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La retraite complémentaire des cadres au bord du gouffre. Comment la sauver?            

Cadres dans le quartier de la Défense

Cadres dans le quartier de la Défense - Miguel Medina-AFP

Sans réforme rapide, le régime de retraite complémentaire des cadres sera à sec en 2018. Les partenaires sociaux entament ce mardi 17 février des négociations pour trouver les moyens d'éviter la faillite. Difficile de ne pas demander aux cadres de travailler plus longtemps.

Cinq mois pour sauver les retraites complémentaires des cadres. Ce mardi 17 février, le patronat et les syndicats qui cogèrent les régimes complémentaires commencent une négociation jusqu'à l'été pour tenter de redresser la situation financière de ces régimes, celui des cadres en particulier, l'Agirc. 

Si aucune décision n'est prise au terme des négociations, dès 2018, l'Agirc ne disposera plus de réserves financières pour payer les retraites complémentaires des cadres. Or celles-ci représentent entre un tiers et la moitié de leurs pensions totales selon leurs revenus.

L'Arrco, qui regroupe les régimes complémentaires des non-cadres, est dans une situation un petit peu plus favorable que l'Agirc. Ses réserves financières seront cependant épuisées à l'horizon 2023.

Pas de revalorisation cette année

A la différence de la retraite de la sécurité sociale gérée par la Cnav (Caisse nationale d'assurance vieillesse), les régimes complémentaires ne peuvent pas être en déficit. Pour assurer le paiement des pensions, l'Agirc, tout comme l'Arcco, a donc constitué des réserves financières au fil des ans en plaçant sur les marchés les cotisations des cadres actifs.

Ces réserves atteignent encore 9 milliards d'euros, mais devraient être quasiment à sec en 2018 sans mesures rapides d'économies. En 2014, l'Agirc a perdu près de 2 milliards d'euros. Les pertes devraient s'élever à 5 milliards en 2018. 

En 2014, les gestionnaires de l'Agirc avaient bien décidé le gel de la revalorisation des pensions complémentaires jusqu'à la fin de 2015. Une décision pourtant insuffisante pour rétablir l'équilibre du régime. En effet, en raison des tendances démographiques, le nombre de cadres pensionnés augmente alors que celui des actifs baisse. Il y a aujourd'hui 2,7 millions de cadres retraités pour 4 millions de cotisants. Le chômage chez les cadres complique la donne en réduisant le montant des cotisations perçues qui servent à payer les pensions.

Hausse des cotisations....

Pour rétablir la situation, il n'y a guère que trois solutions, comme le rappelait en décembre la Cour des comptes dans son rapport sur les retraites complémentaires: augmenter les cotisations, baisser les pensions (en touchant à la valeur du point qui sert à calculer la pension), ou allonger la durée de cotisation en repoussant l'âge auquel les salariés et les cadres peuvent liquider leur retraite complémentaire.

La CGT va plaider durant la négociation pour une hausse du taux de cotisation des cadres. En pratique, elle propose une augmentation de 2,45 points sur le salaire supérieur à 3.170 euros (soit le "plafond" de la sécurité sociale),ce qui représenterait une hausse mensuelle de 7,40 euros pour un cadre payé 4.000 euros brut. FO pourrait lui emboîter le pas. Mais elles devraient être les seules à réclamer une hausse des cotisations qui alourdirait le coût du travail. 

....ou travailler plus longtemps? 

Reste donc le recul de l'âge permettant de liquider sa retraite complémentaire. La Cour des comptes évoque un recul progressif de deux ans. En pratique, les cadres pourraient toujours partir à 62 ans comme la loi le prévoit. Mais dans ce cas, ils ne toucheraient pas en totalité leur pension complémentaire. Entre 62 et 64 ans, une décote par année leur serait appliquée.

Le recul progressif de l'âge de la retraite en fonction de l'espérance de vie est aussi l'une des propositions du Medef. Mais les syndicats représentant les cadres sont prudents sur le sujet. La CGT et la CFTC ont déjà dit non.

De son côté, le gouvernement suit de très près le dossier. En effet, un recul de l'âge permettant aux cadres de prendre leur retraite complémentaire pourrait servir de modèle à une nouvelle réforme globale des retraites des salariés mais aussi des fonctionnaires et des personnels des régimes spéciaux. En effet, malgré la réforme Ayrault de 2013, le déficit de la branche vieillesse de la sécurité sociale devrait encore être de 1,5 milliard en 2015.

Fusionner les régimes

Par ailleurs, la Cour des comptes n'est pas tendre avec les partenaires sociaux gestionnaires de l'Agirc et de l'Arrco. Selon les magistrats, patronat et syndicats accorderaient des avantages sociaux importants aux salariés des régimes complémentaires. Ce qui augmenterait le coût de gestion de ces organismes, donc leur besoin de financement !

Selon le rapport, les coûts de gestion représenteraient ainsi 2,7% des cotisations versées. La Cour évoque la fusion des deux institutions de retraite afin de réaliser des économies de gestion. Les syndicats ne sont pas favorables à cette hypothèse pourtant évoquée régulièrement. La CFE-CGC, qui est chez elle à l'Agirc, ferait même de cette solution une déclaration de guerre avec l'exécutif.

Les retraites complémentaires en chiffres

> 22 millions de salariés concernés dont 4 millions de cadres

> 14 millions de retraités dont 2,7 millions de cadres

> 70 milliards de pensions versées chaque année dont 23 milliards pour les cadres

Patrick Coquidé