BFM Business

Risques sur l'emploi, perte d'un fleuron national... Pourquoi l'Etat s'oppose au rachat de Carrefour

Inventeur de l'hypermarché, ancien numéro 2 mondial du secteur, Carrefour est un symbole du patriotisme français.

Inventeur de l'hypermarché, ancien numéro 2 mondial du secteur, Carrefour est un symbole du patriotisme français. - Fred Tanneau-AFP

Le gouvernement est très hostile à la tentative de rachat de Carrefour par le canadien Couche-Tard. Et s'il met en avant les enjeux de sécurité alimentaire, les craintes sont plus profondes.

Carrefour va-t-il passer sous pavillon canadien? Alors que le géant québécois des petites épiceries Couche-Tard souhaite fusionner avec notre champion français de la distribution, le gouvernement a fait part de son hostilité sur cette opération.

Bruno Le Maire a été très clair hier dans C à Vous sur France 5. "La souveraineté alimentaire passe avant tout", a assuré le ministre de l'Economie qui a qualifié Carrefour de "chaînon essentiel dans la sécurité alimentaire des Français" et il s’est dit défavorable à ce possible rachat.

Si ce n’est pas un "non" définitif et catégorique, l’affaire semble mal engagée.

Car l’Etat peut dorénavant bloquer les rachats. Avec la loi PACTE qui est entrée en vigueur l’année dernière, l’Etat a le pouvoir de contrôler et de s’opposer aux investissements étrangers lorsqu’il s’agit de secteurs stratégiques. Et "la production, la transformation ou la distribution de produits agricoles" sont bien cités dans le décret énumérant les secteurs stratégiques.

Mais la protection de la souveraineté alimentaire française est-elle la vraie raison de l’hostilité de Bruno Le Maire? Ce n'est en tout cas pas la seule.

Plus d'un hypermarché Carrefour sur deux en déficit

Il ne faut pas sous-estimer l’énorme enjeu de l’emploi : Carrefour est un géant qui emploie 320.000 personnes dont un tiers en France. Mais un géant qui n’est pas au mieux. Plus de la moitié des 185 hypermarchés du groupe (56%) ont perdu de l’argent en 2019 contre 47% seulement un an plus tôt. Un actionnaire canadien aurait sans doute moins de difficulté à fermer une partie de ce parc d'hypermarchés à l'avenir incertain.

Mais il y a aussi une dimension symbolique. Carrefour fait partie du patrimoine national, c'est une fierté française. Créé en 1959, inventeur de l’hypermarché, ancien numéro 2 mondial de la grande distribution… Perdre Carrefour pour la France ce serait comme perdre Ikea pour la Suède.

Edouard Philippe avait résumé la philosophie de l’Etat français en 2017 devant le Conseil national de l’industrie:

"Nous n’hésiterons pas à monter au créneau en cas de menace d’OPA sur des champions français et cette vigilance ne concernera pas uniquement les secteurs de la défense ou de la sécurité. Elle vaudra pour tous les secteurs, y compris par exemple l’agroalimentaire ou les cosmétiques, dès lors que l’ancrage territorial des groupes concernés, leur dynamisme à l’exportation ou leur appartenance symbolique à la "marque France" le justifient."

Les shampooings et les yaourts ne sont pas des produits stratégiques, mais que ceux qui les produisent et les vendent si. C'est en tout cas ce que tient à rappeler le gouvernement depuis hier.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco