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Réforme des retraites: quelles sont les marges de manoeuvre du gouvernement sur l'âge pivot?

Alors que les négociations entre syndicats et gouvernement reprennent mardi, l'âge pivot de 64 ans reste le principal point d'achoppement de la réforme des retraites. Pour tenter de convaincre les syndicats réformistes, l'exécutif pourrait consentir à un assouplissement de cette mesure.

Un mois après le début du conflit, syndicats et gouvernement peinent toujours à trouver un compromis sur la réforme des retraites. Les négociations qui doivent reprendre ce mardi devraient essentiellement porter sur le principal point de blocage, à savoir l’âge pivot fixé à 64 ans avec un système de bonus/malus.

Car si les syndicats dits "contestataires" comme la CGT ou FO réclament le retrait pur et simple de la réforme, les organisations "réformistes" comme la CFDT et l’Unsa sont, sur le principe, plutôt favorables au projet mais rejettent ce fameux âge pivot. Dimanche, le leader de la CFDT Laurent Berger a d’ailleurs qualifié cette mesure d"injuste et inutile".

L’âge pivot demeure également le point de la réforme qui cristallise l’opposition dans l’opinion. Selon un sondage Elabe pour BFMTV, deux tiers des Français indiquent y être opposés, alors que la suppression des régimes spéciaux et la mise en place d’un système universel de retraite par points recueillent l’assentiment d’une majorité de sondés.

Déminer métier par métier

Le gouvernement, lui, martèle que l’âge pivot est la meilleure solution pour parvenir à l’équilibre financier du futur régime. Il exclut ainsi de baisser le niveau des pensions et semble peu enclin à augmenter les cotisations pour ne pas rogner le pouvoir d’achat des salariés. La dernière option consiste donc à jouer sur le paramètre de l’âge. Pour autant, Emmanuel Macron et Edouard Philippe assurent être ouverts sur ce point. Mi-décembre, le chef de l’État disait notamment envisager "une amélioration possible de l’âge pivot".

Reste à savoir ce que l’on entend par "amélioration". Pour l’heure, la stratégie du gouvernement consiste à déminer le terrain métier par métier, statut par statut. D’où les concessions accordées à certaines professions (contrôleurs aériens, cheminots, électriciens, policiers, etc.) au nom de la pénibilité, en jouant par exemple sur le compte épargne-temps ou sur les plans d’épargne-retraite. Ces aménagements aboutissent pour les régimes spéciaux à la reconnaissance de spécificités qui permettront à leurs bénéficiaires de continuer à partir plus tôt.

Dit autrement, il s’agit de déplacer la négociation sur l’âge vers la question des conditions de travail, de la pénibilité, des carrières longues ou encore des temps partiels subis pour organiser les fins de carrière. De sorte qu’à terme, certains salariés puissent partir avant 64 ans à taux plein en bénéficiant d'un aménagement plus favorable des dispositifs pénibilité et carrières longues. 

Assouplir l’âge pivot

Cette stratégie réussira-t-elle à convaincre les syndicats? Cela reste à voir. Elle est en tout cas déjà critiquée par l’opposition qui craint d’assister à la naissance d’une nouvelle usine à gaz. Pour certains, elle remet en cause l’universalité du système en recréant des régimes spéciaux.

Mais le gouvernement dispose d’autres leviers. Il pourrait consentir à assouplir l’âge pivot en décalant par exemple sa date d’entrée en vigueur au-delà de 2025. Selon Les Échos, il pourrait être fixé à 64 ans en 2027, sauf exceptions (pénibilité, carrière longue, etc.). Voire en 2037 si d'autres économies sont trouvées pour revenir à l'équilibre d'ici 2027. Une autre option serait de fixer l’âge pivot non pas à 64 ans mais à 63 ans, comme c’est déjà le cas pour les retraites complémentaires. Négocié dans le cadre d’un accord national en 2015 sur la fusion des régimes Agirc-Arrco opérée en 2019, l’âge pivot de 63 ans est lui aussi entré en application l’an dernier pour faciliter un retour à l’équilibre du régime en 2020. 

Toujours en s’inspirant des retraites complémentaires, l’exécutif pourrait décider de limiter le malus dans le temps. Dans le régime Agirc-Arrco, le malus de 10% en cas de départ avant l’âge de 63 ans ne peut pas s’appliquer plus de trois ans. Il pourrait aussi tout bonnement renoncer à l’idée d’un malus et ne conserver que le bonus pour les salariés qui partiraient en retraite après l’âge pivot.

Abandonner l'âge pivot

Enfin, la dernière solution serait d’abandonner l’âge pivot en faisant confiance aux partenaires sociaux pour trouver la bonne méthode paramétrique. Bien que peu probable, cette option permettrait probablement au gouvernement de rallier la CFDT à sa cause.

Car c’est la solution proposée par Laurent Berger lui-même: "L’équilibre financier n’est pas un gros mot pour la CFDT. Nous faisons la contre-proposition au gouvernement : confiez à la future gouvernance partiaire du système la responsabilité d’en faire d’ici à un an des propositions de retour à l’équilibre à court, moyen et long terme. Sans, bien sûr, imposer le résultat de la négociation avant qu’elle n’ait lieu", avait déclaré dans La Croix le secrétaire général de la CFDT.
Paul Louis