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Les chauffeurs craignent une nouvelle simplification de l'examen pour devenir taxi ou VTC

En juin 2015, des centaines de taxis lyonnais avaient bloqué le centre ville lors d'une manifestation anti-Uber.

En juin 2015, des centaines de taxis lyonnais avaient bloqué le centre ville lors d'une manifestation anti-Uber. - PHILIPPE DESMAZES / AFP

Un questionnaire soumis aux taxis et aux VTC par le gouvernement évoque la possibilité de simplifier les examens d'accès à ces métiers. Dans leurs réponses, les professionnels disent craindre des conséquences économiques et sociales.

Le projet est encore timide et pour cause. Le gouvernement réfléchit à la création d'un nouvel examen pour accéder à la profession de taxi et de VTC. Il ne s'agit pas de durcir les règles, mais au contraire de les simplifier pour attirer plus de monde. Le ministère des Transports a fait circuler un questionnaire auprès des chauffeurs des deux professions pour recueillir leur sentiment sur le sujet.

BFM Business a eu accès à ces documents, ainsi qu'aux réponses des professionnels. Ils sont unanimes. Selon eux, l'examen est déjà facile. Ils craignent aussi les conséquences économiques et sociales d'une simplification supplémentaire. Cette mesure a été réclamée en 2019 par la Fédération française des transports de personnes sur réservation (FFTPR) qui regroupe entre autres SnapCar, FreeNow (ex Kapten), Marcel et Bolt qui estimait que la difficulté des épreuves provoquait une pénurie de chauffeurs.

Maintenir l'épreuve de gestion?

Pour les chauffeurs qui ont répondu au questionnaire (449 taxis et 1949 VTC), une simplification de l'examen serait une manière de dévaloriser l'image de la profession aux yeux du public, mais aussi d'attirer encore plus de monde dans une période où l'activité est affectée par la crise sanitaire.

Le taux de réussite tournent autour de 80% selon les Chambres de métiers de l'artisanat. Dans les réponses au questionnaire du ministère, 74% des répondants jugent l'examen facile ou très facile. 91% des taxis précisent l'avoir réussi du premier coup et 85% pour les VTC.

Ca ne tombe pas au bon moment puisque en 2020, notre activité a été fortement réduite à cause de la crise sanitaire. Le gâteau à se partager n'est qu'une tartelette", nous a expliqué Jean-Claude, chauffeur VTC en Ile-de-France depuis 5 ans.

Dans les réponses faites au questionnaire du gouvernement, les chauffeurs sont nombreux à réclamer que les exigences en matière de français et d'anglais soient "renforcées". Certains souhaitent même le retour de la dictée.

Sur la gestion, le ministère s'interroge sur le maintien de l'épreuve.

Comment rendre cohérent le maintien de l'épreuve avec la suppression par la loi PACTE de l'obligation pour les chefs d'entreprises artisanales de suivre un stage préalable?", indique le document transmis aux chauffeurs. Il interroge aussi sur la nécessité de comprendre les "notions de résultats" ou faire "la différence entre le résultat et la trésorerie".

La loi Grandguillaume

Dans un courrier adressé fin janvier à Jean-Baptiste Djebbari, ministre des Transports, et Alain Griset, ministre délégué aux Petites et moyennes entreprises et ancien président des artisans taxis (FNAT), les quatre fédérations de taxis* mettent en garde contre cette intention. Pour eux, la simplification de l'examen "n’est pas acceptable".

Le projet d’une éventuelle réforme de l’examen, visant à diminuer le niveau d’exigence, ne répond ni à une attente des professionnels du secteur, ni aux impératifs de sécurité et qualité de service des passagers, ni même à un bilan circonstancié", répliquent ensemble la Fédération Nationale des Artisans du Taxi (FNAT), la Fédération Nationale des Taxis Indépendants (FNTI), l'Union Nationale des Industries du Taxi (UNIT) et l'Union Nationale des Taxis (UNT).

Ces fédérations enjoignent aussi les deux ministres de "publier rapidement le décret d’organisation des examens". Elles proposent que des professionnels soient "associés à l’élaboration d’un référentiel et d’une base de sujets sans toutefois choisir les sujets des épreuves".

Une pénurie de chauffeurs?

Y-a-t-il réellement une pénurie de chauffeurs? Selon les taxis, le secteur regrouperait environ 90 000 à 100 000 chauffeurs dont 2/3 de taxis et 1/3 de VTC.

"Plus de 10 ans après l’arrivée des VTC, l’Etat ne dispose toujours pas d’outil pour connaitre avec précision le nombre de chauffeurs en réelle activité, malgré l’observatoire prévu par la Loi Grandguillaume dès 2016", indiquent les taxis dans leur communiqué.

Les fédérations réclament donc la publication "en urgence" du décret de l’article 2 de cette loi qui prévoit la création d'un "dispositif de transmission d'informations afin d'améliorer la connaissance du secteur par l'ensemble des acteurs".

Dans une étude, l'Urssaf signale que les taxis-VTC est en seconde place des cinq activités qui ont connu une hausse plus forte du nombre de micro-entrepreneurs avec une hausse de 54% entre 2009 et 2019. 2020 restera une année très difficile pour ces activités directement liées au tourisme et aux déplacements professionnels.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco