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Quand la Chine envoie ses agents secrets extrader les criminels exilés

Washington reproche à Pékin d'envoyer ses agents secrets sur son sol pour extrader eux-mêmes, par l'intimidation, les criminels économiques chinois exilés aux Etats-Unis.

Washington reproche à Pékin d'envoyer ses agents secrets sur son sol pour extrader eux-mêmes, par l'intimidation, les criminels économiques chinois exilés aux Etats-Unis. - Jewel Samad - AFP

Washington s'est insurgé dimanche de la méthode chinoise pour traduire devant la justice locale les "fugitifs économiques". Des agents secrets, munis de visa de touristes, intimideraient ces exilés pour les forcer à rentrer au pays.

La Chine n'hésite pas à traquer ses ressortissants corrompus dans le monde entier et notamment aux Etats-Unis. Selon le New York Times, Washington aurait haussé le ton face à Pékin pour que ces agissements illégaux cessent.

Ces dernières années, des centaines de citoyens chinois auraient quitté leur pays d'origine, fuyant généralement des accusations de fraude ou de corruption. Des "fugitifs économiques et des fonctionnaires corrompus", tels que les désigne Quartz.

Pour les retrouver, Pékin aurait mis en place l'opération "Fox Hunt" - la chasse au renard en version française. Le modus operandi, raconté par le New York Times, est simple et ne prend souvent que 48 heures. Des agents chinois traquent un criminel présumé qui pensait se mettre à l'abri en s'expatriant. Une fois son domicile identifié, un agent se rend clandestinement sur place, aux Etats-Unis, au Canada, ou encore en Nouvelle-Zélande.

Intimidations musclées et menaces sur la famille

D'après une liste de 100 fugitifs publiée par les autorités chinoises anti-corruption en avril 2015, les Etats-Unis seraient le premier pays d'accueil des exilés accusés de crimes -détournement de fonds publics, blanchiment d'argent, trafic de drogue et pots de vin- en Chine. 40 personnes figurant sur cette liste séjourneraient ainsi outre-Atlantique. Vient ensuite le Canada (26), la Nouvelle Zélande (11) et l'Australie (10). Des pays qui n'ont pas d'accord d'extradition avec la Chine, contrairement à l'Italie, premier pays européen qui livre des fugitifs économiques chinois à Pékin.

L'agent entre avec simple un visa de tourisme. Une fois sur place, il tente de persuader le suspect de rentrer en Chine pour être jugé. Tous les moyens sont bons: intimidations parfois musclées, ou menaces sur la famille restée au pays. Le bilan est éloquent. Le ministère chinois de la sécurité publique se félicite officiellement que plus de 900 suspects aient déjà été rapatriés depuis 2014.

Alors que le président chinois Xi Jinping est attendu en septembre aux Etats-Unis, l'affaire commence à faire du bruit. Les autorités américaines dénoncent un mépris total des lois de coopération judiciaire. Les médias officiels chinois, de leur côté, dénoncent le peu d'empressement de Washington à mettre en place une coopération avec la Chine pour extrader les criminels, en dépit de promesses en ce sens.

Elisabeth Hu, édité par N.G.