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Le budget 2021 est-il réellement un "budget vert" comme l'affirme le gouvernement?

La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili (c) en visite à Biarritz pour le lancement de la "charte pour des plages sans déchets plastiques", le 12 août 2020

La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili (c) en visite à Biarritz pour le lancement de la "charte pour des plages sans déchets plastiques", le 12 août 2020 - GAIZKA IROZ © 2019 AFP

Le gouvernement présente, ce lundi, son projet de loi de finances pour l'année 2021. Si les mesures sont centrées sur la relance économique, l'exécutif présente aussi ce texte comme un "budget vert" avec "une cotation intégrale des dépenses selon leur impact environnemental."

"La France devient le premier pays au monde à présenter un budget vert". Pour ce projet de loi de finances (PLF) 2021, le gouvernement entend verdir massivement ses dépenses. Dans une "démarche de transparence inédite", il a ainsi affiché l'impact environnemental des dépenses, qu'elles soient favorables ou défavorables à l'écologie.

"Avec un effort inédit de 30 milliards d’investissements en faveur de l’environnement, France Relance constitue un levier essentiel d’accélération de notre transition écologique", promet l'exécutif dans la présentation de son budget.

En réalité, la majeure partie de son budget est considérée comme "neutre" en matière d'écologie: sur les 488,4 milliards d'euros dépensés par l'Etat en 2021, seuls 48,8 milliards d'euros sont considérés comme "non neutres" sur le plan environnemental. Ce chiffre grimpe à 52,8 milliards d'euros en comprenant les dépenses fiscales.

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Un budget très favorable à l'environnement

Sur cette somme, une grande partie (42,8 milliards d'euros de dépenses) est jugée "favorable sur au moins un axe environnemental" parmi les six énumérés par l'exécutif (lutte contre le changement climatique; adaptation au changement climatique et prévention des risques naturels ; gestion de la ressource en eau; économie circulaire, déchets et prévention des risques technologiques; lutte contre les pollutions; biodiversité et protection des espaces naturels, agricoles et sylvicoles).

Dans les détails, 38,1 milliards sont considérées comme "vertes" car favorables à au moins un axe environnemental sans être défavorables. On peut ainsi citer les mesures de rénovation énergétique des bâtiments (MaPrimRénov'…) ou l'enveloppe de 1,2 milliard d'euros dédiée à décarbonation de l’industrie. De la même façon, on retrouve un investissement de 200 millions sur la période 2020 à 2022 pour développer le recyclage des plastiques via l'économie circulaire.

De la même façon, 4,7 milliards d'euros sont jugées comme "mixtes", c'est-à-dire à la fois favorables à au moins un axe environnemental et défavorables à un autre. C'est notamment du côté du transport que le gouvernement les a répertoriées avec des dépenses "en faveur de nouvelles infrastructures de transport, en particulier ferroviaire" et de "la dépense fiscale en faveur des biocarburants, cotée défavorable sur l’axe biodiversité et favorable sur l’axe climat."

Des impacts verts ?

Enfin, 10 milliards d'euros de dépenses sont "défavorables" à l'environnement. "Ce périmètre recouvre principalement des dépenses fiscales (7,2 milliards d'euros) et en particulier les exonérations ou taux réduits sur les taxes intérieures de consommation (TIC) des produits énergétiques relative aux carburants (5,1 milliards d'euros), ainsi que des dépenses budgétaires, à l’image des dépenses en faveur du transport aérien" assure le gouvernement dans son projet de loi. Mais on retrouve aussi le soutien aux programmes de lanceur spatiaux ou encore l'artificialisation des sols, conséquence de la création de logements neufs.

"Le cap que nous avons fixé pour notre économie, c'est celui de la compétitivité. C'est aussi de la lutte contre le réchauffement climatique. Et l'un va avec l'autre" a assuré Bruno Le Maire, lors de la présentation du PLF.

Cette démarche signifie-t-elle que la France sera plus verte ? Quand bien même l'Etat investit dans des politiques de transition, le but principal reste la relance de l'économie. Et les conséquences ne seront pas forcément écologiques. Par exemple, la relocalisation de la production industrielle dans les territoires aura mécaniquement un impact environnemental défavorable, dès lors que l'industrie, aussi consciencieuse soit-elle, se développe en France.

De la même façon, aucune trace dans le projet de loi de finance de l'impact environnemental des dépenses pour la Défense, qui représentent 39,2 milliards d'euros en 2021 (soit une hausse de 1,7 milliard d'euros).

Thomas Leroy Journaliste BFM Business