% sont soumis à des rythmes de travail intenses (37% en moyenne). 

L’épidémie de coronavirus rend d’autant plus vulnérables ces professionnels que les secteurs qui les emploient tournent aujourd’hui au ralenti. Leur activité étant impraticable à domicile, beaucoup ont été placés au chômage partiel ou se sont tout simplement retrouvés sans emploi ou risquent de s’y retrouver. Une situation qui renforce leur fragilité financière, notamment pour les familles monoparentales dont les revenus étaient déjà faibles. "Ces métiers cumulent donc des vulnérabilités physiques, psycho-sociales et de conditions de vie qui viennent s’ajouter à un fort risque économique", résume France Stratégie. 

> Les "nouveaux vulnérables"

Relativement protégés avant la crise, voire même en progression, les emplois dans les transports et l’entreposage (ouvriers de la manutention, conducteurs, agents administratifs…), l’hôtellerie-restauration (cuisiniers, serveurs, patrons d’hôtels, bars et restaurants), les services aux particuliers (coiffeurs, esthéticiens, etc.), les arts, les spectacles, la culture et le sport sont aujourd'hui menacés par une crise économique "durable", estime France Stratégie.

Car la plupart de ces 4,3 millions de professionnels regroupés dans la catégorie des "nouveaux vulnérables" ont été contraints d’arrêter leur activité et de recourir massivement au chômage partiel, le télétravail étant impossible. Ce qui les rend particulièrement fragiles alors que ces métiers ont le salaire médian le plus faible de toutes les catégories (1550 euros) et que la part des contrats salariés non permanents atteint 20% en moyenne dans ces professions. 

"Plus exposés lorsqu’ils travaillent aux risques physiques, et plus vulnérables financièrement et en conditions de vie, ces métiers risquent de pâtir de la crise au-delà du confinement, malgré les mesures de soutien déployées, qu’il s’agisse du chômage partiel ou du fonds de solidarité pour les indépendants", prédit France Stratégie. 

> Les métiers au front 

Contrairement aux deux catégories précédentes, ce troisième groupe fait avant tout face à un risque qui n'est pas de nature économique: l'exposition au coronavirus. Il s’agit de l'ensemble des professions dont l’activité jugée essentielle est maintenue pendant le confinement. 10,4 millions de personnes, davantage en CDI que la moyenne, intègrent cette catégorie. Elles exercent les métiers de soins, d'éducation, de propreté, les métiers régaliens (police, pompiers…), de services (caissiers, employés de la fonction publique) ou de l’agroalimentaire (professions agricoles, métiers de bouche). 

Deux cas de figure se distinguent: celui d’abord des Français déjà exposés au virus parce qu’ils travaillent au contact du public (soin, propreté, vente alimentaires) depuis le début du confinement. Ensuite, celui de ceux dont l’activité a été réduite ou maintenue mais à distance (enseignants, vente non alimentaire) et qui risquent d’être exposés au virus au sortir du confinement. 

73% d'entre eux travaillent habituellement face aux usagers, clients ou patients. Avec la crise sanitaire, "cette singularité professionnelle est susceptible d’aggraver des conditions de travail déjà jugées difficiles par certains professionnels, avec une part des horaires atypiques plus élevée que la moyenne et une charge mentale forte, notamment parmi les professions de santé et d’éducation", explique France Stratégie. S’ajoute à cela une plus forte proportion de parents isolés dans cette catégorie qui "renforce les difficultés à concilier la garde des enfant et un rythme de travail intense". 

> Les cadres sous pression

La quatrième catégorie regroupe les cadres qui, pouvant généralement travailler à distance, sont exposés à un risque économique faible. D’autant que 90% de ces quatre millions de salariés sont non seulement mieux payés que la moyenne mais bénéficient de CDI. Le confinement pourrait cependant rendre leurs conditions de vie plus difficiles alors qu'ils étaient déjà sous pression avant le confinement. 81% d’entre eux déclaraient déjà avoir des quantités de travail excessives avant le confinement.

En effet, les cadres de la fonction publique, des banques et assurances doivent d’ores et déjà répondre aux effets du confinement sur la santé publique et le système financier et bancaire quand ceux travaillant dans l’industrie et du commerce préparent la reprise de l’activité. "La difficulté d’organiser cet effort collectif à distance et la tendance à l’hyperconnectivité pour répondre aux urgences exposent les cadres à une dégradation de leurs conditions de travail, aggravée par la difficulté à concilier vie familiale et vie professionnelle", affirment les auteurs de l’étude.

Par ailleurs, certains cadres qui travaillent dans des secteurs sensibles aux cycles (industrie, bâtiment, etc) pourraient voir leur emploi menacé dans les prochains mois. 

> Les métiers économiquement préservés 

La dernière catégorie se compose des professions intermédiaires ou des métiers d’employés qualifiés qui sont très peu vulnérables économiquement car plus nombreux à pouvoir travailler à distance. Même si certains d’entre eux n’ont pas pu échapper à l’activité partielle. 

Ils ont surtout un faible risque de perdre leur emploi à court terme, notamment parce qu’ils ont pu continuer de travailler pendant le confinement et/ou parce qu’ils "exercent des métiers très transversaux à toutes les entreprises (employés de la comptabilité, techniciens de l’informatique ou des services administratifs et financiers, secrétaires ou secrétaires de direction, attachés commerciaux ou représentants)", note France Stratégie. 

Ces quatre millions de professionnels sont enfin protégés par leur CDI et par un salaire médian légèrement supérieur à celui de l’ensemble des professions. Ils exercent pour beaucoup des fonctions support ou de management intermédiaire et sont par conséquent très "dépendants de leurs collectifs de travail". Mais leurs collègues qu’ils soutiennent (secrétariat, techniciens informatiques, etc.) ou encadrent (industrie et bâtiment) sont par définition plus autonomes pendant le confinement. Ainsi la charge de travail de cette dernière catégorie est en moyenne moins importante qu’en temps normal. 

Paul Louis