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Réforme des retraites: pourquoi le gouvernement n'a pas réellement abandonné l'idée d'âge pivot

Édouard Philippe le 12 janvier 2020

Édouard Philippe le 12 janvier 2020 - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Si l'âge pivot qui devait permettre d'atteindre l'équilibre financier du système de retraite en 2027 a provisoirement été retiré de la réforme, un deuxième "âge d'équilibre" de long terme qui entrera en vigueur en 2037 est inscrit dans le texte de loi.

Il aura fallu un mois pour que le gouvernement et les syndicats, favorables sur le principe à l’instauration d’un système universel par points, accordent leurs violons et entrevoient le début d’un compromis. Samedi, le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé le retrait provisoire de l’âge pivot inscrit dans le texte de loi traduisant la réforme des retraites. "Victoire!", a crié la CFDT qui faisait de ce recul gouvernemental un préalable indispensable à la reprise du dialogue.

La réforme dévoilée le 11 décembre 2019 par Édouard Philippe prévoyait en effet la mise en place d’un âge pivot de 62 ans et quatre mois dès 2022, avec une montée en charge progressive pour atteindre 64 ans en 2027. Il devait donc s’appliquer dans le système de retraite actuel et même aux Français nés entre 1960 et 1975, lesquels ne seront pourtant pas concernés par le futur régime par points.

Retrait sous conditions

Cet âge pivot, s’il avait été maintenu, serait devenu le nouvel âge de taux plein. Avec un tel dispositif, un Français aurait dû travailler jusqu’à 64 ans en 2027 pour percevoir une pension complète. S’il part avant, le niveau de sa pension aurait été amputée de 5% par année manquante. S’il part après, il aurait bénéficié d’un bonus de 5% également par année supplémentaire travaillée. Objectif de la mesure: réaliser quelque 12 milliards d’euros d’économies pour atteindre l’équilibre financier du système de retraite en 2027.

Seulement voilà, la présence de cette mesure paramétrique dans le texte de loi a fait déborder le vase de la CFDT, premier syndicat de France. D’où le recul de l’exécutif qui a consenti à son retrait. Mais l’âge pivot n’a pas été définitivement enterré. Car la marche arrière du chef du gouvernement est assortie de conditions: les partenaires sociaux devront se réunir lors d’une conférence de financement pour trouver des alternatives afin de dégager les 12 milliards d’euros d’économies nécessaires. Leurs conclusions seront rendues fin avril. Faute d’accord, le gouvernement reprendra la main et se réserve le droit de ressortir l’âge pivot pour respecter l’objectif d’équilibre en 2027.

Un deuxième âge pivot

Ce que le gouvernement dit moins, c’est que le texte de loi prévoit un deuxième âge pivot, cette fois appelé "âge d’équilibre". Contrairement à l’âge pivot de court terme qui devait permettre d’atteindre l’équilibre en 2027 (et qui a donc été provisoirement retiré), l’âge d’équilibre vise le long terme.

Censé remplacé le calcul en durée de cotisation, son entrée en vigueur est prévue pour 2037. Il s’appliquera aux générations nées en 1975 et au-delà. Soit à toutes celles qui basculeront dans le nouveau système. Cet âge d’équilibre, probablement fixé à 64 ans au départ, "constitue un des leviers de pilotage collectif du système dans la durée et servira également de référence individuelle aux assurés afin qu’ils partent en retraite avec un niveau adéquat de pension", dans le futur régime par points, précise la lettre d’Édouard Philippe adressée samedi aux syndicats.

Et pour cause, le système par points fait craindre au gouvernement que les Français décident de partir plus tôt à la retraite, étant donné qu’ils n’auront plus, en l'absence de toute mesure alternative, un nombre défini de trimestres à travailler pour obtenir le taux plein. L’âge d’équilibre doit donc les inciter à travailler plus longtemps, via un système de bonus/malus. Il présente en outre l’avantage de pouvoir être ajusté au fil des ans en fonction de l’évolution démographique. De sorte qu’il permettra d’atteindre l’équilibre financier de long terme.

Age pivot individualisé

Cet âge d’équilibre sera-t-il le même pour tous? Pas forcément. Certains Français ayant commencé à travailler très jeunes et dont la profession est reconnue comme pénible pourraient avoir le droit de partir plus tôt à la retraite avec une pension à taux plein. L’âge pivot de long terme pourra ainsi "être adapté pour refléter la diversité des carrières professionnelles, et notamment les situations de pénibilité ou de carrière longue", écrit le Premier ministre dans sa lettre aux syndicats.

Par exemple, le couvreur pourrait bénéficier d’un âge d’équilibre de 62 ou 63 ans quand celui de l’expert-comptable sera de 64. Sachant que le premier débute souvent sa carrière plus tôt et que le second vit plus longtemps.

La solution pour résoudre l'équation financière semble donc toute trouvée pour la période 2037 et au-delà. Les partenaires sociaux devront quant à eux trouver des alternatives à l’âge pivot pour atteindre l’équilibre de court terme en 2027. Reste la période 2027-2037 qui n’a pas été évoquée par Édouard Philippe, comme l'explique Check News. Quelles mesures seront appliquées pour maintenir l’équilibre financier durant ces dix années? Aucune réponse pour l'heure. Le sort des générations 1965-1975 reste donc inconnu.

Paul Louis