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Pouvoir d'achat ou revenu des agriculteurs? Grande distribution et fabricants à nouveau en guerre

Le rayon fruits et légumes d'un supermarché

Le rayon fruits et légumes d'un supermarché - MYCHELE DANIAU / AFP

Alors que s'achèvent le 1er mars les négociations commerciales entre distributeurs et producteurs de l'alimentaire, les deux parties sont plus que jamais à couteaux tirés.

La guerre des prix, c'est reparti! Après deux années d'un calme relatif, les acheteurs de la grandes distribution et les commerciaux des industriels se livrent à nouveau une guerre bien connue. Voilà plusieurs semaines que les négociations commerciales qui doivent s'achever le 1er mars peinent à avancer. Entre les deux parties, la discussion tourne souvent au dialogue de sourd et le point d'équilibre semble introuvable.

En cause les intérêts contradictoires des deux parties. D'un côté la grande distribution, qui en période de crise veut privilégier le pouvoir d'achat de ses clients. De l'autre des industriels de l'alimentaire, qui ont vu leurs coûts flamber avec la crise avec des hausses de 20 à 40% de certaines matières premières et qui veulent répercuter ces hausses sur leurs prix de vente. Selon la Fédération du commerce et de la distribution, les hausses moyennes demandées par les fabricants sont de l'ordre de 2 à 3%.

C’est inconcevable en période de crise économique, estime dans Le Figaro Jacques Creyssel, le délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). Nous avons le sentiment que nos interlocuteurs font comme si les consommateurs n’existaient pas."

Et si ce dernier estime que les négociations sont déjà bien avancées et que plus de la moitié des contrats ont été signés, les organisations de fabricants estiment que ce sont principalement des PME prises à la gorge qui ont signé.

Carrefour, Aldi, Casino pointés du doigt

Dans l'élevage par exemple, ce sont trois enseignes qui sont pointées du doigt pour leur âpreté à la négociation.

Si des enseignes ont clairement entendu les messages et comprennent les enjeux, d'autres, et non des moindres, Casino, Carrefour et Aldi, semblent avoir décidé d'ignorer les demandes des éleveurs, dénonce dans un communiqué Jean-Michel Schaeffer, le président de la Confédération française de l'aviculture (CFA). Que l'on élève des lapins, des volailles de chair ou des poules pondeuses, le prix de leur aliment est supérieur de plus de 19% par rapport à janvier 2020, et de plus de 4% par rapport à décembre 2020."

Et alors que la déflation a déjà atteint 1,1% en 2020 (après une légère hausse de 0,9% en 2019), la grande distribution souhaiterait accélérer. Les baisses réclamées seraient en moyenne de 3% alors que les industriels réclament eux des hausses de 3%. C'est la position de l'Ilec, le principal groupement des industriels de l'agroalimentaire en France avec notamment Coca-Cola, Danone, Bonduelle ou Fleury-Michon.

La pilule est d'autant plus amère pour les producteurs que l'année 2020 a été historique pour la grande distribution du fait des confinements.

Les profits des distributeurs ont bondi mais les PME n'en voient pas la couleur, regrette dans Le Parisien Dominique Amirault, de la FEEF, le principale groupement des PME de l'alimentaire. Des PME qui seraient doublement perdante selon lui.

La loi Egalim qui a limité la promotion des enseignes pour freiner la guerre des prix aurait principalement pâti aux petites entreprises dont les marques étaient peu connues.

Comme elles ne peuvent faire de pub et que leurs marques sont peu connues, la seule façon pour elles de faire la différence dans les rayons, ce sont les promotions, explique Dominique Amirault. Or, celles-ci étant limitées, elles sont donc moins visibles qu'auparavant."

En limitant la pression promotionnelle et en relevant le seuil de revente à perte, la loi Egalim a contraint les enseignes à négocier plus durement en amont, d'où la situation actuelle.

Du côté des enseignes, ces baisses de prix sont jugées essentielles. Alors que les Français craignent pour leur pouvoir d'achat avec des hausses de tarifs dans le gaz et l'électricité, une situation économique compliquée et un chômage partiel toujours élevé, malheur à celle qui proposerait des tarifs élevés que les autres.

L'alimentaire reste une variable d'ajustement et les Français font plus que jamais jouer la concurrence à la recherche de la meilleure promo. Et si le gouvernement souhaite que les consommateurs signalent des prix qu'ils jugeraient trop bas, ils ont plutôt tendance à déplorer les tarifs trop hauts et à fuir les enseignes qui les pratiquent plutôt que l'inverse.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco